Jésus, la Chandeleur et la rédemption du premier-né

 

Le rachat des premiers-nés (פִּדִיוֹן-הַבֶּן, Pidyon HaBen) [1]

 

Quarante jours après Noël, le 2 février, la chrétienté fête la «présentation de Jésus au Temple» (La Chandeleur):

«Et quand les jours de la purification de [Marie] furent accomplis selon la Loi de Moïse, ils [Joseph et Marie] le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur: «Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur», et pour offrir l’oblation [pour la purification de Marie] prescrite dans la Loi du Seigneur, [savoir] une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux.» (Lc, 2, 22-24).

Par trois fois, le texte évangélique insiste sur le fait que cette Mitsva –injonction divine- de consécration (Rachat) du premier-né (פִּדִיוֹן-הַבֶּן, Pidyon HaBen), appelée également פִּדִיוֹן-הַבְּכוֹרוֹת (Pidyon HaBéKhoRoT, rachat des aînés)- par le Cohen (prêtre) trouve sa source dans la Thora (Pentateuque), attestant par là que Joseph et Marie sont très pieux et respectueux de la Loi (Thora). Ainsi est-il écrit:

«קַדֶּשׁ לִי כָל-בְּכוֹר פֶּטֶר כָּל רֶחֶם  בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל » (שמות י”ג, ב’).

«Consacre-moi tout premier-né (בְּכוֹר), prémices de toutes entrailles (רֶחֶם פֶּטֶר כָּל) parmi les enfants d’Israël» (Ex. 13, 2)

«…וְכֹל בְּכוֹר אָדָם בְּבָנֶיךָ, תִּפְדֶּה » (שמות י”ג, י”ג).

«…Tu rachèteras aussi tout premier-né des hommes entre tes enfants» (Ex, 13, 13).

 

Le rachat du premier-né, dont le montant est fixé à 5 sicles, doit avoir lieu au moins trente jours après la naissance du premier-né:

«וּפְדוּיָו, מִבֶּן-חֹדֶשׁ תִּפְדֶּה  בְּעֶרְכְּךָ  כֶּסֶף חֲמֵשֶׁת שְׁקָלִים בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ: עֶשְׂרִים גֵּרָה הוּא» (במדבר י”ח, ט”ז).

«Et on rachètera [les premiers-nés des hommes] qui doivent être rachetés depuis l’âge d’un mois, selon l’estimation que tu en feras, qui sera de cinq sicles d’argent, selon le sicle du Sanctuaire, qui [est] de vingt guêras.» (Nb. 18, 16).

C’est le père du premier-né qui transmet son fils au Cohen afin que ce dernier procède à son rachat. Selon l’Evangile de Luc (2, 22-24), Joseph a donc suivi fidèlement la Parole de la Thora. Cette cérémonie est toujours bien vivante au sein du peuple d’Israël.

“זה בני בכורי” (zé béni békhori), ”Celui-ci est mon fils premier-né dit le père en rachetant son fils au Cohen”.

 

Pourquoi le texte évangélique insiste-t-il tant sur l’observance de cette mitsva (injonction divine)? Quelle valeur lui accorder? De fait, elle commémore la dixième des plaies d’Egypte, celle de la mort des premiers-nés d’Egypte:

»וַיְהִי  כִּי-הִקְשָׁה פַרְעֹה לְשַׁלְּחֵנוּ  וַיַּהֲרֹג יְהוָה כָּל-בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם … עַל-כֵּן אֲנִי זֹבֵחַ לַיהוָה  כָּל-פֶּטֶר רֶחֶם הַזְּכָרִים  וְכָל-בְּכוֹר בָּנַי, אֶפְדֶּה » (שמות י”ג, ט”ו).

«En effet, comme Pharaon faisait difficulté de nous laisser partir, l’Éternel fit mourir tous les premiers-nés du pays d’Égypte… C’est pourquoi j’offre en sacrifice au Seigneur tout premier-né mâle et tout premier-né de mes fils je dois le racheter» (Ex. 13, 15).

Cette mitsva (injonction divine) commémore le fait que Dieu, qui est entré dans les maisons d’Egypte pour y faire mourir les garçons et les hommes premiers-nés, s’y est résigné en raison de la dureté de cœur de Pharaon s’obstinant dans son refus de libérer les Hébreux d’Egypte. Effectivement, avant même le retour de Moïse en Egypte, l’Eternel l’avait prévenu du refus total et sans compromission de Pharaon: «Tu diras donc à Pharaon, ainsi a dit L’Eternel: Israël est mon fils, mon premier-né. Et je t’ai dit: laisse aller mon fils, afin qu’il me serve; mais tu as refusé de le laisser aller. Voici, je m’en vais tuer ton fils, ton premier-né.» (Ex. 4, 22-23). Aux premiers-nés hébreux incombe la lourde tâche de servir l’Eternel, donc, pour racheter les premiers-nés des Egyptiens morts lors de la dixième plaie.

Or, les Hébreux, ne voyant pas Moïse redescendre du Mont Sinaï, fabriquent un veau d’or pour que Dieu continue de les conduire: «Mais le peuple voyant que Moïse tardait tant à descendre de la montagne, s’assembla vers Aaron, et ils lui dirent : lève-toi, fais-nous des dieux qui marchent devant nous, car quant à ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d’Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.» (Ex. 32, 1). Tous les Hébreux ont participé à cette faute contre l’Eternel, sauf la tribu de Levy: «Et Moïse se tenant à la porte du camp, dit: qui est pour l’Eternel; qu’il vienne vers moi? Et tous les enfants de Lévi s’assemblèrent vers lui.» (Ex. 32, 26). C’est pourquoi, les Lévites viennent racheter les premiers-nés et les remplacer dans leur fonction de prêtres rendant un culte à l’Eternel:

» קַח אֶת-הַלְוִיִּם תַּחַת כָּל-בְּכוֹר בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל… וְהָיוּ-לִי הַלְוִיִּם  אֲנִי יְהוָה » (במדבר ג’, מ”ה).

 «Prends les Lévites à la place de tous les premiers-nés des enfants d’Israël …et les Lévites seront à moi. Je suis l’Éternel» (Nb. 3, 45).

Effectivement, le refus de Pharaon de laisser partir les Hébreux d’Egypte démontre son refus d’écouter la voix de l’Eternel. C’est pourquoi les premiers-nés d’Egypte rachètent, par leur mort, Pharaon et les Egyptiens qui refusent d’écouter la voix de Dieu (en ne mettant pas le sang de la Pâque à leurs linteaux), et donc, refusent de rendre un culte à l’Eternel, Dieu des Hébreux. Or, la fabrication du veau d’or par les Hébreux dénote l’observance d’un culte que l’Eternel n’a pas demandé, d’un faux culte. Il indique que les Hébreux se rendent coupables de la même faute d’idolâtrie que Pharaon et les Egyptiens. C’est pourquoi ils ne peuvent plus prétendre à rendre un culte à Dieu au nom de tout le peuple d’Israël. Ils doivent alors, par leur rachat par les prêtres et les Lévites qui n’ont pas péché par idolâtrie, leur  transférer la prêtrise.

Le sacrifice offert par Marie pour sa purification rituelle

La seconde mitsva (injonction divine) liée à la fête de la Chandeleur (présentation de Jésus au Temple) a trait à l’offrande d’un sacrifice. Ce sacrifice, d’après la source biblique, est offert au terme d’une durée de purification de l’accouchée de quarante jours:

«דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר אִשָּׁה כִּי תַזְרִיעַ וְיָלְדָה זָכָר וְטָמְאָה שִׁבְעַת יָמִים כִּימֵי נִדַּת דְּוֹתָהּ תִּטְמָא׃ וּבַיֹּום הַשְּׁמִינִי יִמֹּול בְּשַׂר עָרְלָתֹו׃ וּשְׁלֹשִׁים יֹום וּשְׁלֹשֶׁת יָמִים תֵּשֵׁב בִּדְמֵי טָהֳרָה» (ויקרא, י”ב, ב,-ד’).

«Parle aux enfants d’Israël, et dis: Lorsqu’une femme deviendra enceinte, et qu’elle enfantera un mâle, elle sera impure pendant sept jours; elle sera impure comme au temps de son indisposition menstruelle. Le huitième jour, l’enfant sera circoncis. Elle restera encore trente-trois jours à se purifier de son sang » (Lev. 12, 2-4).

Ainsi, la Chandeleur est fêtée quarante jours après la naissance de Jésus (Noël). Le sacrifice offert à l’occasion de la purification de la jeune accouchée consiste en un holocauste (עֹלָה) (agneau) et un expiatoire (חַטָּאת) (colombe):

«וּבִמְלֹאת יְמֵי ט