Indépendance d’Israël et Rédemption universelle

Une semaine après la commémoration du Jour de la Shoah,  au lendemain du Jour du Souvenir des Soldats tombés au champ d’honneur, Israël s’unit pour fêter le 65e anniversaire de son Indépendance. Déclarée le 5 Iyar 5708 (14 mai 1948) à Tel-Aviv par David ben Gourion en présence des membres de la première Knesset, qui, «confiants en le «Roc d’Israël»[1], cette Indépendance d’Israël  nous invite chaque jour à participer activement à la rédemption d’Israël, prémisse de celle de l’ensemble du genre humain:

 

 

«אָנוּ קוֹרְאִים אֶל הָעָם הַיְּהוּדִי בְּכָל הַתְּפוּצוֹת לְהִתְלַכֵּד סְבִיב הַיִּשׁוּב בָּעָלִיּהָ וּבַבִּנְיָן וְלַעֲמֹד לִימִינוֹ בַּמַּעֲרָכָה הַגְּדוֹלָה עַל הַגְּשַׁמַּת שְׁאִיפַת הַדּוֹרוֹת לִגְּאוּלַת יִשְׂרָאֵל» (מתוך מגילת-העצמאות).

«Nous lançons un appel au peuple juif dispersé pour qu’il se réunisse autour du Yishouv [peuplement, colonie] pour l’immigration des Juifs et la construction du Pays, et à être à nos côtés dans le grand combat pour la réalisation de l’aspiration séculaire de la rédemption d’Israël» (Gueoulat Israël) (Déclaration d’Indépendance d’Israël).

Que revêt cette rédemption ?

La rédemption des Hébreux sortant d’Egypte s’est faite précipitamment (Deut. 16, 3). Pourtant, la rédemption finale promise dans la Bible ne se produira qu’à la suite d’un lent et long processus de maturation:

«כִּי לֹא בְחִפָּזוֹן תֵּצֵאוּ, וּבִמְנוּסָה לֹא תֵלֵכוּן כִּי-הֹלֵךְ לִפְנֵיכֶם יְהוָה וּמְאַסִּפְכֶם אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל» (ישעיהו נ”ב, י”ב)

«Car ce n’est pas avec une hâte éperdue que vous vous échapperez, ce n’est pas dans une fuite précipitée que vous partirez; mais l’Eternel sera votre arrière-garde le Dieu d’Israël» (Is. 52, 12).

Nombreux sont les symboles de la rédemption d’Israël. Ils se caractérisent tous par une longue obscurité, brusquement rompue par une lueur qui commence à poindre lentement, puis se transforme soudainement en une lumière vive. Ainsi en est-il de la lente apparition de la lueur de l’aurore après une longue nuit de tourmente et d’obscurité;  des souffrances de l’enfantement, subite clarté après la longue attente dans l’incertitude de la grossesse; ou bien de la croissance graduelle de la semence après sa germination dans le sein de la terre; la rédemption constitue l’aboutissement suprême d’une longue attente dans la nuit de l’exil. A la mort succède la vie.

La naissance de l’Aurore:

Après l’émergence de l’aurore de la rédemption, «Ayyélet Hachahar»«אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר»  (Ps. 22, 1) «…ils (les peuples) viendront et proclameront sa justice: ils diront au peuple à naître [Israël] ce qu’il [Dieu] a fait» (Ps. 22, 32; cf. aussi Gen. 32, 24). De quelle justice s’agit-il? De quelle action divine s’agit-il? Or, d’un peuple hagard, errant d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, fuyant d’une injustice, d’un pogrom à l’autre, Dieu fait d’Israël un peuple qui se relève et se tient droit dans la lumière de son pays et le ressuscite de ses cendres, tel le phœnix: «Celui-ci n’est-il pas un tison sauvé du feu?» (Zacharie 3, 2). Survivant à la terrible épreuve du feu et aux affres de  l’Histoire, Israël reçoit la promesse que Dieu «lèvera l’étendard vers les nations pour recueillir les exilés d’Israël et rassembler les débris épars de Juda des quatre coins de la terre». «Ainsi parle le Seigneur-Eternel: Voici, j’étendrai ma main sur les nations, et du côté des peuples je dresserai ma bannière (אָרִים נִסִּי); et ils apporteront tes fils dans leur giron, et ils chargeront tes filles sur leurs épaules» (Isaïe 49, 22). Le terme «נֵס» («Ness», «étendard») signifie également «miracle». Le drapeau d’Israël, bleu (couleur de la transcendance) et blanc (couleur de la pureté et du renouvellement), symbole d’indépendance de l’état d’Israël, ne constitue-il point la preuve éclatante de ce miracle quotidien de la résurrection nationale d’Israël, de retour sur sa Terre, promise aux trois patriarches?

 

Les douleurs de l’Enfantement:

«הַאֲנִי אַשְׁבִּיר וְלֹא אוֹלִיד, יֹאמַר יְהוָה; אִם-אֲנִי הַמּוֹלִיד וְעָצַרְתִּי, אָמַר אֱלֹהָיִךְ» (ישעיה ס”ו, ט’).

«Quoi! J’amènerais la crise de l’enfantement, et je ne ferais pas la délivrance! dit l’Eternel. Quoi! Moi qui donne la vie, a dit ton Dieu, je l’empêcherais d’éclore!» (Isaïe 66, 9).

La racine du verbe «אַשְׁבִּיר» (ש. ב. ר) signifie «brisure, crise», mais aussi «enfanter» (Isaïe 37, 3). Le travail de l’enfantement se fait dans la douleur. C’est un temps de crise, de brisure dans la souffrance. Il ne saurait y avoir d’enfantement sans crise. Mais l’instant unique et fugitif de la naissance fait oublier toutes les épreuves. Il est comme un éclat de lumière balayant l’obscurité.  L’histoire de l’exil d’Israël, longue de 1900 ans, est traversée par des soubresauts constants de tourmentes. Nulle sécurité, nul refuge pendant toute cette longue période. Mais, telle une naissance, l’Etat d’Israël émerge de la ténèbre de l’Histoire comme un drapeau brandi, comme un miracle renouvelé.

 

La croissance du plant:

«שָׁם אַצְמִיחַ קֶרֶן לְדָוִד» (תהילים קל”ב, י”ז).

«Là-bas je ferai fleurir la corne de David» (Ps. 132, 17), comme la branche d’amandier d’Aaron (Nb. 17, 23).

«וְאָנֹכִי נְטַעְתִּיךְ שׂוֹרֵק, כֻּלֹּה זֶרַע אֱמֶת» (ירמיה ב’, כ”א)

«Et moi, je t’avais plantée comme une vigne de choix, toute  entière, graine de vérité» (Jer. 2, 21).

«Il y aura comme une graine de paix: la vigne portera son fruit et la terre donnera son produit, le ciel répandra sa rosée, et à ceux qui restent du peuple je donnerai en partage tous ces biens» (Zach. 8, 12).

 

Rédemption de l’Humanité

Cette rédemption d’Israël engendre, selon la vision prophétique d’Isaïe, le Salut de tous les hommes:

«וְשָׁפַט בֵּין הַגּוֹיִם וְהוֹכִיחַ לְעַמִּים רַבִּים וְכִתְּתוּ חַרְבוֹתָם לְאִתִּים וַחֲנִיתוֹתֵיהֶם לְמַזְמֵרוֹת לֹא יִשָּׂא גוֹי אֶל-גּוֹי חֶרֶב וְלֹא-יִלְמְדוּ עוֹד מִלְחָמָה» (ישעיה ב’, ד’);

«Il sera un arbitre entre les nations et le précepteur de peuples nombreux; ceux-ci alors de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et on n’apprendra plus l’art des combats» (Isaïe 2, 4).

«וְגָר זְאֵב עִם-כֶּבֶשׂ, וְנָמֵר עִם-גְּדִי יִרְבָּץ וְעֵגֶל וּכְפִיר וּמְרִיא יַחְדָּו וְנַעַר קָטֹן נֹהֵג בָּם.  וּפָרָה וָדֹב תִּרְעֶינָה, יַחְדָּו יִרְבְּצוּ יַלְדֵיהֶן וְאַרְיֵה, כַּבָּקָר יֹאכַל-תֶּבֶן. וְשִׁעֲשַׁע יוֹנֵק, עַל-חֻר פָּתֶן וְעַל מְאוּרַת צִפְעוֹנִי גָּמוּל יָדוֹ הָדָה. לֹא-יָרֵעוּ וְלֹא-יַשְׁחִיתוּ בְּכָל-הַר קָדְשִׁי: כִּי מָלְאָה הָאָרֶץ, דֵּעָה אֶת-יְהוָה, כַּמַּיִם, לַיָּם מְכַסִּים» (ישעיה י”א, ו’-ט’);

«Alors le loup habitera avec la brebis, et le tigre reposera avec le chevreau; veau, lionceau et bélier vivront ensemble, et un jeune enfant les conduira. Génisse et ourse paîtront côte à côte, ensemble s’ébattront leurs petits; et le lion, comme le bœuf, se nourrira de paille. Le nourrisson jouera près du nid de la vipère, et le nouveau-sevré avancera la main dans le repaire de l’aspic. Plus de méfaits, plus de violences sur toute ma sainte montagne; car la terre sera pleine de la connaissance de Dieu, comme l’eau abonde dans le lit des mers..» (Isaïe 11, 6-9). Ce texte est d’ailleurs lu dans toutes synagogues au jour de l’Indépendance.

Le retour des exilés en leur patrie et la création de l’état d’Israël démocratique, fondé sur les valeurs du TaNa’KH (Bible), ne constitue-il point le plus grand des miracles et la réalisation de la promesse divine?

  «וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם אֶל הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָשָׂאתִי אֶת-יָדִי לָתֵת אֹתָהּ לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב וְנָתַתִּי אֹתָהּ לָכֶם מוֹרָשָׁה אֲנִי יְהוָה»

«Puis, Je (Dieu) vous amènerai dans la contrée que j’ai solennellement promise à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous la donnerai comme  héritage, moi l’Éternel.» (Ex. 6, 8)

 

«הִנֵּה אֲנִי פֹתֵחַ אֶת קִבְרוֹתֵיכֶם וְהַעֲלֵיתִי אֶתְכֶם מִקִּבְרוֹתֵיכֶם, עַמִּי וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם, אֶל-אַדְמַת יִשְׂרָאֵל«

«Voici que je rouvre vos tombeaux, et je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple! et Je (Dieu)  vous ramènerai au pays d’Israël. » (Ez. 37, 12)

L’homme de sagesse, d’après le livre des Psaumes (Ps. 107, 43), est celui qui médite sur l’accomplissement de ce miracle permanent pour  la rédemption de l’Humanité.

[1]  Cette appellation de Dieu est tirée du verset (II Sam. 23, 3).

 

 

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 


[1]  Cette appellation de Dieu est tirée du verset (II Sam. 23, 3).

6 Responses to Indépendance d’Israël et Rédemption universelle

  1. cathou says:

    Tout d’abord Bonne Fête de l’Indépendance à Israël!!! 65 ans c’est déjà un chemin, si on prend en considération les difficultés.

    La vidéo est très intéressante. Elle rappelle que l’Etat d’Israël actuel ne vient pas de la volonté de quelques zombis juifs, Mais bien d’une volonté commune, suite à une évolution des mentalités européennes, américaines et arabes.

    Difficile de dire si c’est la rédemption promise, le temps le dira.
    Tout ce que l’on peut affirmer c’est que ce n’est pas la crucifixion de Jésus qui a entraîné la chute d’Israël, contrairement à ce que certains imaginent::
    Israël est l’exemple type d’une nation arrivée, il y a un peu plus de 2 000 ans, au sommet de l’aisance matérielle, et qui “néglige” sa spiritualité.
    Quelques soient les opinions de chacun sur les religions, lorsque les humains oublient que la spiritualité se rattache toujours au matériel, parce que nous sommes faits de chair, de sang et d’esprit,(le tout en un) la décadence commence quand quand le désir du profit devient plus important que l’humain.
    C’est la situation en Israël quand Jésus arrive.
    C’est la situation actuelle en Europe si nous ne revenons pas vers une spiritualité plus mature.

    Israël nous démontre qu’un Etat ne peut pas vivre s’il n’est pas uni autour d’un seul et même idéal.
    –L’Inde, immense pays hindouiste, va s’unir autour de sa spiritualité avec Gandi, pour chasser pacifiquement les européens, et retrouver son indépendance.
    –Le Dalaï Lama, chef spirituel bouddhiste en exil, d’un peuple Tibétain asservi à La Chine (tortures morales, physiques, destruction du patrimoine..) cherche auprès d’Israël et de l’Inde, une solution pacifique pour que son pays retrouve l’indépendance.

    Le désir du profit n’est jamais un facteur d’unité nationale, d’unité humaine.
    La religion, quelqu’elle soit, explique comment avancer tous ensemble vers l’Indépendance.
    L’enseignement biblique est un chemin pour apprendre à se réunir tous, dans un même pays, en un même peuple, pour acquérir l’Indépendance.
    Quand l’adversaire use d’armes et abondamment, il est, hélas, indispensable de riposter pour préserver son pays.
    La France a bien du utiliser les armes pour se battre contre l’invasion allemande.

    Mais le seul réel pouvoir pour acquérir l’ Indépendance est la non-violence.
    La maturité spirituelle pour faire face au désir que les autres pays ont d’un pays capable de se construire, d’avancer, d’évoluer, en phase avec son époque.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      merci a toi, tes voeux pour l’etat d’Israel nous touchent tout particulierement. Nous avons la chance de vivre le miracle d’Israel au jour le jour. La prophetie du renouveau d’Israel se realise devant nos yeux, il suffit d’ouvrir la Bible et de lire les sources. La Parole de Dieu est bien vivante. Elle s’accomplit. Notre ideal en Israel est de constituer une societe autour des valeurs de Justice sociale pour laquelle tous les prophetes bibliques se sont battus. C’est l’ethique qui preserve une societe et une nation. Combien de grandes civilisations se sont effondrees? Israel a survecu a toutes ses humiliations car il est reste fidele aux valeurs du TaNa’Kh et a son antique tradition tout en s’adaptant a la modernite. Je crois profondement a la non-violence qui est un des principes fondamentaux du Judaisme. J’aspire, autant que faire se peut, a faire decouvrir cette ethique biblique dont la societe occidentale devrait plus s’inspirer.
      Un grand shalom a toi et toute ta famille.
      Haim

      • cathou says:

        Longue vie à Israël et au judaïsme!!!

        Oui Haïm, la société occidentale est une société pressée. C’est ainsi que nous définit Alexandre David Neel, orientaliste et exploratrice occidentale de génie. Et elle est loin d’avoir tort.
        Il nous faut apprendre l’éternité. C’est une notion très difficile pour un occidental.

        Judaïsme, boudhisme, hindouisme…. L’occidental a encore beaucoup à découvrir sur les réelles capacités humaines et divines.

        • Haïm says:

          Cathou shalom,
          Merci a toi pour tes benedictions qui nous vont droits au coeur.
          Nous devons reapprendre a gouter et a saisir l’eternite dans le temps present. Il s’agit d’un art subtil que l’Occident a semble-il oublie. Cathou, tu me donnes des idees pour mes prochains articles. C’est vraiment bien.
          Amities a toi et a vous tous,
          Haim

  2. cathou says:

    Ce que l’on peut dire, aussi.
    Il est surprenant que dans cette région où au début du XX ème siècle, les pays et les frontières se créent. L’Egypte évidemment, mais la Jordanie, la Lybie, l’Arabie Saoudite, l’Iran etc… les peuples habitant cette région, dite Palestine par les romains, se soient contenter d’être sous domination égyptienne et jordanienne, sans jamais chercher leur indépendance, à créer un pays indépendant.
    Si ces peuples avaient su s’unir, ou voulu s’unir en un seul pays indépendant, l’état d’Israël n’aurait pas pu retrouver ses racines.
    On peut dire aussi, qu’il est dommage qu’au cours des négociations pour redonner une légitimité à Israël, les pays participants n’aient pas songé qu’ils laissaient des zones de terres disséminées seulement sous occupation israéliennes, jordanienne etc, qui laissait la porte ouverte aux gros problèmes actuels.
    Prions pour que la situation inextricable, trouve enfin sa solution. Pour la paix de tous!!

  3. cathou says:

    “La vie après la mort”
    Toute la symbolique de la crucifixion et résurrection de Jésus.
    Le christianisme qui prend ses racines dans le judaïsme.

    Cette symbolique est présente dans toutes les religions. Il faut se dépouiller de son enveloppe charnelle, des désirs qui nous retiennent à la terre, pour Vivre!!!

    Cette notion est tellement importante qu’en Inde, pendant des siècles (peut être plus, je ne sais) les gens pouvaient mourir dans la rue, dans l’indifférence générale.
    Ce qui révoltent profondément les européens est tout ce qu’il y a de plus naturel en Inde.
    L’humain mort ne fait que se libérer de son corps qui terre, retourne à la terre.
    L’âme est libre après les souffrances physiques.

    Oui tu as raison Haïm, il y a beaucoup à dire sur ton article.

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