Jésus, Jacques et le joug des mitsvoth [3]

La position de Jacques, le frère de Jésus

Face à l’interprétation élargie du verset (Gn. 15, 6) commenté par Paul, comme nous l’avons vu dernièrement,

«וְהֶאֱמִן, בַּיהוָה; וַיַּחְשְׁבֶהָ לּוֹ, צְדָקָה» (בראשית ט”ו, ו’).

«Abraham crut en l’Eternel, et cela lui fut compté comme justice» (Gn. 15, 6),

Jacques, le frère de Jésus, oppose sa propre interprétation de ce même verset, peut-être plus  proche du judaïsme classique:

En effet, selon lui, les préceptes de la Loi de Moïse, les mitsvoth, fondent la foi d’Israël. «Les œuvres» [le respect des mitsvoth, les commandements, des préceptes de Dieu] servent à témoigner de la profondeur de la foi: «A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise: «J’ai la foi», s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? … la foi: si elle n’a pas les œuvres, elle est tout-à-fait morte… Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres quand il offrit Isaac, son fils, sur l’autel? Tu le vois: sa foi coopérait à ses œuvres et par les œuvres [le respect des mitsvoth, les commandements de Dieu], sa foi fut rendue parfaite. Ainsi fut accomplie cette parole de l’Ecriture: «Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice et il fut appelé ami de Dieu. Vous le voyez: c’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule. De même, Rahab… n’est-ce pas par les œuvres qu’elle fut justifiée quand elle reçut les messagers et les fit partir par un autre chemin? Comme le corps sans l’âme est mort, de même la foi sans les œuvres est morte (Jacques 2, 14-26). Et encore: «Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes! … Celui… qui se penche sur la Loi parfaite de liberté et s’y tient attaché, non pas en auditeur oublieux mais pour la mettre activement en pratique, celui-là trouve son bonheur en la pratiquant.» (Jacques, 1, 22-25). Effectivement, accomplir les lois et les commandements donnés par Dieu dans Sa Bible, c’est «aimer Dieu de tout son cœur et de toute son âme»:

 

«וְאָהַבְתָּ, אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ, בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשְׁךָ, וּבְכָל-מְאֹדֶךָ» (דברים ו’, ה’);

«Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir» (Deut. 6, 5).

 

Or, les commandements de Dieu ne suivent pas toujours la loi naturelle. Dans la loi naturelle, la notion de «jour de repos»  n’intervient pas.  Pour l’Hébreu, accomplir les commandements, c’est attendre avec patience le moment où ils seront gravés dans son cœur:

«נָתַתִּי אֶת-תּוֹרָתִי בְּקִרְבָּם וְעַל-לִבָּם אֶכְתְּבֶנָּה וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם» (ירמיהו ל”א, ל”ב);

«Je donnerai Ma Loi dans leur for intérieur et Je l’inscrirai dans leur cœur; Et je serai pour eux leur Dieu et ils seront Mon peuple» (Jer. 31, 32).

Cette Loi, c’est l’Esprit de Dieu:

«וְאֶת רוּחִי אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וְעָשִׂיתִי אֵת אֲשֶׁר בְּחֻקַּי תֵּלֵכוּ וּמִשְׁפָּטַי תִּשְׁמְרוּ וַעֲשִׂיתֶם»(יחזקאל ל”ו, כ”ז);

«Je donnerai mon Esprit en votre for intérieur; et j’agirai pour que vous alliez dans mes statuts et que vous observiez et pratiquiez mes lois» (Ez. 36, 27).

 

Le Judaïsme considère, en effet, la pratique des mitsvot, des préceptes divins (religieux et éthiques) comme le fondement, l’essence de la foi monothéiste:

 

 «כָּל מִצְו‍ֹתֶיךָ אֱמוּנָה»

«Toutes Tes injonctions sont foi» (Ps. 119, 86)

Didier Long fut moine bénédictin de 1985 à 1995 (Abbaye de la Pierre-Qui-Vire)

 

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

12 Responses to Jésus, Jacques et le joug des mitsvoth [3]

  1. cathou says:

    Les œuvres:: cela dépend du sens que l’on donne au mot œuvres, je pense.
    L’ensemble de lois données par Moïse, puis encore sans doute complété au fil de siècles, en fonction des besoins, est un ensemble qui donne une identité au peuple hébreu, une éthique de vie. Les juifs se retrouvent autour de ces rites bibliques, qui leurs appartiennent en propre.
    Vivre sa foi, est quelque chose d’une part personnelle, et d’autre part communautaire.

    Se laver avant de manger est certes un acte hygiénique important, mais avoir les mains propres si le coeur est sale…. quelle est l’oeuvre la plus importante dans ce cas précis??? Dieu regardera t’il l’état des mains ou l’état du coeur??? Si le repas est plein de joies, d’amour, de sincérité, sera t’il vraiment impur et immoral parce que les mains n’auront peut être pas été lavées selon tous les rites??
    La personne qui s’est fait mal et a besoin d’être secourue rapidement: Est ce une meilleure oeuvre de la laisser en plan se débrouiller parce qu’on n’a rien pour se laver?? Ou l’oeuvre est’elle de porter assistance avant toute autre considération rituelle???
    Le rite est important parce qu’il est identitaire, parce qu’il sert à se rappeler ce que l’on pourrait être tenté d’oublier.
    Chaque religion a ses rites, fabriqués au fil du temps, de l’histoire des peuples. Tous les rites, quels qu’ils soient, sont respectables. Même les sacrifices humains (disparus, Dieu merci, au fil des connaissances et de la meilleure compréhension de la spiritualité, OUF)!!

    Que le judaïsme considère que les préceptes éthiques et religieux sont le fondement même du monothéisme… oui pourquoi pas, c’est l’essence même du judaïsme. Mais comme l’article le dit si bien: Abraham va suivre le Seigneur en toute confiance, avec sa seule foi.
    Donc la discussion reste ouverte………..

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      les oeuvres sont a comprendre au sens de Mitsvot, c’est a dire l’accomplissement des preceptes divins qu’ils soient religieux ou ethiques. Le rite a pour but non pas de “rejouir” Dieu ou de le “contenter” mais d’eduquer l’homme a s’elever vers la sphere de la spiritualite et de transformer le monde en un monde meilleur. L’ablution des mains avant le repas, par exemple, dont parlent le Tanakh et les Evangiles tire sa source de la purification des Cohanim, des pretes qui entraient dans le Temple prets a servir l’Eternel. Il va de soi que l’action doit etre mue par une intention pure et desinteressee. Servir Dieu, c’est d’abord et avant tout servir son prochain.

      Toda rabba a toi. Shalom a vous tous,
      Haim O.

      • cathou says:

        Oui. Le problème c’est que pour bien des gens, le rite est justement un moyen de se valoriser aux yeux de Dieu et des autres.
        Il est évident qu’il y a plusieurs degrés de compréhension: pour certains le rite sera seul a avoir de la valeur,parce que la foi est faible. Pour d’autres le rite ne sera qu’amusement pas vraiment indispensable, pour d’autres le rite est un moyen d’affermir, de mémoire, de transmission.
        Il est certain que le rituel fait par habitude, parce qu’il ne faut pas mécontenter Dieu n’a pas grande valeur, mais bon on peut dire que c’est mieux que rien.

        Cela me fait penser au début où nous allions à la messe, en famille, ici, dans notre village. Seule jeune famille au milieu de quelques valeureuses vieilles personnes, qui répondaient à toute allure aux prières, qui chantaient tout aussi vite… par habitude!
        Nous étions plus lents, en particulier moi qui ne réponds qu’une fois où le curé a bien terminé sa phrase et que j’ai bien compris ce qu’il disait… Un peu bornée je refuse l’habitude. ça a ralenti le rythme de la messe, le curé a mieux préparé ses discours parce qu’il a compris que nous écoutions.
        Personnellement, le rite m’agace, mais je reconnais son utilité, alors autant donner un sens au rite.

        • Nathalie says:

          C´est la perte de ritualisme qui amène à réciter des prières qui n´ont plus la marque des pauses, je pense.

          Le manque de foi vient d´une theologie qui ne fait pas l´adhérence du coeur plutôt qu´à la ritualisation des gestes.

          Justement ces vieilles femmes venaient au culte quoique n´adhérant pas au discours dans sa forme, mais plutôt à son fonds d´enseignement touchant leur foi, et ce n´est pas forcément un mal quand aucun choix cultuel n´est proposé dans le village.

          Pas pire peut-être que de passer le dimanche matin au bistrot ou devant la télévision et, au moins, elles y rencontraient des personnes de leur âge.

          • Haïm says:

            Nathalie shalom,
            Tout d’abord, je tiens a vous remercier de l’interet que vous portez a notre site.
            Vous faites mention du ritualisme cultuel. La vision biblique a ce sujet est claire. Sans refuter l’importance de ce ritualisme, c’est l’esprit et l’intention du coeur qui priment. L’exemple de Hanna, la mere de Samuel, le prouve parfaitement. Sa priere venant d’un coeur contrit depasse le rituel du Grand Pretre Heli. Celui-ci ne saisit pas la douleur de Hanna et la force de priere deployee par elle:
            “Or, comme elle priait longuement devant l’Eternel, Héli observa sa bouche: 13 Hanna parlait en elle-même; on voyait seulement remuer ses lèvres, mais on n’entendait pas sa voix. Héli la crut ivre, 14 et il lui dit: “Combien de temps veux-tu étaler ton ivresse? Va cuver ton vin!” 15 Hanna répondit: “Non, Seigneur, je ne suis qu’une femme au cœur navré; je n’ai bu ni vin ni liqueur forte, j’ai seulement épanché mon âme devant l’Eternel. 16 Ne prends pas ta servante pour une femme perverse, car c’est l’excès de mes griefs et de ma douleur qui m’a fait parler si longtemps ” ( I Samuel 1, 12-16).
            La Bible nous invite a plus d’interiorite et de concentration. J’espere pourvoir un jour prochain lorsque l’oppotunite m’en sera donnee de pouvoir elargir cette dimension interieure de notre mode de vie a travers la meditation juive ignoree par la societe occidentale.
            A bientot Nathalie,
            Cordial shalom d’Israel
            Haim

  2. cathou says:

    J’aime beaucoup cette petite histoire racontée par le Dalaï Lama, que j’ai, peut- être, déjà écrite sur ce site:
    Un fervent disciple de Bouddha veut éblouir le Maître, en marchant sur l’eau. Durant des mois, des années, il s’entraîne avec une telle persévérance qu’un jour il peut dire au Bouddha: “Maître je marche sur l’eau”, et Bouddha répond: “à quoi te sert de savoir marcher sur l’eau? Si tu veux traverser la rivière il te suffit de prendre une barque. Pendant tout ce temps gaspillé inutilement, tu n’as pas vu le mendiant mourant de faim, implorant ton aide, au bord de l’eau”.
    Belle leçon!!!

  3. cathou says:

    Jésus, bien juif, enfin bien israélite de son temps, dit qu’il ne vient pas pour alléger la loi, pour supprimer quoique se soit de la Loi.
    Au contraire, d’après Jésus il faut appliquer la loi, mais il en rappelle l’essence qui est la foi, l’amour, la confiance en Dieu.
    Jacques suit ce raisonnement logique.
    Le rite seul n’est rien, la foi seule c’est bien…
    Mais au fond il faut savoir en quoi on a foi, en quoi on place sa confiance.
    Si on n’a pas de réflexion sur sa foi, le but des rites bibliques est de nous obliger à raisonner, à réfléchir sur notre spiritualité, on peut être la proie facile de sectes, de gens peu scrupuleux et manipulateurs.

    • Haïm says:

      Cathou shalom a toi,
      Le Judaisme est une voie encourageant l’action. Pas de foi sans actes. Jesus l’a repete maintes foi. Son frere Jacques, Yaakov est alle a sa suite mais a echoue dans sa mission. Nul ne sait aujourd’hui dire ce que serait devenu le monde si Jacques l’avait emporte.
      Encore merci a toi et a bientot
      Haim

      • cathou says:

        Oui, Haim je suis toute à fait d’accord: pas de foi sans actes…
        Jésus avait une foi peu commune, c’est ce qui fait de lui un humain d’exception, comme l’humanité en produit parfois.
        Evidemment on ne peut pas dire comment le christianisme aurait évolué avec une autre réponse de Jacques. Mais on peut penser logiquement que la division aurait tout de même eu lieu. Il n’existe pas d’uniformisation de la pensée qui résiste au temps. Normal, seule la diversité est enrichissante.

      • Nathalie says:

        Haîm, avec le noachisme qui ré-apparaît aujourd´hui, c´est bien le mouvement de Yacob, frère de Jésus, qui revit.

        • Haïm says:

          Nathalie shalom,
          Votre remarque est tout a fait judicieuse et interessante car elle nous interroge sur la question de l’Alliance ( Brit- ברית). Le rapprochement des Nations vers Israel est tout a fait louable mais doit-il necessairement passer par la voie Noahide rappelant comme vous le faites si bien le mouvement de Jacob, frere de Jesus? A vrai dire, vos propos m’avaient deja effleure lors de la redaction de cet article. J’emets l’espoir de repondre a cette question difficile dans une serie d’articles qui seront consacres a l’Alliance, la particularite d’Israel et la place des Nations en ce monde.
          Benedictions a vous d’Israel,
          Haim

  4. rico says:

    Bonjour,

    Jacques et Paul était sur la même longueur d’onde car que dit Jacques en résumé dans son épître ? Il dit que si tu as la foi et que tu n’a pas compassion de ton prochain pour lui faire aumône quand il est dans le besoin alors ta foi est morte,

    c’est ce que dit aussi Paul dans son premier épître aux corinthiens chapitre 13 = j’aurais beau avoir la foi jusqu’à soulever des montagnes sans l’amour je ne suis rien.

    C’est ce que reprochais Jésus aux pharisiens ils observaient bien les oeuvres de la loi mais ils étaient dénués de toutes compassions, de miséricorde, ils appliquaient la loi a la lettre pret a lapider les disciples de Jésus qui avaient ramassé des épis de blé un jour de shabbat =

    Mat 12:7 Si vous saviez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents.

    Paul, Jacques et les autres apotres étaient tous sur le même diapason
    Mettre en pratique la loi parfaite de notre Seigneur Jésus Christ voilà ce qu’il faut mettre en pratique =
    Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés,

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