Adam, image de Dieu

 

«וַיִּבְרָא אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם בְּצַלְמוֹ » (בראשית א’, כ”ז)

«Dieu créa l’homme à son image» (Gen. 1, 27)

Un homme créé à l’image de Dieu? Est-il possible d’imaginer  qu’un être de chair et de sang ait le mérite d’être le reflet du Tout-Puissant, l’Eternel? Que revêt  cette expression? Quelle est donc  la nature de l’image de Dieu attribuée à l’homme? Et en quoi cette image fait-elle de l’homme une créature particulière ?

Cette image (צֶלֶם: Tselem), reflet du divin en l’homme, est source de nombreuses interprétations: S’agit-il de l’aptitude créatrice que Dieu octroie à l’homme, de la possibilité de s’exprimer par la parole ou du principe de libre-arbitre faisant de celui-ci une créature autonome?

 

Le principe de libre-arbitre

 

Comparons deux versets:

( וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם» (בראשית ב, ז»

«L’Éternel-Dieu forma l’homme» (Gen. 2, 7)

«וַיִּצֶר יְהוָה אֱלֹהִים … כָּל-חַיַּת הַשָּׂדֶה וְאֵת כָּל-עוֹף הַשָּׁמַיִם» (בראשית ב’, י”ט)

L’Éternel-Dieu forma… tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel (Gen.2, 19)

La traduction française ne rend pas compte d’une différence notoire apparaissant dans ces deux versets. Alors que deux Yod יִּי apparaissent dans le mot «forma» (וַיִּיצֶר) du premier verset, le second  ne débute que par un seul יִּ (וַיִּצֶר)

Les Sages d’Israël expliquent que Dieu créant l’homme -AdaM-  a inscrit en son âme deux forces puissantes (les deux Yod יי de la formation) qui, opposées l’une à l’autre, n’ont de cesse de tourmenter son être (caractéristiques du libre-arbitre). A l’opposé, la formation du monde animal n’est marquée que d’un seul et unique Yod י, puisque le monde animal ne vit pas sous le régime du libre-arbitre.

Ces deux volontés apparaissent également dans le nom de l’Homme, ADaM (אָדָם).

ADaM, l’Homme (אָדָם), le genre humain  porte en son nom l’origine même de sa source: d’une part la terre  (l’humus): ADaMaH (אֲדָמָה). Cette matière brute introduit chez l’homme le goût des passions terrestres: les honneurs, l’amour narcissique, la jalousie à l’encontre du prochain…

(וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם, עָפָר מִן-הָאֲדָמָה, וַיִּפַּח בְּאַפָּיו, נִשְׁמַת חַיִּים; וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה» (בראשית ב’, ז »

«L’Éternel-Dieu façonna l’homme, poussière détachée de la terre…» (Gen. 2, 7)

D’autre part, une force sublime entraîne l’homme, la couronne de la Création, à s’élever vers les cimes du spirituel et à vouloir ressembler (ADaMeH – אֲדָמֶה) à Dieu:

«אֶעֱלֶה עַל-בָּמֳתֵי עָב  אֶדַּמֶּה לְעֶלְיוֹן»  (ישעיה י”ד, י”ד)

«Je monterai sur les hauteurs des nuées, je ressemblerai (serai l’égal) du Très-Haut (Isaïe 14, 14)

 

L’homme, une création nouvelle

La particularité de l’homme réside en son pouvoir de choisir entre le bien ou le mal et d’agir en son âme et conscience.

«הַחַיִּים וְהַמָּוֶת נָתַתִּי לְפָנֶיךָ הַבְּרָכָה וְהַקְּלָלָה וּבָחַרְתָּ, בַּחַיִּים לְמַעַן תִּחְיֶה אַתָּה וְזַרְעֶךָ.» (דברים ל’, י”ט)

«J’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et la malédiction; choisis la vie! Et tu vivras alors, toi et ta postérité» (Deut. 30, 19)

Les Sages d’Israël font remarquer que, contrairement aux jours de la Création, la formation de l’homme ne s’achève point par l’empreinte du sceau divin כִּי טוֹב (Ki Tov), «Et Dieu considéra que c’était bien».

En  quoi cette «lacune» biblique peut elle nous informer sur la vocation singulière de l’humanité?

L’homme doit sublimer la dimension terrestre gravée en son être et  œuvrer seul afin d’accéder au bonheur par sa propre volonté.

«וְעָשִׂיתָ הַיָּשָׁר וְהַטּוֹב, בְּעֵינֵי יְהוָה לְמַעַן יִיטַב לָךְ» (דברים ו’, י”ח)

«Fais ce qui est droit et bon  aux yeux du Seigneur, afin d’être heureux» (Deut. 6, 18)

Dieu n’intervient plus directement dans le processus de Création:

«וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת-יוֹם הַשְּׁבִיעִי, וַיְקַדֵּשׁ אֹתוֹ: כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת.» (בראשית ב’, ג’)

Dieu bénit le septième jour et le proclama saint, parce qu’en ce jour il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée. (Gen. 2, 3)

Dieu demande a l’homme de prendre sa suite, de faire preuve de responsabilité en agissant (עָשִׂיתָ: ASSITa- לַעֲשׂוֹת: LAaSSOT) dans le sens du Bien et du Bon afin de parfaire un monde créé imparfait.

«כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר-בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת» (בראשית ב’, ג’)

«Il se reposa de l’œuvre entière qu’il avait produite et organisée pour faire.» (Gen. 2, 3)

L’intention divine est chargée d’une lourde signification: le mal ne trouve point son origine en Dieu mais en l’homme. La mission revient à l’Homme de dépasser sa difficile condition terrestre en se détachant du déterminisme cosmique et, ainsi, ne plus être soumis comme le reste de la Création à la règle cyclique des lois de la nature où la mort finit par l’emporter.

Comment cette sublimation est-elle rendue possible, ici et maintenant?

À l’homme, rien n’est impossible. En effet, n’étant point inclu dans la première phase déterministe de la Création (Gen. 1, 1) et constituant de fait une création nouvelle, l’homme, selon la vision biblique, détient le pouvoir transcendant (l’image divine) de dominer son penchant du mal.

La source biblique, indépendamment de la création primordiale, dévoile une nouvelle création, celle de l’homme:

«וַיִּבְרָא אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם בְּצַלְמוֹ, בְּצֶלֶם אֱלֹהִים בָּרָא אֹתוֹ:» (בראשית א’, כ”ז)

«Dieu créa l’homme à son image; c’est à l’image de Dieu qu’il le créa» (Gen. 1, 27).

 

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 

 

 

8 Responses to Adam, image de Dieu

  1. christophe says:

    MERCI HAIM POUR CES ENSEIGNEMENTS
    FORTS INTERESSANT

    • Haïm says:

      Christophe shalom,
      C’est moi qui te remercie. Je t’encourage a approfondir les sources bibliques grace a ton etude de l’hebreu. Ta decision d’apprendre l’hebreu biblique, tu le verras, portera ses fruits.
      Shalom a toi et a tous les tiens,
      Amities,
      Haim O.

  2. jean pierre says:

    le texte d’esaïe 14.14 concerne les paroles d’un tyran qui a fait souffrir la terre et est compris par la tradition chrétienne comme des paroles de Satan, de Lucifer qui manifeste là son orgueil démesuré. Il me semble que le contexte ne joue pas en faveur de votre interprétation à savoir une juste aspiration de l’homme créé par Dieu!

  3. [...] disparaissent de la scène de l’Histoire. Cette image et cette ressemblance [cf. article «Adam, image de Dieu»] font référence au degré élevé, spirituel et éthique de Sheth. Celui-ci, d’une certaine [...]

  4. cathou says:

    Alors en français il semblerait que le mot “éternel” n’apparaisse qu’au moment ou Dieu se présente à Moïse: YAHWEH (je suis ce que je suis; je suis ce que je serai… La notion d’éternité ne semble apparaître qu’à ce moment là.

    Dans la génèse la traduction indique: Seigneur Dieu; Le Père Dieu, Dieu seulement.
    Ce qui, pour la traduction française, j’ignore si c’est le cas en hébreu, indiquerai qu’au début la notion de Dieu est avant tout intérieure à l’humain. Même si ce Dieu intérieur est présenté comme celui qui va assembler les éléments existants pour en créer l’univers que nous connaissons.

  5. cathou says:

    En français, en effet Dieu modela du sol l’homme, comme il modela du sol bêtes et oiseaux.
    Le terme modeler indique bien que l’humain, à l’égal des animaux est rattaché à la terre, il lui est donc impossible de s’en détacher: terrien il est, terrien il restera.
    Toutefois c’est l’homme qui va donner un nom à chacun des animaux, ce qui indique qu’il est à un échelon légèrement supérieur au monde animal dont il fait partie intégrante.
    Puisqu’en effet l’humain a une particularité d’avoir le libre choix que ne semblent pas avoir les animaux.

    Oui, Non, le 5ème jour Dieu vit que celà était bon (création des monstres marins, poissons etc..)
    Le 6ème jour: création des bêtes sauvages terrestres, Dieu vit que c’était bon, puis il décide de créer l’humain; puis il décide de la nourriture de chacun, et à la fin du 6ème jour il vit tout ce qu’il avait fait, voilà c’était très bon.
    Evidemment si la création des animaux est bonne, aucune réelle appréciation est donnée après la création de l’humain. J’aurai tendance à penser que la création de l’humain n’est bonne que si elle est incluse dans le monde animale et végétal. L’humain ne peut vivre seul il a besoin des animaux et de la végétation … Alors que tout le reste de la création peut très bien se passer de l’humain pour vivre, pour évoluer.
    Enfin j’imagine que bien des interprétations sont possibles, bien des portes à ouvrir avec cette Genèse tellement riche.

  6. cathou says:

    “le mal ne trouve point son origine en Dieu mais en l’homme”
    Oui évidemment c’est la particularité de l’humain de pouvoir différencier le mal du bien.

    Tout d’abord parce que je pense que le Mal nous est donné par Dieu, tout comme le Bien.
    Puisque l’humain est à l’image de Dieu, la logique nous interdit donc de penser que le Mal n’ait d’autre origine que celle Divine.

    Alors en relisant Genèse 3, 6: “la femme vit que l’arbre était bon à manger, séduisant à regarder.. ” les mots vit et regarder nous indiquent que l’humain regarde cet arbre comme il regarderait une image ou quelqu’un en face d’elle. donc extérieur à lui. (logique)
    La qualité de “voir “est encore accentuée par : “après avoir manger leurs yeux s’ouvrirent et ils virent qu’ils étaient nus”.
    C’est seulement après avoir vu qu’ils entendirent la voix de Dieu, et c’est seulement après avoir vu, après avoir entendu que l’humain répond à Dieu.
    On a là un déroulement très important: l’humain doit d’abord voir, pour ensuite entendre, pour ensuite répondre.

    Toutefois si on réfléchit encore un peu: nous devons en tout 1er VOIR, REGARDER.
    Et la description de cet arbre est importante: Eve voit un arbre “bon à manger, séduisant à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance”
    Il faut convenir que c’est un drôle d’arbre, qui porte beaucoup d’images: à la fois bon nourricier, séduisant comme un amant, et capable d’aider à agir et de donner une bonne vision des choses.
    Un vrai miracle cet arbre, et on peut se poser la question suivante: “pourquoi est il interdit à l’humain d’en consommer, alors que visiblement l’interdit ne concerne pas les animaux.
    Nous pouvons donc déduire que le Bien comme le Mal sont des images que nous créons Nous.
    Contrairement à l’animal Nous avons la faculté de développer des sentiments, des désirs, de l’amour, de la haine, du mécontentement, du contentement…. des images, qui n’existent pas, qui n’ont aucune réalités et qui pourtant dirigent nos vies.
    C’est nous, chacun de nous qui donnons la valeur, l’importance que nous voulons à nos sentiments.
    C’est là que se situe le libre-arbitre: nous avons le choix non pas de faire du bien, de faire du mal, NON, nous avons le choix de diriger la valeur, la puissance de nos sentiments.

    • cathou says:

      Je complète: parce que c’est le contrôle sur les sentiments, sur notre pensée, qui nous amène à bien ou mal agir.
      Il n’y a pas au sens entier des mots Bien et Mal 2 entités différentes… Ce qui est mal pour un, peut se révéler bien pour l’autre. Il est parfois nécessaire de détruire pour mieux construire, le mal est parfois nécessaire à notre compréhension.
      Nous entrons là dans l’Image.

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