Amen: les degrés et la force de la foi (Emounah)

La racine du verbe hébreu signifiant «foi en Dieu» א.מ.נ. (A.M.N), à l’origine du terme «Amen» concluant généralement les bénédictions juives et conservé dans la liturgie chrétienne, est polysémique:

 

a-      EMouN- -אֵמֻן/ EMouNIM  אֱמוּנִים:

-          Droiture et confiance:

«אֶהֱבוּ אֶת-יְהוָה, כָּל-חֲסִידָיו:אֱמוּנִים, נֹצֵר יְהוָה»

«Aimez l’Eternel, vous tous, ses pieux adorateurs! Le Seigneur veille sur ceux qui sont fidèles» (Psaumes 31, 24)

 

       b- EMouNaH אֱמוּנָה :

-          Puissance- stabilité et détermination intérieure:

«וַיְהִי יָדָיו אֱמוּנָה, עַד-בֹּא הַשָּׁמֶשׁ»

«[Les bras de Moïse s'appesantissant, ils prirent une pierre qu'ils mirent sous lui et il s'assit dessus; Aaron et Hour soutinrent ses bras, l'un de çà, l'autre de là et] ses bras restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil». (Ex. 17, 12)

-         Vérité, justice:

«אֵל אֱמוּנָה וְאֵין עָוֶל»

«[Lui, notre rocher, son œuvre est parfaite, toutes ses voies sont la justice même;] Dieu de vérité, jamais inique, [constamment équitable et droit]» (Deut. 32, 4)

 

«דֶּרֶךְ- אֱמוּנָה בָחָרְתִּי; מִשְׁפָּטֶיךָ שִׁוִּיתִי»

«J’ai choisi la voie de la vérité, placé tes règles sous mes regards» (Ps. 119, 30)

 

b-     OMeN אֹמֵן

-           Pédagogue (Eduquer): 

 «כַּאֲשֶׁר יִשָּׂא הָאֹמֵן אֶת-הַיֹּנֵק, עַל הָאֲדָמָה, אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לַאֲבֹתָיו»

«[Porte-le dans ton sein,] comme le nourricier porte le nourrisson, dans le pays que tu as promis par serment à ses pères» (Nb. 11, 12)

 

-          ÉMiN- הֶאֱמִן: Avoir foi en Dieu

 «וְהֶאֱמִן  בַּיהוָה; וַיַּחְשְׁבֶהָ לּוֹ, צְדָקָה»

«Et il (Abraham) eut foi en l’Éternel, et l’Éternel lui en fit un mérite» (Gen. 15, 6)

 

«וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת-הַיָּד הַגְּדֹלָה, אֲשֶׁר עָשָׂה יְהוָה בְּמִצְרַיִם, וַיִּירְאוּ הָעָם, אֶת-יְהוָה; וַיַּאֲמִינוּ, בַּיהוָה, וּבְמֹשֶׁה, עַבְדּוֹ»

«Israël reconnut alors la haute puissance que le Seigneur avait déployée sur l’Égypte et le peuple révéra le Seigneur; et ils eurent foi en l’Éternel et en Moïse, son serviteur» (Ex. 14, 31)

Nous devons noter que l’identité verbale «avoir foi» (הֶאֱמִן HÉ’émin) apparaissant à la fois chez Abraham et les Fils d’Israël lors de la Sortie d’Egypte, est porteur d’une nuance notable. Cette nuance s’exprime à travers la lecture du texte qui nous renseigne sur le degré de croyance en Dieu.

Les Hébreux n’acquièrent la crainte révérencielle à l’égard de Dieu qu’après avoir été les témoins directs de l’apparition de la grandeur de la Providence divine. Comment un peuple entier peut-il rester indifférent à la vue du plus grand miracle de l’Histoire humaine, l’ouverture de la Mer des Joncs? La foi en Dieu s’impose, alors, d’elle-même comme une pure et simple évidence. Dans le cas du Patriarche Abraham, la foi en l’Eternel n’apparaît point à la suite d’un miracle révolutionnant les lois de la nature. La Parole divine est chez le Patriarche intériorisée et acceptée sans condition. Abraham, fidèle à sa mission, confiant en la Parole de vérité adopte (אֹמֵן) sereinement celle-ci, intimement persuadé de sa réalisation, quelles que puissent être les vicissitudes du monde: «Celui-ci (Eliezer, le serviteur d’Abraham) n’héritera pas de toi; c’est bien un homme issu de tes entrailles qui sera ton héritier.» (Gen. 15, 4)

Contrairement aux  Hébreux, Abraham ne requiert ni preuve, ni signe de la Présence divine. C’est pourquoi, la foi (Emounah אֱמוּנָה) d’Abraham est considérée comme surpassant en degré celle des Fils d’Israël accablés sans cesse de doutes sur l’Omnipotence et l’Omniscience divine. Cette foi est considérée comme le modèle par excellence de la croyance monothéiste à laquelle tout homme aspirant à se rapprocher vers Dieu se doit d’adhérer.

Ainsi devons-nous, toutes les fois où nous abordons la lecture de la Bible, porter notre attention à la fois sur la riche sémantique et les sens multiples qui s’y cachent, mais aussi, méditer sur l’intériorité de la Parole de Dieu.

“Liora Simon interprète “Amen

 

Puissent toutes nos prières de Paix s’accomplir pour le bien de l’Humanité.

אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן

Amen, ainsi-soit-il!

 

Haïm Ouizemann

 

19 Responses to Amen: les degrés et la force de la foi (Emounah)

  1. cathou says:

    Oui, la Bible nous relate le chemin, long et difficile vers la reconnaissance d’un seul Dieu. Vers la foi en un seul et unique Dieu.

    Bien souvent l’attirance vers le polythéisme est forte. Il est important de le souligner, parce que certains affirment, ce qu’ils appellent le, ou les mensonges bibliques, que la bible occulte le polythéisme. Or c’est faux, elle en parle tout au long des pages, le polythéisme est présent, il est là, il est tentant, il faut le vaincre, toujours et encore.
    Le chemin de la foi est quelque chose de long et difficile.
    Cette évolution montre aussi que pour certains la foi est intérieure et personnelle, pour d’autres elle passe par la crainte de Dieu. C’est toujours ainsi de nos jours. Ainsi sont les humains!

    Malheureusement beaucoup se contentent d’avoir peur de Dieu, du Dieu qui récompense ou punit. Oui cette foi là est fragile, elle est bâtie sur du sable.
    Le peuple d’Israël est comme tous les peuples de la terre: il a ses faiblesses, les faiblesses de tous. Là aussi le récit biblique s’ancre dans la réalité du peuple humain. En cela elle rejoint tous les grands textes sacrés et fondateurs.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      La source biblique relate l’emergence de la conscience monotheiste chez l’homme. Cette vision monotheiste, defi lance au genre humain, est synonyme de responsabilite et de justice a l’egard d’autrui. Dieu, selon la Bible, questionne l’homme sur son role en ce monde de violence. Quel peut-etre le sens de notre vie ou quel sens sommes-nous capables d’y inroduire? Alors que le polytheisme divise le monde, le monotheisme uni les contraires, le ciel et la terre, le spirituel et le materiel et ne peut donc tolerer le systeme inique des castes ou des hommes crees a l’image de Dieu (terme sur lequel je reviendrai dans un prochain article) puissent etre consideres “intouchables” et traiter en esclaves. Etre Juif et tout simplement homme, c’est parfois savoir se rebeller meme contre Dieu comme le fit Abraham lors de l’episode de Sodome et Gomorrhe.
      Connaitre nos faiblesses est preuve de grandeur interieure.

      Toda rabba a toi,
      Amities,
      Haim

      • cathou says:

        Bonjour Haïm
        Je ne suis pas d’accord à 100%.. Mais bon ça n’engage que moi.
        Comme tu le dis il y a des étapes dans la foi monothéiste. On a une construction au fil des siècles, là je suis tout à fait d’accord.
        Tout à fait d’accord quand tu dis qu’au début la foi est intériorisée. Elle est acceptée sans condition. Là on a tout à fait un mode de pensée très asiatique, profondément asiatique (pour nous occidentaux:: difficile à comprendre, les castes hindous par exemple sont relativement récentes, et sont des étapes de libération de l’âme des contraintes terrestres)

        La crainte à l’égard de Dieu n’apparaît qu’en plein exode. Or un Dieu spectaculaire, qui punit, qui récompense est un mode de pensée polythéiste (je dirai occidentale). Un mode de pensée qui a donné certains dogmes du christianisme).
        Je dirai même, pour l’avoir entendu parfois, que justement c’est cette liberté du juif face à Dieu, qui a sans doute fait son rejet. Bien des chrétiens pensant que Dieu ne peut être qu’un Dieu à visage humain donnant ses directives de son trône…
        Dans cet optique de pensée le juif apparaît plus proche de l’athéiste que du monothéiste chrétien. (l’athéiste est très libre, son dieu qui prend toutes les facettes possibles et inimaginables des caractères humains, fait partie intégrante de sa vie.. par contre le créateur lui est distinct de l’humain, il fait son boulot éternellement, et l’humain doit accepter ça, se rebeller ne sert à rien, le créateur ne se soucie pas des humains)

        Enfin je n’oblige personne à penser ainsi, mais je trouve tout cela très intéressant.
        La Bible nous apprend beaucoup!
        L’humain du XXIème siècle a bien des choses à apprendre de ses ancêtres.

        • cathou says:

          Bref tout ce blabla pour dire que le monothéisme chrétien doit encore se libérer pour acquérir une foi plus forte, vraiment inclue dans la vie de tous les jours.

        • Haïm says:

          Cathou shalom a toi et a toute ta tribu,
          Le Juif est un homme libre. Sa liberation est due au questionnement permanent qui l’accompagne, d’ailleurs tu remarqueras que le texte biblique interroge l’homme sur sa presence ici en ce monde de violence. La reponse doit se traduire par les actes au quotidien. Cela requiert un labeur interieur de tous les instants.
          Merci a toi,
          Haim

          • cathou says:

            Oui Haïm, et je pense que c’est cette liberté qui ne plait pas.
            Un humain libre n’est pas manipulable, et ça ne plait pas.
            Mais oui la liberté est un très beau mot, mais qui signifie beaucoup de travail sur soi… et non faire ce qu’on veut quand on veut, comme on veut.

        • Norbert says:

          Je ne suis pas sûr que vous connaissiez bien le christianisme, je veux dire le christianisme biblique. Pour les chrétiens, ce n’est pas nécessairement que Dieu doit avoir un visage humain, mais plutôt l’humain qui reflète le visage de Dieu. (c’est nous qui sommes faits à son image et pas le contraire.) La question de la foi c’est que l’homme est appelé à avoir une relation avec Dieu. Le Dieu biblique et unique n’est pas imaginable. Ce n’est pas parce qu’il nous dépasse que nous avons la liberté de l’imaginer. La parole est certainement ce qui est commun entre Dieu et l’homme bien que cette communication entre lui et nous n’est pas toujours seulement verbale. Il s’est révélé par la parole à Moïse. Ce qu’on appelle les dix commandements ne sont en fait pas des commandements mais des parole de liberté. C’est seulement pas l’Esprit Saint que nous pouvons comprendre cette parole. Les dix paroles nous invitent justement à ne pas nous représenter Dieu physiquement. Le représenter c’est ramener Dieu à soi. Il est tellement plus que cela. Je dis personnellement AMEN à ce Dieu insondable, si grand qui consent à se révèler à de si petits être humains.Norbert

          • Haïm says:

            Norbert shalom,
            Merci a vous de reagir aux articles de ce blog.
            Qu’il me soit tout d’abord permis de revenir aux sources memes du Tana’kh. Ce sont elles qui doivent nous guider dans notre parcours vers la Verite. La vision biblique peut semble-il derouter mais les anthropomorphismes de Dieu sont frequents. Dieu est present parmi ses creatures. ” Il voit”, “Il parle”… et surtout Il se fait entendre. Nous ne pouvons apprehender les Paroles de Dieu que par une etude profonde et sincere des textes. Il va sans dire que Dieu est au-dela de toute forme corporelle et que son Essence reste inaccessible au genre humain. Mais n’oublions pas que la Bible encourage le dialogue avec Dieu qui reste tres proche de l’homme et de ses besoins materiel et spirituel. C’est sur cette intimite que repose la foi juive. Le Judaisme ne constitue en rien une theologie qui serait un discours sur Dieu mais plutot une hermeneutique sur Sa Parole. La Parole divine temoigne de sa Presence. C’est ce que je m’efforce de faire: decouvrir la voix de Dieu. Nous n’avons point le monopole de cette Parole universelle. Je vous invite donc a mieux nous faire connaitre ce que vous appelez le christianisme biblique.
            Toda rabba,
            Cordial shalom,
            Haim O.

          • cathou says:

            Bonjour Norbert
            En tant que catholique j’aimerai beaucoup comprendre ce que vous appelez le “christianisme biblique”. Ce terme me dépasse un peu.
            Merci de votre réponse.

          • cathou says:

            Norbert, je complète ma question, Vous dîtes que les 10 commandements sont en fait des paroles de liberté… Je veux bien mais “tu ne tueras point”, “tu ne voleras point ton prochain”… par exemple me semble plutôt des ordres impératifs qu’une liberté.

  2. marie claire says:

    Bonsoir Haïm,
    J’aime votre conseil de tenir compte de la richesse de la sémantique des mots. Je ne pouvais imaginer tant de facettes derrière “amen”. La foi liée à la vérité est pour moi une source d’ancrage en D.ieu.

    Merci !

    Marie Claire

    • cathou says:

      Il y a quelques années, à l’église catholique on disait: “Ainsi soit il”.

      • Haïm says:

        Cathou shalom,
        alors que dit-on a la place?
        Haim

        • cathou says:

          Bonjour Haim
          Aujourd’hui on dit::: “Amen”. Ce qui est peut être plus juste, je ne sais pas, mais plus personne ne sait bien ce que ça signifie.
          “Ainsi soit il” offrait l’avantage de la réflexion, si on le souhaitait.

    • Haïm says:

      Marie Claire shalom,
      l’hebreu cache une tres riche semantique dont les exegetes et kabbalistes feront usage. Le mot Shalom signifiant Paix est construit sur la racine Shalem, la plenitude . Vous remarquerez que le nom de Jerusalem, YerouShaLaiyM en hebreu est lui-meme construit sur cette racine de plenitude et de perfection.
      Au plaisir de vous lire.
      Haim O.

      • marie claire says:

        Je commence à apprendre les schèmes et les racines,pas simple comme leçon, mais c’est d’une grande richesse.
        Nous aspirons tous à cette paix-là, remplie de plénitude et de perfection !
        Il y a un autre passage que je n’arrive pas à bien saisir. Le verset :” Et il (Abraham) eut foi en l’Éternel, et l’Éternel lui en fit un mérite» (Gen. 15, 6). Dans une autre traduction, on parle de justice à la place de mérite. La justice est un vaste sujet !
        Mais comme vous disiez,cela permet un méditation de la Parole.
        Bien à vous

  3. Marie-Thérèse says:

    Bonjour Haîm,

    Quand j’ai étudié la Bible durant une session catholique de deux jours, on m’a dit que le mot “Amen” signifiait : “J’y crois et je m’y appuie comme sur un roc innébranlable, j’y adhère de toutes mes forces”
    Maintenant, j’y mets tout mon coeur.
    Qu’en pensez-vous?

    Marie-Thérèse

    • Haïm says:

      Marie-Therese shalom,
      Merci a vous pour votre commentaire. Parler de foi releve de l’enigme divine et du mystere de l’ame. Pour le Judaisme, la veritable foi doit s’exprimer a travers l’amour et la justice. De plus, Cette foi bien vecue peut nous aider a ne plus craindre les aleas de la vie et a les considerer non plus comme des problemes mais comme des defis a relever. Cette recherche de Dieu me passionne, j’y consacrerai tres probablement quelques articles. (J’y montrerai que la vision chretienne de l’adhesion divine differe de la vision juive). Je vous invite alors a rester avec nous et reagir aux articles publies sur le blog d’Hebreu biblique,
      Au plaisir de vous lire.
      Cordial shalom,
      Haim O.

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