Hanouccah (חֲנֻכָּה), le secret de l’éternité d’Israël (Première partie)

Le peuple juif célèbre cette semaine la fête de Hanouccah (חֲנֻכָּה) ou Dédicace. Cette fête commémore la victoire militaire des Maccabées (מַכַּבִּים), une famille de prêtres (Cohanim, כוֹהֲנִים) sur les Séleucides. La tradition juive, loin de mettre l’accent sur la victoire militaire (-164 de notre ère) d’un petit nombre de zélés juifs contre l’armée du tout-puissant empire grec, préfère mettre en exergue sa victoire spirituelle. Le pouvoir grec, usant de sa puissance militaire et culturelle, tente d’arracher l’âme du peuple juif en lui interdisant formellement de respecter le Shabbat, de pratiquer la circoncision des nouveau-nés (Brit-Milah) et de bénir le début du nouveau mois (Néoménie) fixant le calendrier annuel et la célébration de toutes les fêtes.

La racine du terme hébraïque ‘Hanouccah (חֲנֻכָּה-ח.נ.כ ) ‘H.N.’Kh., fait référence à l’inauguration ou dédicace (חֲנֻכָּה) du Tabernacle de l’autel des sacrifices (Nombres 7, 1; 10-11; 84-88). Le Livre des Maccabées rapporte l’inauguration (dédicace) de l’autel pendant la restauration du Temple (I Maccabées 4, 44-47; 4, 42-56) par les Maccabées, famille de prêtres (Cohanim) qui ont chassé les Grecs du Pays. Pourtant, les Juifs, qui célèbrent chaque année cette fête, considèrent les Livres des Maccabées comme apocryphes car rédigés en grec, alors que les Chrétiens, qui ne la fêtent pas, ont gardé les Livres des Maccabées dans leur canon biblique. Or, Jésus se trouvait à Jérusalem au Temple, pour marquer cette fête: «On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace, et c’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le Temple, au portique de Salomon». (Jn. 10, 22-23). C’est là un véritable paradoxe.

Le terme de Hanouccah possède un autre sens: sa racine (ח.נ.כ.) signifie également «éduquer». La fete de Hanouccah vise essentiellement à l’éducation des enfants d’Israël:

«חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ– גַּם כִּי-יַזְקִין, לֹא-יָסוּר מִמֶּנָּה»

«Eduque (‘HaNo’Kh) le jeune homme suivant sa voie; même avancé en âge, il ne s’en écartera point» (Proverbes 22, 6). L’acte quotidien de l’allumage des Lumières de Hanouccah durant huit jours au moyen de la Hanoukiah, du chandelier de la fête, a pour dessein d’enseigner toute la symbolique dont la Menorah (Nombres 8, 1) est porteuse.

L’autel des sacrifices s’avère être l’instrument cultuel primordial lors l’inauguration du Tabernacle (Nombres 7, 1) et du Temple du temps des Maccabées (I Maccabées 4, 44-47). Alors, pourquoi la Menorah, symbolisée par la ‘Hanoukiah, constitue-t-elle finalement l’instrument central autour duquel le peuple d’Israël fête Hanouccah? Pourquoi insiste-t-on davantage sur l’autre nom de la fête: «fête des Lumières (‘HaG HaOuRiM, חַג הָאוּרִים)», alors que le nom de Hanouccah (חֲנֻכָּה) est rendu fidèlement par «fête de la Dédicace (חֲנֻכָּה)»? Quel message cette fête des Lumières révèle-t-il? Tout d’abord, ces lumières font référence au commentaire (midrash) de la petite fiole d’huile, trouvée dans le Temple encore dévasté et souillé par les idoles grecques. Cette petite fiole d’huile, faite pour brûler pendant vingt-quatre heures, a brûlé nuit et jour pendant huit jours entiers, jusqu’à ce que l’on ait pu reconstituer de l’huile pure pour allumer la Menorah (chandelier du Temple). La Hanoukia est composée de huit branches portant huit lampes, rappelant les huit jours consécutifs pendant lesquels la petite fiole d’huile pure a brûlé, jusqu’à ce que l’on obtienne de l’huile pure pour allumer la Menorah. Pourquoi huit lampes alors que la Menorah du Temple n’en compte que sept? Alors que le chiffre sept (שֶׁבַע, Shéva) marque la perfection du cycle hebdomadaire,שָּׁבוּעַ)  ShaVOu’A) et de la nature, le chiffre huit brise le cadre déterministe et causal du monde de la Création. Il trace la voie du miracle et de l’éternité. La racine hébraïque du substantif «huile» (שֶׁמֶן, SheMeN) est identique à celle du  chiffre «huit» (שְׁמוֹנֶה, SheMoNéH).

La ‘Hanoukiah, chandelier à huit branches plus une (le «Shamash» שַׁמָֹּש, lampe avec laquelle nous allumons quotidiennement les huit branches), s’allume d’ordinaire sur le rebord d’une fenêtre ou à côté de la porte, à l’extérieur, afin que les passants dans la rue la voient de loin. Ainsi, la lumière de la ‘Hanoukiah émane de l’intérieur du foyer puis, orientée vers l’extérieur, éclaire le visage de l’autre. Elle symbolise la lumière spirituelle du premier jour de la Création (Gen. 1, 3: אוֹר, Or) (*1)  qu’Israël diffusera de Jérusalem vers l’ensemble des Nations:

«וַיֹּאמֶר, נָקֵל מִהְיוֹתְךָ לִי עֶבֶד, לְהָקִים אֶת-שִׁבְטֵי יַעֲקֹב, ונצירי (וּנְצוּרֵי) יִשְׂרָאֵל לְהָשִׁיב; וּנְתַתִּיךָ לְאוֹר גּוֹיִם, לִהְיוֹת יְשׁוּעָתִי עַד-קְצֵה הָאָרֶץ».

«L’Eternel me dit: “C’est trop peu que tu sois mon serviteur, pour relever les tribus de Jacob et rétablir les ruines d’Israël; je veux faire de toi la lumière des nations, mon instrument de salut jusqu’aux confins de la terre» (Isaïe 49, 6).


La semaine prochaine, nous étudierons la symbolique de la Menorah (Chandelier à sept branches) dont l’allumage renouvelé à l’occasion de la dédicace du Temple est commémoré chaque année pendant la fête de Hanouccah.

 

Haïm Ouizemann

(*1) La lumière matérielle est créée au quatrième jour de la Création (Gen. 1, 14-19)

 

11 Responses to Hanouccah (חֲנֻכָּה), le secret de l’éternité d’Israël (Première partie)

  1. cathou says:

    Ah la lumière!!!! !
    on voit, on peut se diriger, on se réchauffe: tout le coté matériel qu’on retrouve dans le coté spirituel.
    Quelle symbolique!!!!
    La lumière permet de se voir, de voir l’autre.
    La lumière permet d’aller de l’avant: clarté de l’esprit, faire la lumière…..
    L’apprentissage, la connaissance ne peuvent se faire sans lumière. En France nous avons même le siècle des lumières: grand siècle de pensées.

    Oui, la lumière matérielle sous forme de luminaires, d’étoiles, d’astres est crée le 4ème jour de la création.
    Mais c’est aussi la toute 1ère étape de la création: la Bible fait tout d’abord un état des lieux d’un univers dans la ténèbre. Il n’y a pas plusieurs ténèbres , mais (en français du moins) La ténèbre est unique, une , elle recouvre tout. J’ai l”impression que le souffle de Dieu planant à la surface des eaux est inclus dans cette ténèbre, mais je ne saurai l’affirmer. ? .
    Puis au 1er jour Dieu dit: que la lumière fut. Comme c’est une bonne chose, il sépare la lumière de la ténèbre. Donc la lumière se trouve dans la ténèbre. Et c’est le 1er jour.

    Je pense que la lumière est fêtée depuis la nuit des temps.
    J’aime beaucoup ton explication de cette fête. Elle démontre qu’au fil de l’histoire humaine, l’actualité historique se greffe sur
    des fêtes originellement spirituelles. L’humain des cavernes était moins païen qu’on ne dit, la spiritualité venait avant le matériel, ou du moins en même temps. (parce que j’imagine qu’il était plus facile de fêter la lumière quand on avait un peu de quoi manger).
    Aujourd’hui: victoire militaire,
    du temps de Jésus: inauguration de l’autel du temple
    du temps de Moïse: ?? Peut être était ce juste la lumière.

    Pour nous chrétiens, normalement la fête de la lumière se fête début février: la chandeleur: fête des chandelles. Autrefois fête importante, elle se décale peu à peu vers Noël. C’est assez logique puisque avant le christianisme, fin décembre les peuples fêtaient l’équinoxe d’hiver, la nuit la plus longue de l’année… La lumière devait y avoir une belle et grande place.

    Haïm ce blog est super, il permet de penser à des choses, qu’au fond nous savons tous, mais nous ne nous y arrêtons pas. MERCI.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Je t’invite dimanche prochain a l’occasion de l’allumage de la huitieme et derniere bougie de lire la seconde partie consacree a Hanouccah. J’y parlerai de la symbolique de la Menora, le Candelabre d’or.
      Tes remarques sont evidemment les bienvenues comme toujours,
      merci a toi,
      Haim

  2. cathou says:

    Oh j’oubliais: le mot DIEU en français, vient de dei, un mot sanskrit signifiant: éclairer.

    • Haïm says:

      Tu as raison. De plus, le terme Dieu, Dios trouve son origine dans la divinite grecque Zeus.
      Haim

      • cathou says:

        Oui mais Zeus est relativement récent par rapport à la racine hindou.
        Ce qui donne que le Dieu occidental et orientale (pleine Asie) dérive directement de lumière. Là on a une différence avec l’Eternel typiquement biblique. (ou du moins il semblerait)

  3. cathou says:

    Oui il y a des trucs bizarres, dis moi, comme ces textes dits apocryphes par les uns, et accrédités par les autres. Chacun prend un peu ce qui lui convient,pour d’obscures raisons.
    Dans ma Bible de poche il n’y a pas le Livre des Maccabées. (dis moi Haïm, question idiote: en français un maccabée est un cadavre, y a t’il un rapport??? il faut que je cherche, tiens)

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      A propos de ta question sur l’origine du mot Maccabee:
      C’est en fait le nom de Juda, le Macchabee -(יהודה המכבי (המקבי(voir note) qui signifie “le marteau” (Makevet). Juda est le fils de Matityahou ben Yohanan fondateur de la dynastie hasmoneenne qui se rebellera contre les Grecs.
      Note: pour les hebraisants: la lettre Kof a ete transformee en Kaf afin d’obtenir Maccabie, מכבי en hebreu. Maccabie sont les initiales du verset: “מִי-כָמֹכָה בָּאֵלִם יְהוָה” Mi Kamokha Ba-elim, Hachem (“Qui t’égale parmi les forts, Éternel?”)( Ex. 15, 11)
      Haim O.

  4. cathou says:

    Ah oui, MERCI Haïm.
    Le dictionnaire donne: origine incertaine.
    Peut être due aux 7 fils Maccabés et leur mère martyrs bibliques.
    Autrefois on appelait maccabée un noyé. Aujourd’hui les cadavres en tous genres.
    Je ne vois pas trop le rapport avec cette famille qui refusa de manger du porc, malgré l’injonction grecque. (entre autres faits de résistance)
    Mais je lis sur wikipédia, que la signification “marteau” est assimilé au mouvement (pas bien compris: fort comme un coup de marteau?).
    Evidemment un mort étant sans mouvement, ce peut être un jeu de mots. Mais comme à l’origine maccabée s’appliquait aux noyés exclusivement… Va falloir chercher encore un peu..pas si courant que ça ce mot tout de même. Enfin ça permet de mieux connaître ces Macchabées, dont je n’ai pas le livre dans ma Bible.

  5. chochanah says:

    Oui je m’inscrit au blog seulement !je suis ravie de connaitre un blog en Français ,pour étudier la parole de D.eu.J’aime Israel et son peuple.Je vais pouvoir me perfectionner en Hébreu Biblique et apprendre encore des choses sur la culture Juive…Merci Haim,quelle bonne idée !je vous encourage et vous béni…
    Ps:est il possible ,que mes amis qui ne prennent pas de cours à eteacher puissent s’inscrire au blog ?

    • Haïm says:

      Chochanah shalom,
      Merci a vous pour vos remarques. Vos amis peuvent bien sur s’inscrire gratuitement au site meme s’ils ne suivent aucun cours chez Eteacher.
      N’hesitez pas a faire connaitre ce site qui vise a reunir les amoureux de la Bible et d’Israel. Rejoignez nous et reagissez aux articles.
      Cordial shalom d’Israel’
      Haim

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