La Création, entre dualisme et unité

 

« בְּרֵאשִׁית,  בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ»

(Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Gen. 1, 1»

 Nombreux sont les exégètes à s’être interrogés sur la deuxième consonne de l’alphabet hébraïque, la lettre Beit (בָּ) et sa surprenante position au tout début de la Genèse, le premier livre de la Torah. Pourquoi celle-ci détient-elle le privilège de débuter la Genèse?

Pourquoi la lettre Alef, (א), première de l’alphabet et débutant le nom divin Elohim  (אֱ-לֹהִים), celle du Créateur-Un, se trouve-t-elle malgré tout en retrait?

 

Les Sages Israël s’efforcent d’apporter une réponse à cette interrogation:

* בַּיִת (Bayit, Maison)

La consonne Beit, qui signifie «maison», comporte une notion d’intériorité et d’amour: «[Avant que je t'eusse formé] dans le sein (de ta mère) ((בַבֶּטֶן יְדַעְתִּיךָ, je te connaissais; [avant que tu fusses sorti de ses entrailles, je t'avais consacré]» (Jérémie 1, 5).

* בְּרָכָה (Béra’haBénédiction):

La consonne בּ  («maison») évoquant la chaleur du foyer, l’amour qui s’y développe et l’abondance, indique une notion de Béra’ha (בְּרָכָה), de bénédiction. La Création, (בְּרִיאָה Briah) se caractérise par une incommensurable diversité, expression de la bonté infinie de Dieu. L’expansion cosmique consécutive à cette Création constitue le dévoilement (ex-nihilo) de l’intention primordiale divine visant à prodiguer gracieusement le bien à toutes les créatures. Cette merveilleuse richesse, fruit de la division au sein de la nature, est soumise au principe de déterminisme nécessaire au développement (Beniah-בְּנִיָּה) de la matière (ex: division cellulaire). Nulle créature, y compris l’homme, ne peut échapper à ce principe inhérent à la Création. Ce principe dialectique de construction par division- la valeur numérique du Beit équivaut au chiffre 2- introduit l’idée de dualisme non seulement dans le monde de la nature mais aussi dans le monde de l’histoire humaine. La mission de l’Homme consiste à œuvrer inlassablement à l’unification des contraires afin de parfaire un monde marqué par la division, la haine et la violence -אֲלִימוּת): Alimout). La quasi-totalité du livre de la Genèse, consacré à l’unification des contraires, renvoie l’homme à sa propre image, celle de son alter-ego: Adam et Eve, Caïn et Abel, les trois couples patriarcaux, Isaac et Ismaël, Israël et Esaü et la rencontre historique et émouvante des fils de Jacob avec leur frère Joseph s’achevant par la réconciliation. Il appartient donc à l’humanité de relever le défi de s’ouvrir à l’autre – comme l’indique la morphologie de la lettre ב (ouverture vers l’avant) – pour que le dialogue devienne une réalité. L’homme sera-t-il capable d’être à la hauteur de sa responsabilité? La Bible décrivant la grandeur et la faiblesse de l’homme vise à enseigner la voie de l’éthique et l’amour du prochain.

* Bina (בִּינָה)- Le discernement:

L’homme créé à l’image de Dieu est appelé par sa seule force de contemplation à déceler non seulement l’empreinte du divin- le Principe d’unité- à travers la dimension matérielle de la nature (Téva-טֶבַע) mais à surmonter le désordre et la mort (le principe d’entropie) inhérent au cycle (טַבַעַת(Tabaat)= roue, anneau) déterministe de cette même nature. Le développement  du pouvoir de distinction entre le bien du mal  est apte à dévoiler et à rétablir l’unité brisée (le mal se  transforme en bien). Chacune de nos pensées, paroles et actions ont pour vocation d’unir les contraires au-delà de la brisure initiale introduite au cœur du monde.

*Bé’hirah (בְּחִירָה) -La liberté:

L’Eternel a insufflé au cœur de sa Création la force de liberté, le principe de libre-arbitre. Si le Nom de Dieu, en effet, n’apparaît qu’après Sa propre création  (Thèse kabbalistique du «retrait divin»- צִמְצוּם Tsimtsoum), c’est pour permettre l’émergence d’un «espace-temps» nécessaire à la naissance de la Création et de l’homme, entité autonome.  Le dualisme constitue l’expression de l’Unité cachée de Dieu.

Toutes ces interprétations sont liées par un dénominateur commun: l’homme est en son essence un être éthique. Celui-ci, par l’adoption du retrait intérieur, la retenue, la modération intérieure et son libre-arbitre détient, à l’instar de Dieu, le merveilleux pouvoir de création et de תִּקּוּן Tikkoun (Réparation).

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

19 Responses to La Création, entre dualisme et unité

  1. Laurent says:

    Pourquoi béréchit bara helohim et non pas baréchit bara helohim ; est ce un commencement parmi d’

  2. Laurent says:

    ou est ce LE commencement ?

    LE commencement pour le monde des hommes, le monde angélique lui étant antérieur.

    Pourquoi traduire “Au commencement” ? Ne perd t’on pas du sens à traduire ainsi ? Traduire “A un commencement” permettrait au lecteur de se poser tout de suite la question “du” ou bien “des commencements”

    • Haïm says: