La compassion à l’égard de l’animal: un devoir

Cette semaine, nous avons commémoré la Journée mondiale de la Terre. Ce jour visant à sensibiliser la conscience de l’homme face à l’incommensurable merveille de la Création nous invite non seulement à méditer sur sa richesse mais aussi sur le devoir de respect à l’égard de la biodiversité naturelle et de toutes les créatures vivantes. De fait, quel doit être notre rapport à l’égard de l’animal? Dominer sur l’ensemble de la Création signifie-t-il pour l’être humain user de l’animal comme bon lui semble? Le Judaïsme reconnaît-il des droits à l’animal?

Toute attitude de cruauté envers l’animal ne constitue point seulement une profonde transgression religieuse mais de surcroît une grave aberration morale. En effet, en vertu de l’Alliance universelle conclue entre le Créateur et la Création, l’homme a le devoir de se conduire avec la plus grande compassion à l’égard de l’animal:

«וְזָכַרְתִּי אֶת-בְּרִיתִי אֲשֶׁר בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם וּבֵין כָּל נֶפֶשׁ חַיָּה, בְּכָל-בָּשָׂר… וּרְאִיתִיהָ, לִזְכֹּר בְּרִית עוֹלָם, בֵּין אֱלֹהִים וּבֵין כָּל-נֶפֶשׁ חַיָּה בְּכָל בָּשָׂר אֲשֶׁר עַל-הָאָרֶץ» (בראשית ט’, ט”ו-ט”ז).

«Je me souviendrai de mon alliance avec vous et tous les êtres animés … L’arc étant dans les nuages, je le regarderai et me rappellerai le pacte perpétuel de Dieu avec toutes les créatures vivantes qui sont sur la terre» (Gen. 9, 15-16).

Nombreuses sont les injonctions de la Thora enseignant à l’homme la voie de compassion et d’amour. L’homme doit tout d’abord prendre conscience des besoins naturels de l’animal et  lui reconnaître le droit au repos:

«שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲשֶׂה מַעֲשֶׂיךָ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי תִּשְׁבֹּת לְמַעַן יָנוּחַ שׁוֹרְךָ וַחֲמֹרֶךָ«

«Six jours durant tu t’occuperas de tes travaux, mais au septième jour tu chômeras afin que ton bœuf et ton âne se reposent… » (Ex. 23, 12).

Le repos de l’animal, selon ce verset, n’est point la conséquence directe du repos shabbatique octroyé à l’homme mais le contraire. La finalité du repos chez l’homme vise  avant tout à permettre à l’animal de se reposer.

L’animal devient l’égal de l’homme sur le plan du repos physique. Celui-ci ne constitue donc point une machine selon la thèse éthologique du philosophe René Descartes mais un être à part entière doué d’une âme vivante (נֶפֶשׁ חַיָּה, Nefesh Haya),  possédant un niveau de conscience, capable de souffrir et d’être sensible aux réactions du  monde extérieur. La conception cartésienne de l’animal-machine aura sur toute la société occidentale de nombreuses implications négatives qui ouvriront la voie à l’exploitation abusive de l’animal (expériences scientifiques abusives, usage industriel de l’animal transformé en objet de consommation, élevages soumis à la rentabilité…)

Au droit du repos shabbatique, s’ajoutent trois autres droits fondamentaux visant à éviter toute souffrance à l’animal.

Tout d’abord, le précepte de libérer l’animal d’une lourde charge:

«כִּי-תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂנַאֲךָ, רֹבֵץ תַּחַת מַשָּׂאוֹ וְחָדַלְתָּ, מֵעֲזֹב לו עָזֹב תַּעֲזֹב עִמּוֹ» (שמות כ”ג, ה’);

«Si tu vois l’âne de ton ennemi succomber sous sa charge, garde toi de l’abandonner; aide-lui au contraire à le décharger» (Ex. 23, 5)

Selon les Sages d’Israël, ce précepte enseigne la compassion «par excellence» (חֶמְלָה, ‘Hemlah)[1]  à l’égard de l’animal. Il constitue le fondement  de tous les interdits visant à amoindrir ou éliminer la souffrance chez l’animal.

Puis, la tradition hébraïque considère que si, pour ce qui concerne la boisson, l’homme se sert avant l’animal, suivant l’exemple de Rebecca, qui, en voyant Eliezer, le serviteur d’Abraham, lui a donné d’abord à boire, puis seulement après à ses chameaux (Gen. 24, 18-19), pour la nourriture, c’est l’animal qui doit être servi avant l’homme. En effet, quand Eliezer arrive chez Laban, le frère de Rebecca, on donne d’abord à manger à ses chameaux…

«וַיִּתֵּן תֶּבֶן וּמִסְפּוֹא, לַגְּמַלִּים …» (בראשית כ”ד, ל”ב);

«On apporta de la paille et du fourrage pour les chameaux» (Gen. 24, 32).

… avant de le servir:

«ויישם (וַיּוּשַׂם) לְפָנָיו, לֶאֱכֹל» (בראשית כ”ד, ל”ג);

«On lui servit à manger» (Gen. 24, 32).

Selon ce verset, l’animal a la préséance sur l’homme. Cet impératif moral s’exprime par l’ordre des termes: «la paille et le fourrage pour les chameaux» précède la nourriture pour l’homme («On lui servit à manger»).

Enfin, la tradition hébraïque enseigne le précepte libérant l’animal de toute entrave physique afin qu’il soit capable de se  nourrir:

«לֹא תַחְסֹם שׁוֹר בְּדִישׁוֹ » (דברים כ”ה, ד’);

«Ne muselle point le bœuf pendant qu’il foule le grain» (Deut. 25, 4).

Les Sages d’Israël, procédant par raisonnement «a fortiori» enseignent que ce dernier précepte de compassion s’applique également à l’ouvrier auquel est reconnu le droit de se servir des fruits lors de son labeur au champ:

«כִּי תָבֹא בְּכֶרֶם רֵעֶךָ וְאָכַלְתָּ עֲנָבִים כְּנַפְשְׁךָ שָׂבְעֶךָ וְאֶל-כֶּלְיְךָ, לֹא תִתֵּן» (דברים כ”ג, כ”ה);

«Quand tu entreras dans la vigne de ton prochain, tu pourras manger des raisins à ton appétit, jusqu’à t’en rassasier; mais tu n’en mettras point dans ton panier») Deut. 23, 25).

L’homme, à l’image du Créateur empli de compassion envers toutes Ses créatures, doit agir avec amour à l’égard de l’animal dénué de défense:

«טוֹב יְהוָה לַכֹּל וְרַחֲמָיו, עַל כָּל מַעֲשָׂיו» (תהילים קמ”ה, ט’);

«L’Eternel est bon pour tous, sa pitié s’étend à toutes ses créatures» (Ps. 145, 9);

Je vous invite à lire  l’essai «Végétarisme, Environnement et Judaïsme» dont l’article présent est extrait:

 

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com


[1] Traité Baba Metsia 32

11 Responses to La compassion à l’égard de l’animal: un devoir

  1. cathou says:

    Oui, ouiiiiii
    Je mange peu de viande, mais j’en consomme à l’occasion. Je reconnais apprécier, parfois, un bon steak, un bon poulet grillé, ou un morceau de poisson.
    Mais je respecte totalement ceux qui mangent de la viande à tous les repas, et ceux qui, au contraire, n’en consomment pas du tout préférant être végétariens.
    Les goûts, comme les spiritualités, appartiennent à chacun, selon ses choix.

    Mais quelques soient les choix que nous faisons, nous devons impérativement les maîtriser.
    L’humain n’est pas le maître de la terre.
    C’est un être vivant entouré d’êtres vivants.
    Tout notre environnement est plein de vie: les humains, les animaux du plus petit au plus grand, les arbres, l’herbe etc… Nous avons besoin de nous nourrir, c’est un besoin vital, comme nous avons besoin aussi d’eau pour nous abreuver, et nous laver.
    Mais nous ne devons pas gaspiller ce qui est mis à notre disposition. Nous devons respecter toute cette vie autour de nous.
    Élever, tuer, conditionner, cuisiner avec respect les animaux qui nous sont utiles.
    Cultiver, ramasser, conditionner, cuisiner avec respect les végétaux que nous allons consommer.
    Respecter, Aimer la vie autour de nous, c’est respecter et aimer notre propre vie.
    C’est préserver notre santé, mais aussi notre avenir sur cette planète.
    Rappelons nous que nous sommes dépendants des animaux, des végétaux qui nous sont utiles.

    C’est pour ça, qu’en écrivant ces quelques lignes, j’ai ingurgité une tablette de chocolat avec grande délectation, sans vraiment réaliser que… j’ai mangé toute la tablette à moi toute seule.

  2. Antou says:

    Je suis tout à fait d’accord avec Cathou, je consomme également très peu de viande…
    Le psaume 8v7 dit que la domination a été donné à l’homme sur les oeuvres – d’autres passages également en parle mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi… d’ailleurs le sujet a bien été expliqué par Haim donc je n’y ajouterais rien.
    Merci pour tous ces enrichessements (l’élargissement de l’espace de ma tente – Esaïe 54v2) même si tu sais que je ne trouve pas toujours le temps de laisser un commentaire.

    • Haïm says:

      Antoinette shalom,
      C’est avec plaisir que je te retrouves parmi nous. Comme tu le dis si bien, nous devons rester respectueux de ce monde merveilleux. Merveille dont nous ne possedons qu’une infime connaissance. Cela devrait pousser l’humanite a plus d’humilite face a la si complexe realite des phenomenes et lois naturelles qui regissent notre univers.
      Amities a toi et a tous les tiens,
      Haim

  3. cohen-chapon roselyne says:

    Je viens de lie le texte pour la 1° fois et les commentaires de vos lecteurs et je me réjouis de voir que je ne suis pas seule( comme je le pensais ) à croire à la place que nous les humains avons sur terre, je mange peu de viande, sauf les oeufs de mes poules qui meurent de vieillesse entourée de mes animaux, car les humains le font peur;

    • Haïm says:

      Roselyne shalom,
      Bienvenue parmi nous. Je vous invite a suivre notre blog et a commenter les articles qui y sont publies. Ce blog est avant tout le votre. Je m’efforce en effet de montrer l’humanisme du Judaisme qui, je le pense profondement, est capable d’apporter de nombreuses reponses ethiques a notre vie sur terre. Merci a vous.
      Au plaisir de vous retrouver,
      Cordial shalom
      Haim

    • Haïm says:

      Roselyne shalom,
      Merci a vous pour le commentaire qui me touche particulierement. Nous avons, en effet, le devoir de faire preuve de la plus grande compassion a l’egard de nos amis les animaux doues d’une conscience qui les porte a la tendresse et a la souffrance.
      Au plaisir de vous relire bientot,
      Cordial shalom a vous,
      Haim O.

  4. Jean élire says:

    J ai des chattes à la maison tout la monde me dit stériles .non la bible me dit tu ne dois pas faire cela je le fais par respect pour l animal je croix que la nature,les animaux et l etre humains sont un ensemble dans ce monde ou on vie détruire l un on detuit tous

    • Haïm says:

      Jean shalom,
      L’animal est digne de respect et de compassion. le niveau ethique d’une civilisation se mesure au rapport qu’elle entretient a l’egard de ses propres animaux. Personnellement, j’avoue ne pas saisir la cruaute de notre societe avide de croissance au detriment de l’ethique animal. L’animal y est souvent considere comme un objet ou un simple produit de consommation. Nous pouvons a notre propre niveau commencer a changer le monde. Qu’en dites-vous?
      Merci a vous, vos remarques sont tres interessantes et temoignent de votre amour pour les creatures.
      Au plaisir de vous retrouver parmi nous.
      Cordial shalom,
      Haim O.

    • cathou says:

      Nous n’avons jamais voulu faire stériliser nos chats. Nous habitons à la campagne et ils vivent en liberté, libres de venir chez nous.
      Evidemment parfois un renard, une martre ou un lynx en font un repas, et nous pleurons.
      Mais ainsi est la vie du chat: prédateur des loirs et souris, il est proie d’autres prédateurs.

  5. Helene Herlemont says:

    Moi aussi je viens de lire ce texte et les commentaires pour la première fois, et je suis tout à fait d’accord : il y a tellement de bonnes choses à manger en-dehors de la viande; et j’aime trop les animaux pour leur faire du mal; le judaîsme m’enseigne tellement de bonnes choses, et de très grande qualité. Merci à vous
    A bientôt

    • Haïm says:

      Helene shalom,
      Le Judaisme enseigne une voie de compassion a l’egard de toutes les creatures. Nous appartenons au Dieu Createur, la Source unique de cet univers.
      Merci pour votre commentaire tres touchant. Ce qui importe pour le Judaisme, c’est la pratique de l’amour et de la justice. Toute croyance qui ne serait pas fondee sur ces deux principes fondamentaux serait une fausse croyance.
      Au plaisir de vous retrouver parmi nous,
      Cordial shalom
      Haim

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