Jacques, le frère de Jésus et Nazaréen [1]

Jacques le Jeune, appelé aussi Ya’akov haTsadik (יַעֲקֹב הַצַּדִּיק), «Jacob le Juste», est mentionné comme l’un des quatre frères de Jésus. Cette fraternité de chair et de sang est naturellement reconnue par les Juifs de son époque, qui le citent au même titre que Joseph, Simon et Jude (Mat. 13, 55). [Jésus] «N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous?» (Marc 6, 3). Paul lui-même l’appelle le «frère du Seigneur» (Gal. 1, 19).

Eusèbe décrit Jacques (Yaacov) comme un Nazir (absthème) et un Cohen (prêtre): «Il fut saint dès le ventre de sa mère. Il ne but ni vin ni boisson forte, et il ne mangea point de viande; nul rasoir ne passa sur sa tête; il ne s’oignit pas avec de l’huile, et n’alla pas aux bains. Il lui était à lui seul permis d’entrer dans le sanctuaire, car il ne se vêtait pas de laine mais de lin, et il avait coutume d’entrer seul dans le temple où on le trouvait s’agenouillant et priant pour le pardon du peuple, de telle manière que ses genoux étaient devenus cagneux comme ceux d’un chameau à cause de son incessante adoration de Dieu, de ses génuflexions et de ses prières de demande de pardon pour le peuple. Donc à cause de sa droiture exagérée, on l’appelait le Juste et Oblias, ce qui veut dire en grec, «rempart du peuple et de droiture»[1]. Ωβλιας (Oblias) peut être une autre forme de Ωβδιας (Obdias) ou Ovadiah, «serviteur de Dieu».

La source biblique établit une étroite relation entre Naziréat («consécration à Dieu») (Nb. 6, 1-21) et Prêtrise. En effet, le Naziréen fait vœu durant une période de trente jours de ne point tailler ses cheveux, de s’abstenir de consommer totalement de tout produit d’origine vinicole (vin, vinaigre, raisin, pépins et enveloppe des raisins) et de s’écarter de tout contact avec la mort afin d’éviter toute impureté rituelle susceptible de l’atteindre. Il est alors égal au Grand Prêtre (Lev. 21, 10-11; Mishna 7, a), ), car les injonctions divines (mitsvoth) qu’il lui incombe d’observer sont semblables.

Le TaNa’Kh (Bible) fait mention de trois nazirs: Joseph, Samuel et Samson. Le Naziréat est celui qui est séparé (מִתְנַזֵּר) d’entre ses frères (de par son naziréat) ou couronné (נֵזֶר) d’entre ses frères. Le terme: «nezer»  (נֵזֶר)signifie aussi bien «élection» que «couronne, diadème». Samuel et Samson, tous deux nazirs de naissance, à la différence de Joseph, trouvent leur force spirituelle dans cette séparation (הִתְנַזְּרוּת), les préparant à l’exigence de leur mission, celle de sauver Israël par le droit et la justice. Samuel et Samson sont les seuls personnages de Bible à cumuler à la fois le statut de naziréat et de juges en Israël.

Jacques, après la crucifixion de Jésus accède au rang de premier chef de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem. Il devient de fait le premier évêque de Jérusalem.

L’article du mois prochain: «Jésus, Jacques et le joug des mitsvot».

[1] Eusebius, «Ecclesiastical History», II, xxiii, 4-7, p. 171.

 

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com



[1] Eusebius, «Ecclesiastical History», II, xxiii, 4-7, p. 171.

13 Responses to Jacques, le frère de Jésus et Nazaréen [1]

  1. cathou says:

    Intéressant, franchement, Je ne me suis jamais demandée si Jésus avait des frères et des sœurs.
    Il s’est rattrapé Joseph après la naissance de Jésus, on dirait.
    “.. Joseph ne crains pas de prendre Marie comme épouse, car l’enfant qu’elle a conçu vient du saint esprit…. Mais il ne connut point Marie jusqu’à ce qu’elle eut enfanté son fils 1er né, auquel il donna le nom de Jésus (Matthieu 2,20)

  2. marie claire says:

    C’est très intéressant d’apprendre la vie et la consécration d’un des “demi-” frère de Yechoua ( ayant la même mère ). Nous pouvons être reconnaissants pour ces intercesseurs qui se sont tenus sur la brêche.
    Il y a avait différents courants à cet époque ? Les zélotes, les saduccéens, les nazaréens ? D’autres encore ? Pouvez-vous me guider pour mieux les comprendre ?
    Merci !

    • cathou says:

      Ah bon, pourquoi “demi” frère??? Même père, même mère… Non????

      • Pasteur JACOBY says:

        Yechoua ne peut pas avoir le même père que Jacques car il est né de la vierge marie par l’intervention de l’Esprit-Saint… Oui, ils ont la même mère …

        • Haïm says:

          Tres cher Pasteur Jacoby,
          Je suis tres respectueux a l’egard de chaque religion, confession et philosophie. C’est la raison pour laquelle mes propos visent a ouvrir un champ de vision nouveau rendant possible le dialogue inter-religieux. La foi est un domaine qui releve de l’enigme et reste tres personnelle et nous devons, avec beaucoup de precaution, rester a l’ecoute de l’autre dans la difference qui le caracterise en tant qu’etre religieux et spirituel. Je propose tout simplement une reflexion historique et spirituelle a partir des sources qui nous sont accessibles. Jesus, selon les sources litterales evangeliques, a eu des freres de sang et de chair. Nombreux sont aujourd’hui les Biblistes chretiens qui le reconnaissent. Cette notion de chair, fondamentale pour le Judaisme, permet de restituer Jesus dans son contexte historique.
          Cordial shalom,
          Haim

        • cathou says:

          Pour moi, Pasteur Jacoby, Jésus est le fruit physique de Joseph et Marie. Je n’arrive pas, bien que catholique, à comprendre autrement la réalité physique de Jésus.
          Par contre j’admets totalement qu’il soit “fils de Dieu”, comme tous les croyants en Dieu, même un “fils de Dieu” exceptionnel; bien plus proche de Dieu que la majorité des simples croyants. La part de divin qu’il porte en lui est très très forte, ça oui j’en suis convaincue.
          Pour moi, très simple croyante, Jésus est LE chemin vers Dieu, s’il est humain.

          • Haïm says:

            Cathou shalom a toi,
            La notion spirituelle selon laquelle Jesus est ne par l’intervention du Saint-Esprit est historique. Elle date du Concile de Nicee en 325 qui introduira le dogme de la Consubstantialité afin de lutter contre Arius oppose a cette these. N’oublions pas que toute religion se fonde historiquement sur des faits, des idees et parfois des dogmes. La notion de dogme est d’ailleurs etrangere au Judaisme. Je reviendrai plus tard sur ce refus categorique du dogme.
            Merci a toi Cathou
            Au plaisir de te revoir parmi nous,
            Haim

          • cathou says:

            Oui Haïm.
            Mais je pense qu’on veut faire passer une image très forte de Jésus, en supprimant la paternité physique de Joseph.
            Pour moi un jésus, conçu par un père et une mère physique, comme tout humain, mais totalement fils spirituel de Dieu, me parle beaucoup plus et m’invite à suivre son chemin.
            Par contre un Jésus mi-homme, mi-dieu selon les croyances grecques et romaines, ne m’apporte rien.
            Mais je pense que le dogme de l’église nous permet, après une 1ère compréhension de Jésus conçu physiquement de Marie et du saint esprit, qui nous donne un superbe Joseph cocu en tout logique cartésienne… d’aller au-delà, si on le désire, et de passer au-dessus de la conception physique pour trouver la grande part divine que porte Jésus en lui: la part spirituelle qui vient de Dieu.

  3. cathou says:

    Donc, si je comprends bien, Jacques prend la “succession” de Jésus??? Jésus, en tant qu’aîné est consacré à Dieu, une fois mort c’est son frère qui prend la place????? Et il devient prêtre, abstinent sobre?

  4. [...] on l’appelait le Juste et Oblias, ce qui veut dire en grec, «rempart du peuple et de droiture»[1]. Ωβλιας (Oblias) peut être une autre forme de Ωβδιας (Obdias) ou Ovadiah, «serviteur [...]

  5. [...] nous avons étudié l’histoire de Jacques, le frère de Jésus, sous l’angle du naziréat. Accédant au rang de premier chef de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem, il devient [...]

  6. cohen-chapon roselyne says:

    jésus frère de jacques et fils spirituel de Dieu, cela est pour moi la vérité et j’y adhère totalement. shalom à tous

  7. Haïm says:

    Je vous conseille sans entrer dans la polemique- le but de ce blog est de proposer une reflexion ouverte et tolerante- de revenir a quelques sources fondatrices du Christianisme.
    Selon l’Apotre (Romains 11, 28-29), les Juifs restent encore a cause de leurs peres (Patriarches) tres chers a Dieu dont les dons et l’appel sont sans repentance…
    “S’il est vrai que l’eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juofs ne doivent pas pour autant etre presentes comme reprouves par Dieu ni maudits comme si cela decoulait de ls Sainte Ecriture… Encore que des autorites juives avec leurs partisans aient pousse a la mort du Christ ( jean 19, 6), ce qui a ete commis durant sa passion ne peut etre impute ni indistinctement a tous les Juifs vivant alors ni aux Juifs de notre temps “( Citation ” Declaration Nostra Aetate, Vatican II).
    Les sources chretiennes repondent a vos propos qui vont a l’encontre de votre propre fois.
    Shalom Haim O.

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