Gouverner: le pouvoir de l’humilité

La Knesset vient d’élire le dixième Président de l’Etat d’Israël, Réuven Ruby Rivlin. Au-delà de la légitime interrogation sur l’utilité ou non de l’institution présidentielle pour l’Etat juif et démocratique de l’Israël moderne, nous sommes tout-à-fait en droit de nous interroger sur les qualités morales requises pour le titre d’honneur de Président d’Israël.

La première d’entre toutes ces qualités semble être incontestablement l’humilité et la modestie:

Nombreuses sont les grandes figures tanakhiques (bibliques) de dirigeants d’Israël qui, appelés par Dieu à tenir les rênes du pouvoir, refusent d’emblée d’en assumer la responsabilité, par humilité, se trouvant indignes d’une tâche qui leur paraît trop lourde pour eux. Ils rejettent la force du pouvoir, ses honneurs et ses privilèges.

Souvenons-nous du prophète Moïse qui, refusant catégoriquement d’accomplir sa mission par humilité, est disposé à remettre son autorité politique et religieuse à son frère ainé Aaron. Ce dernier n’a-t-il point souffert avec ses propres frères en Egypte?

«וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנָי שְׁלַח-נָא בְּיַד-תִּשְׁלָח» (שמות ד’, י”ג).

«De grâce, Seigneur! Donne cette mission à quelque autre!» (Exode 4, 13)

Souvenons-nous du premier roi d’Israël, Saül, se caractérisant par une grande modestie en essayant d’échapper à son destin:

«וַיַּקְרֵב אֶת-שֵׁבֶט בִּנְיָמִן לְמִשְׁפְּחֹתָו  וַתִּלָּכֵד, מִשְׁפַּחַת הַמַּטְרִי וַיִּלָּכֵד שָׁאוּל בֶּן-קִישׁ וַיְבַקְשֻׁהוּ וְלֹא נִמְצָא.  וַיִּשְׁאֲלוּ-עוֹד, בַּיהוָה הֲבָא עוֹד, הֲלֹם אִישׁ וַיֹּאמֶר יְהוָה, הִנֵּה-הוּא נֶחְבָּא אֶל-הַכֵּלִים» (שמואל א’, י’, כ”א-כ”ב).

«Puis il fit approcher les familles de la tribu de Benjamin, et le sort se prononça pour la famille de Matri, puis enfin pour Saül, fils de Kich. On le chercha alors, mais on ne le trouva point. 22 On consulta de nouveau le Seigneur: Est-il encore venu quelqu’un ici?… Oui, répondit le Seigneur, et il se tient caché parmi les bagages.» (I Samuel 10, 21-22).

Souvenons-nous de David qui, simple berger, écarté du monde et méprisé des siens,  est l’élu de Dieu par l’entremise du juge-prophète Samuel après que ce dernier ait passé en revue les sept autres fils de Yshay (Jessé) sans qu’aucun d’eux ne soit désigné, ce qui provoque l’étonnement de Samuel:

«וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל-יִשַׁי הֲתַמּוּ הַנְּעָרִים וַיֹּאמֶר עוֹד שָׁאַר הַקָּטָן וְהִנֵּה רֹעֶה בַּצֹּאן וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֶל-יִשַׁי שִׁלְחָה וְקָחֶנּוּ כִּי לֹא-נָסֹב עַד-בֹּאוֹ פֹה» (שמואל א’, ט”ז, י”א).

«Mais, demanda Samuel à Jessé, sont-ce là tous tes garçons? Il reste encore le plus jeune, répondit-il; il est au pâturage avec les brebis. Envoie-le chercher, dit Samuel à Jessé» (I Samuel 16, 11).

Souvenons-nous du juge Guid’on ben Yoash qui, au sommet de sa notoriété après une éclatante victoire sur Midian, rejette en bloc le pouvoir politique.

«וַיֹּאמְרוּ אִישׁ-יִשְׂרָאֵל אֶל-גִּדְעוֹן מְשָׁל-בָּנוּ גַּם-אַתָּה גַּם-בִּנְךָ גַּם בֶּן-בְּנֶךָ כִּי הוֹשַׁעְתָּנוּ מִיַּד מִדְיָן. וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם, גִּדְעוֹן לֹא-אֶמְשֹׁל אֲנִי בָּכֶם וְלֹא-יִמְשֹׁל בְּנִי בָּכֶם יְהוָה יִמְשֹׁל בָּכֶם.» (שופטים ח’, כ”ב-כ”ג).

«Les Israélites dirent à Gédéon: «Gouverne-nous, toi, puis ton fils, puis ton petit-fils, puisque tu nous as sauvés de la puissance de Madian.» Gédéon leur répondit: «Ni moi ni mon fils ne vous gouvernerons: Dieu seul doit régner sur vous» (Juges 8, 22-23).

Souvenons-nous des Premiers ministres de l’Etat d’Israël David Ben Gourion et Menahem Begin. Tout opposait ces figures de proue dans l’histoire d’Israël. Pourtant, leur sera reconnu un dénominateur commun: la modestie et la simplicité. En effet, ces deux grands hommes, soucieux du bonheur d’Israël, ne se sont jamais éloignés du petit peuple. Bien au contraire, ils s’en sont rapprochés en «descendant» vers lui, disposés à sacrifier leur vie en sa faveur. Dieu lui-même montre l’exemple en se «rabaissant» vers Moïse lors du Don des Tables de l’Alliance:

«וַיֵּרֶד יְהוָה עַל-הַר סִינַי אֶל-רֹאשׁ הָהָר וַיִּקְרָא יְהוָה לְמֹשֶׁה אֶל-רֹאשׁ הָהָר וַיַּעַל מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה רֵד הָעֵד בָּעָם פֶּן-יֶהֶרְסוּ אֶל-יְהוָה לִרְאוֹת, וְנָפַל מִמֶּנּוּ רָב.» (שמות י”ט, כ’-כ”א).

 «Le Seigneur, étant descendu sur le mont Sinaï, sur la cime de cette montagne, y appela Moïse; Moïse monta, 21 et le Seigneur lui dit: «Descends avertir le peuple: ils pourraient se précipiter vers le Seigneur pour voir, et beaucoup d’entre eux périraient» (Ex. 19, 20-21)

Rappelons l’anecdote du Président américain Jimmy Carter qui, rencontrant le Premier Ministre d’Israël Mena’hem Begin, lui tint ces propos: «Très cher Premier Ministre, pouvez-vous comprendre les multiples difficultés et contraintes liées à la lourde charge qu’il m’incombe de remplir en tant que Président des Etats-Unis d’Amérique? Je suis le gouvernant de 300 millions d’Américains.» Menahem Begin, après avoir écouté attentivement son interlocuteur, lui rétorqua: «Très cher Président, pourquoi vous plaindre? Moi, ce sont 3 millions d’hommes et de femmes qui me gouvernent!».  Cette petite histoire illustre le fait que la fonction du véritable dirigeant suppose de sa part une soumission totale à la volonté du peuple. Servir Israël, c’est devenir l’esclave et le serviteur pleinement dévoué de son peuple.

La racine du terme Nassi נָשִׂיא , נ.ש.א. N.S.’. , signifie «porter» ou «supporter» – le poids de la mission qu’il incombe au premier dirigeant d’accomplir en faveur d’Israël. Moïse et Aaron, selon une interprétation biblique, se voient refuser l’entrée en Erets Canaan par Dieu pour avoir, malencontreusement emporté par un instant de colère, oublié ne serait-ce qu’un instant que la légitimité de l’autorité détenue par le dirigeant n’est due que par la volonté de Dieu et le mérite du peuple:

«וַיַּקְהִלוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶת-הַקָּהָל אֶל-פְּנֵי הַסָּלַע וַיֹּאמֶר לָהֶם שִׁמְעוּ-נָא הַמֹּרִים הֲמִן-הַסֶּלַע הַזֶּה  נוֹצִיא לָכֶם מָיִם.» (במדבר כ’, י’).

«Puis Moïse et Aaron convoquèrent l’assemblée devant le rocher, et il leur dit: Or, écoutez, ô rebelles! Est-ce que de ce rocher nous pouvons faire sortir de l’eau pour vous?» (Nb. 20, 10).

 

Souhaitons à notre nouveau Président, Réuven Rubin Rivlin:

«יְחִי הַנָּשִׂיא, תְּחִי מְדִינַת יִשְׂרָאֵל!»

«Yehi HaNassi, Te’hi Medinat Israël! Longue vie au Président d’Israël, Longue vie à l’Etat d’Israël!»

 

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

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