Jésus, Noël et la brebis perdue

« Et il arriva comme ils étaient là, que son terme pour accoucher fut accompli, et elle enfanta son fils premier-né… Il y avait, dans cette même contrée, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Et voici, un ange du Seigneur leur apparut… Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent les uns aux autres: Allons jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. Ils y allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant» (Lc. 2, 6-20).

Pourquoi à la naissance de Jésus un ange du Seigneur serait-il apparu aux bergers?  Pourquoi seraient-ils les premiers à visiter Jésus, avant même les rois-mages?

 

Les bergers dans la Bible

La source évangélique met en exergue le grand soin que portaient les bergers à veiller sur leurs troupeaux. Cette attitude de responsabilité est caractéristique de maintes figures emblématiques du Tana’Kh (Bible). Les Patriarches Abraham et Jacob et nombre de Prophètes d’Israël sont des bergers. Moïse devient berger en Midian: «Or, Moïse faisait paître les brebis de Jéthro (רֹעֶה אֶת-צֹאן יִתְרוֹ) son beau-père, prêtre de Madian» (Ex 3, 1).

Le berger, quelles que soient les vicissitudes de la vie, n’abandonne jamais ses moutons et pourvoit jour et nuit aux besoins de chacun, tel Jacob chez Laban (Gen. 31, 38-42). Le berger imite la voie de Dieu. Ainsi, l’Eternel est le berger d’Israël: «L’Eternel est mon berger: je ne manquerai de rien» («יְהוָה רֹעִי לֹא אֶחְסָר») (Ps. 23, 1). Tel Dieu qui veille: «Non certes, Il (Dieu) ne s’endort ni ne sommeille, le gardien d’Israël [שׁוֹמֵר יִשְׂרָאֵל]» (Ps. 121, 4) tel le berger: «Tel un berger [כְּרֹעֶה], menant paître son troupeau [עֶדְרוֹ], recueille les agneaux dans ses bras, les porte dans son sein et conduit avec douceur les mères qui allaitent» (Is. 40, 11). Par ailleurs, le terme: «berger», « רֹעֶה », est de même racine que l’araméen:   רַעֲוָה et l’hébreu רֵעֶה  signifiant tous deux «רָצוֹן» , «volonté»: «Mais pour moi, ô Dieu, que tes volontés (רֵעֶיךָ) me sont précieuses! Que leur suprématie est puissante!» (Ps.139, 17). En effet, le berger doit faire preuve de beaucoup de «volonté (רַעֲוָה רֵעַ, )» pour mener son troupeau, ménager ses moutons et les protéger face à tout danger potentiel.

 

Ninette Taïeb interprète “Shir LaMa’alot”

“Cantique des degrés. Je lève les yeux vers les montagnes, pour voir d’où me viendra le secours. Mon secours vient de l’Eternel, qui a fait le ciel et la terre. Il ne permettra pas que ton pied chancelle, celui qui te garde ne s’endormira pas.  Non certes, il ne s’endort ni ne sommeille, celui qui est le gardien d’Israël.  C’est l’Eternel qui te garde, l’Eternel qui est à ta droite comme ton ombre tutélaire. De jour le soleil ne t’atteindra pas, ni la lune pendant la nuit.  Que l’Eternel te préserve de tout mal, qu’il protège ta vie! Que le Seigneur protège tes allées et venues, désormais et durant l’éternité!”  (Ps. 121)

 

Enfin, le mot «berger» (רֹעֶה) est de même racine que le terme: Ré’A (רֵעַ), prenant un sens universel: «[le] prochain».

«לְמַעַן אַחַי וְרֵעָי אֲדַבְּרָה־נָּא שָׁלֹום בָּךְ׃»

«Pour l’amour de mes frères et de mes amis, je parlerai pour la paix entre nous (mot-à-mot: pour que la paix [règne] avec toi». (Ps. 122, 8).

 

Le berger Joseph, fils de Jacob, âgé de dix sept ans, «menait paître les brebis avec ses frères») (Gen. 37, 2). Il est écrit: «רֹעֶה אֶת-אֶחָיו בַּצֹּאן». D’un point de vue grammatical, le verbe «paître», רֹעֶה»» est suivi d’un complément d’objet direct introduit par la préposition «אֶת» , «ett»: «il paissait ses frères». La préposition «be-» --בּ indique le moyen («avec, au moyen de»): «il paissait ses frères “au moyen du” petit bétail». Or, comme la préposition (אֶת , ett) peut également signifier «avec», on préfère traduire par une phrase paraissant plus logique: «Il menait paître les brebis avec ses frères», et ce, en ne tenant pas compte de la préposition «be-» --בּ: «בַּצֹּאן  », «par le moyen du petit bétail».

 

Jésus et la parabole de la brebis égarée

Ces caractéristiques tanakhiques (bibliques) se retrouvent dans la parabole de la brebis perdue relatée par Jésus:

«Qui est l’homme d’entre vous qui ayant cent brebis, s’il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf au désert, et ne s’en aille après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait trouvée; Et qui l’ayant trouvée ne la mette sur ses épaules bien joyeux; Et étant de retour en sa maison, n’appelle ses amis et ses voisins, et ne leur dise : réjouissez-vous avec moi ; car j’ai trouvé ma brebis qui était perdue? Je vous dis, qu’il y aura de même de la joie au ciel pour un seul pécheur qui vient à se repentir, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentance» (Luc 15, 4-7; Matthieu 12, 14).

Or cette parabole évangélique de la brebis égarée s’inspire directement d’une parabole hébraïque (midrash) selon laquelle Moïse rattrape une brebis épuisée qui ne cherchait qu’à étancher sa soif, et s’est perdue. Moïse, profondément désolé de n’avoir pas compris pourquoi la brebis s’est égarée et sensible à l’épuisement de celle-ci,  la prend paternellement sur ses épaules. C’est alors que l’Eternel lui dit: «Tu as agis avec miséricorde avec le troupeau qui te fut confié, tu mériteras alors de conduire mon troupeau, Israël» (Midrash Exode Rabba 2, 2).

Jésus, fils d’Israël, se voit investit de la mission de ramener les brebis perdues d’Israël: «Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël» (Mt. 15. 24); «N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël» (Mt. 10, 5-6).

Jésus, donc, s’avère prendre modèle, dans les Evangiles lus à la lumière du Tana’Kh (Bible) et de la Tradition hébraïque, sur les bergers. Il veille sur ses frères d’Israël et aspire à les réunir tous, en tant que fils d’un même Père.  Alors pourra se répandre l’amour universel à tous les hommes, tous enfants d’un même Créateur. Il n’est donc pas étonnant que les bergers soient les premiers à recevoir la nouvelle de la naissance de Jésus et à le visiter.

 

 Bonnes fêtes de Noël en famille et une bonne année à tous mes lecteurs et lectrices.

Haïm Ouizemann

8 Responses to Jésus, Noël et la brebis perdue

  1. Aurélien says:

    Merci beaucoup pour cet article très intéressant!

    • Haïm says:

      Aurelien shalom,
      C’est moi qui vous remercie. D’autres articles suivront.
      N’hesitez pas a me contacter si vous le desirez,
      Cordial shalom,
      Haim

  2. cathou says:

    C’est bien de rappeler que Jésus est juif. Beaucoup trop de chrétiens l’oublient, ou bien plus simplement ils évitent de le rattacher à la Bible. Les 4 Évangiles ne trouvent leur sens que lorsqu’on les rattache à la Bible, et aux faits historiques de cette époque.
    Le berger, bientôt en France plus personne ne saura ce qu’est ce métier. Mais quel personnage!

  3. Francis says:

    Merci Haïm pour ces précisions ; tu peux continuer dans ce sens ! Shalom à toi et à Dimanche soir pour de nouvelles aventures !

    • Haïm says:

      Francis shalom a toi,
      Merci a toi.
      Je t’envoie beaucoup de benedictions d’Israel. A dimanche prochain pour le cours. Je dois reconnaitre que tu nous a manque au dernier cours que tu pourras rattraper sans probleme.
      Amities a toi et a tous les tiens,
      Shalom ouVra’ha
      Haim

  4. cohen-chapon roselyne says:

    je découvre et je suis très touchée.

    • Haïm says:

      Roselyne shalom a vous,
      C’est nous qui sommes touches de votre presence parmi nous. Je vous invite a nous suivre et a reagir a nos articles. Merci a vous.
      Cordial shalom
      Haim O.

    • Haïm says:

      Roselyne shalom,
      C’est moi qui suis tres touche de votre remarque. Suivez nos textes et n’hesitez pas a intervenir
      Cordial shalom d’Israel ( Ashkelon)
      Haim

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