La Parole Créatrice ou l’esprit de la lettre [1]

 «כֹּה אָמַר יְהוָה אִם-לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ  לֹא-שָׂמְתִּי»

« Ainsi parle le Seigneur: Si mon Alliance avec le jour et la nuit pouvait ne plus subsister, Je cesserais les lois du ciel et de la terre » (Jer. 33, 25)

Intériorité de la lettre: principe du «Tsimtsoum» (Contraction/ Retrait du divin)

 

Au commencement l’Eternel appose son sceau sur toute la Création: celui de la Vérité. (EMeT אֱמֶת) «BereshiT (ת) BarA (א) Elohi (מ).

 

«בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ»

«Au commencement Dieu créa les cieux et la terre» (Gen. 1, 1).

 

Le terme EMeT אֱמֶת («Vérité») transparaît à travers les lettres finales encore désordonnées des trois premiers mots débutant la Bible et ne s’ordonnent qu’à partir du septième jour de la Création, le Shabbat, jour béni et sanctifié par le Seigneur, Dieu:

«כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל-מְלַאכְתּוֹ  אֲשֶׁר בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת. »

 

 «…parce qu’en ce jour Il se reposa de l’œuvre entière qu’Il créa pour faire» («barA ElohiM la’asoT» ) (Gen. 2, 3).

 

Cette bénédiction, décisive dans la détermination du sens insufflé à la création, constitue la source suprême ordonnatrice assurant l’harmonie régnant au sein de l’univers. Le Nom du Seigneur, l’insondable tétragramme Y.H.W.H, constitue le code par lequel toute vie doit son existence et son renouvellement. La Créationau terme de son parcours révèle en filigrane la signature divine à travers le notarikon du tétragramme «Yom Hashishi Wayekhoulou Hashamaïm»

 

«… יוֹם הַשִּׁשִּׁי וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ וְכָל-צְבָאָם  »

 «…le sixième jour. Et le ciel et la terre furent terminés…» (Gen. 1, 31-2, 1).

 

Les vingt-deux matrices composant l’alphabet hébreu ne constituent pas uniquement l’expression de cet ordre mais se trouvent, dès l’origine, être déterminantes, grâce à leur savante combinaison, sur le complexe déroulement du processus créatif; ainsi la dimension matérielle au sein de la création est-elle étroitement dépendante de la dimension spirituelle.

«Ainsi le Saint, Béni soit-Il, consultait la Torah et créait l’Univers, au commencement (bereshit בְּרֵאשִׁית)»: «c’est par moi (Bi-בִּי ) qui fus au commencement (reshit רֵאשִׁית) que Dieu créa l’Univers» (dit la Thora).

 

Autrement dit c’est par la Thora, la Cause primordiale du Tout que «Dieu m’appela à l’existence au début de son action» (Prov. 8, 22).

«יְהוָה קָנָנִי רֵאשִׁית דַּרְכּוֹ קֶדֶם מִפְעָלָיו מֵאָז  »

 

L’exégèse ose user d’un anthropomorphisme en avançant l’idée que Dieu planifia et édifia son monde grâce à la méditation des lettres encore voilées à la connaissance de l’humanité: la contemplation (HaBeT הבט) est en hébreu l’anagramme du terme bonté (ToVaH טובה)[1]. Sa racine verbale (נ.ב.ט./ N.B.T. – NiBaT) évoque la racine des verbes bourgeonner, germer signifiant la présence d’une intention cachée, d’un programme éthique inscrit en potentiel au cœur de la Création qu’il incombe à l’homme, voie médiane entre ciel et terre, de découvrir, féconder et développer. La Thora nommée pédagogue («ouman, אוּמָן») offre par l’herméneutique de son étude une maïeutique où «la lumière cachée» (littéralement «plantée» au sein de la Création) (Ps. 97, 11) s’ouvre, dévoilant l’empreinte de la Vérité (Amen). Le devoir du moré, de celui qui enseigne la Loi et montre la voie, du maître authentique consiste, par la maîtrise de la lettre et du langage, à conduire son disciple à se mieux connaître afin d’acquérir une vision globale et unificatrice de la réalité, dans le sens d’une conscience totalement dirigée vers le bien général du genre humain. Dieu aurait créé le monde – la HaWaYaH (existence du réel) à partir des quatre caractères formant le tétragramme divin  יְהוָה Y.H.W.H (Essence divine), c’est-à-dire son propre Nom. Ainsi la Création serait-elle le fruit du regard que Dieu projette sur sa propre essence. Au questionnement de Moïse sur le Nom de Dieu, il lui est répondu «Je suis qui Je suis» («Ehyé asher Ehyé» (Ex. 3, 14) dont la guematria (somme des lettres hébraïques: 21x 21= 441) équivaut à «Emet», («Vérité», 441). Autrement dit, la contemplation profonde du monde intérieur permet de «toucher», d’effleurer la chose divine que le monde matériel révèle. A l’homme de lutter contre la loi entropique du dépérissement de la matière par le rétablissement de l’ordre initial des caractères divins, comme cela fut le cas au septième jour de la Création par Dieu, afin de découvrir la Vérité et d’atteindre à une pleine conscience de la Présence divine dans la nature:

 «יִשְׂמְחוּ הַשָּׁמַיִם וְתָגֵל הָאָרֶץ יִרְעַם הַיָּם וּמְלֹאוֹ »

«Ysme’hou Hashamaïm Vetaguel Harets» («que les Cieux se réjouissent, que la Terre soit dans l’allégresse…» Ps. 96, 11) comme dans l’histoire:

 

« יָבוֹא הַמֶּלֶךְ וְהָמָן הַיּוֹם» (אסתר ה’, ד’).

«Yavo Hamelekh WeHaman Hayom» («que le roi et Haman viennent aujourd’hui») (Esther 5, 4);

« כִּי רָאָה כִּי-כָלְתָה אֵלָיו הָרָעָה מֵאֵת הַמֶּלֶךְ» (אסתר ז’, ז’)

 «kY khaltaH alaW hara’aH» («…que le mal était décidé pour lui… – Haman») (Esther 7, 7).

Ces deux mentions de la présence cachée de Dieu encadrent l’épisode du festin auquel Esther convie Assuérus et Haman, dévoilant l’importance de ce moment au cours duquel sont déjoués les plans machiavéliques de Haman. Le sort d’Israël en est, alors, changé.

 

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 


[1] Le b (בּ ) et le v (ב) en hébreu sont le même caractère. Leur prononciation varie selon qu’il s’y trouve ou non un point (daguesh).

 

2 Responses to La Parole Créatrice ou l’esprit de la lettre [1]

  1. cathou says:

    Alors la pour moi, très franchement c’est très intéressant sans aucun doute, mais c’est de l’hébreu dans le sens Ténèbre de chez Ténèbre. Ces lettres je ne m’y fait pas.

    Pour moi, plus simplement, paresseuse comme je suis: en français
    “”"Dieu dit: “que la lumière soit” et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. Il y eut un jour et une nuit”"”

    La lumière, la Vérité, la Connaissance est toujours cachée. Ce n’est pas par la Vérité que commence le récit biblique, mais par un état de désert, de vide, d’abîme, de tohu bohu et d’eaux. Pas Rien, mais un ensemble de choses assez mal définies, une espèce de capharnaüm obscur.

    Il faut une parole, il faut une action pour faire jaillir de la lumière au milieu de toute la ténèbre, au milieu de toute l’obscurité profonde.
    Pas d’action pas de lumière! La lumière est bien là, mais perdue, cachée, dans la ténèbre.

    Mais Dieu ne sépare la lumière de la ténèbre que lorsqu’il voit qu’elle est bonne. Ce qui signifie que la 1ère lumière qui apparaît n’est pas forcément bonne. Il faut chercher si la 1ère image de vérité, de connaissance, de compréhension, qui nous apparaît est bonne.
    C’est seulement lorsque nous commençons à penser que cette image peut être bonne, qu’il nous faut continuer à la travailler pour arriver doucement à la sortir totalement de la ténèbre. Elle ne sortira réellement de la ténèbre, elle ne sera plus cachée lorsqu’elle se révèlera totalement bonne.

    La Vérité n’apparaît jamais soudainement et entière, il y a tout un travail sur soi pour qu’elle nous éclaire.

  2. [...] force de la prière ne réside point tant dans sa longueur mais dans son intensité et dans l’intention qui y est [...]

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