Le «Visage» de Dieu, les visages d’autrui [3]

 

Marcher à la rencontre de Dieu. Est-ce possible? Comment un être à l’entendement limité peut-il prétendre voir la Face de Dieu? L’homme, créé à l’image de Dieu, aspire de toute son âme à retourner à l’origine de son être et voir le «Visage» («Panim») de Dieu.

«…אֶת-פָּנֶיךָ יְהוָה אֲבַקֵּשׁ » (תהלים כ”ז, ח’)

«…c’est ta Face que je recherche, ô Seigneur! » (Ps. 27, 8)

 

 «עַל-כֵּן יָצָאתִי לִקְרָאתֶךָ לְשַׁחֵר פָּנֶיךָ וָאֶמְצָאֶךָּ» (משלי ז’, ט”ו).

«C’est pourquoi je suis sortie à ta rencontre pour me mettre en quête de ta Face, et je t’ai trouvé! » (Prov. 7, 15)

Le Nom de Dieu «Elohim» s’achève par la terminaison «im», marque du pluriel en hébreu. En parallèle, le substantif «Panim» est toujours au pluriel en hébreu et signifie «le(s) visage(s)» de l’homme. Le pluriel du mot «Panim» en hébreu exprime l’idée qu’un visage englobe tous les visages des êtres humains, de notre prochain. La rencontre avec Dieu passe à travers le regard que nous portons à l’égard de notre prochain et partageons avec autrui. Nos frères humains nous renvoient l’image du divin inscrit en notre être:

 «כַּמַּיִם הַפָּנִים לַפָּנִים כֵּן לֵב-הָאָדָם לָאָדָם » (משלי כ”ז, י”ט).

Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi chez les hommes les cœurs se répondent» (Proverbes 27, 19)

La diversité de notre visage, reflet d’autant de mondes intérieurs (Panim signifie «visage» mais aussi «intériorité») à explorer, traduit l’expression de l’Unité du divin, dont le nom est un pluriel exprimant un singulier. L’unité, loin d’être uniformité, se révèle à travers la rencontre avec la différence et la richesse multiple du visage humain. L’infini de ces visages d’hommes, de femmes et d’enfants, concentré en chaque visage, témoigne de l’infini divin.

«וַיֹּאמֶר יְהוָה  אֶל-קָיִן: לָמָּה חָרָה לָךְ וְלָמָּה נָפְלוּ פָנֶיךָ» (בראשית ד’, ו’).

«Le Seigneur dit à Caïn; Pourquoi es-tu chagrin, et pourquoi ton visage est-il abattu (tombe-t-il)?» (Gen. 4, 6)

Le visage de Caïn est abattu («tombe»)  de telle manière que son regard ne croise plus celui de son propre frère qu’il finit par assassiner (Gen. 4, 8). La chute intérieure due à la colère, à la tristesse, aux sentiments négatifs, entraîne une absence d’attention à l’égard de notre semblable et, selon la vision biblique, un éloignement du divin.

Au contraire de Caïn, l’homme qui a choisi de s’éloigner de Dieu, Moïse, le Prophète des prophètes, jouit du privilège de côtoyer Dieu, le voir et lui parler sans intermédiaire:

« וְדִבֶּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה פָּנִים אֶל-פָּנִים כַּאֲשֶׁר יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ» (שמות ל”ג, י”א).

«Or, l’Éternel s’entretenait avec Moïse face à face, comme un homme s’entretient avec un autre » (Exode 33, 11)

En vertu de quel mérite Moise accède-t-il directement à Dieu? Est-ce par pure grâce ou le fruit d’une conduite morale?

 « וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם  וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו  וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם» (שמןת ב’, י”א).

«Or, en ce temps-là, Moïse, ayant grandi, sortit vers ses frères et vit leurs souffrances» (Exode 2, 11).

Moïse «voit», il «prend conscience/ adhère à la cause/ prête attention» et «sort» (il abandonnera son statut social de prince Egyptien). En ce sens, il suit les traces de Dieu qui «voit» (רָאַה Racine: /ר. א. ה.  R. A. H.) la souffrance des Enfants d’Israël en «descendant» de son Trône (symbole de la transcendance divine) pour se rapprocher des hommes et rendre Sa justice immanente.

«וַיֹּאמֶר יְהוָה רָאֹה רָאִיתִי אֶת-עֳנִי עַמִּי אֲשֶׁר בְּמִצְרָיִם  וְאֶת-צַעֲקָתָם שָׁמַעְתִּי מִפְּנֵי נֹגְשָׂיו כִּי יָדַעְתִּי אֶת-מַכְאֹבָיו.  וָאֵרֵד לְהַצִּילוֹ מִיַּד מִצְרַיִם…»

«L’Éternel poursuivit: “J’ai vu, j’ai vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte; j’ai entendu sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances.  Je suis donc descendu pour le délivrer de la puissance égyptienne» (Ex. 3, 7-8)

«וְעַתָּה הִנֵּה צַעֲקַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל בָּאָה אֵלָי; וְגַם-רָאִיתִי אֶת-הַלַּחַץ אֲשֶׁר מִצְרַיִם לֹחֲצִים אֹתָם»

«Dès lors que la plainte des enfants d’Israël est venue jusqu’à moi, J’ai, alors, vu l’oppression dont les Égyptiens les accablaient » (Gen. 3, 9)

Comme Dieu «voit» les souffrances des Hébreux, ainsi Moïse marche sur la voie de Dieu en «voyant» la face de l’humilié, celle du délaissé et de l’opprimé. Il témoigne, de la sorte, non seulement de sympathie mais plus encore d’empathie à l’égard de ses propres frères, ce qui lui vaut de «voir» la Face de Dieu. Comme il adhère et s’identifie pleinement à la souffrance d’Israël, de la même manière que Dieu, alors Dieu le traite, pourrait-on dire, «d’égal à égal», autre traduction possible de «פָּנִים אֶל-פָּנִים» («Panim el Panim»).

Un exemple de cet humanisme biblique se retrouve chez le Patriarche Abraham:

«וַיֵּרָא יְהוָה אֶל-אַבְרָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי-אֵל שַׁדַּי הִתְהַלֵּךְ לְפָנַי  וֶהְיֵה תָמִים» (בראשית י”ז, א’).

«Le Seigneur lui apparut [s'est fait voir à lui] et lui dit: Je suis le Dieu tout-puissant; marche devant moi [au-devant de Ma Face], sois irréprochable» (Gen. 17, 1).

«צֶדֶק וּמִשְׁפָּט מְכוֹן כִּסְאֶךָ; חֶסֶד וֶאֱמֶת  יְקַדְּמוּ פָנֶיךָ» (תהלים פ”ט, ט”ו).

«La justice et le droit sont la base de ton trône, l’amour et la vérité marchent devant toi [devancent Ta Face ou dépassent Ta Face (Ps. 89, 15).

La  pratique de l’Amour et de la Justice constituent les deux valeurs naturelles chez Abraham, le premier Patriarche d’Israël. En effet, il ose, en leur nom, se porter au secours de tous les hommes sans qu’aucune injonction divine ne lui ait été dictée préalablement. C’est à ce titre qu’il jouira de la révélation de Dieu.

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 

6 Responses to Le «Visage» de Dieu, les visages d’autrui [3]

  1. cathou says:

    Visage vient du latin visus: vue, apparence.
    On retrouve la définition apparence du mot Image.

    Le visage : Nous voyons avec les yeux. Nous parlons face à face avec ce qui nous entoure.
    L’expression de nos sentiments passe par le visage.
    L’oeil ne va transmettre que ce qu’il voit physiquement, le cerveau va réagir très vite aux informations physiques: réflexes;
    C’est la pensée qui va décider de la valeur des informations transmises. (c’est ainsi que l’on a souvent très peur bien après un fait terrifiant: l’oeil a enregistré le fait, le cerveau a fait réagir le corps pour échapper à la menace, la pensée nous fait réaliser que nous devons avoir peur de ce qui s’est passé, et c’est là que ça devient intéressant: le même incident vécu par plusieurs personnes qui vont toutes réagir physiquement de la même façon, ne vont pas avoir peur avec la même intensité. Tout simplement parce que certains vont se laisser totalement submerger par le sentiment de peur, alors que d’autres vont arriver à mieux maîtriser, à des degrés différents, cette peur.

    Donc nos sentiments se reflètent sur le visage… Apparence
    Ce mot nous indique bien que ce que nous voyons sur le visage de l’Autre, ou ce que nous laissons paraître sur notre visage n’est pas forcément vrai.
    Nous reflétons ce que nous portons en nous, la réalité que nous voulons refléter. L’image peut être totalement fausse, elle vivra tout de même parce que nous décidons de faire vivre cette fausse image: soit volontairement, soit par manque de vue, de discernement intérieur.

    Cela signifie que Dieu, celui dont nous sommes l’image, celui dont nous cherchons le visage est en nous, en chacun de Nous.
    C’est l’Amour, la Compassion, la Joie, la Tristesse, la Colère, la Haine…. Tout cela est Image de Dieu.

    Chercher le Visage de Dieu c’est chercher tout ce que nous portons en nous de Bien et de Mal, c’est VOIR tout ce qui est en nous, sans nous voiler la face, sans nous justifier…
    C’est seulement lorsque l’on arrive à voir tout ce que nous portons en nous de faux et de vrai, que nous sommes face à face avec Dieu. “Oui Seigneur je porte du bien, du mal, mais je peux surmonter, dominer ce mal qui est souffrance. C’est moi qui crée toute cette souffrance, je peux la créer, je peux la faire disparaître pour devenir libre.”
    C’est seulement à ce moment que nous sommes face à face avec Dieu, égal à égal.
    Parce que nous avons enfin compris que nous pouvons surmonter, NOUS SEULS, la souffrance que nous créons NOUS SEULS.

    Nous pouvons parler d’égal à égal avec ce Dieu là, ce Dieu personnel qui est en chacun de nous, qui nous rend tous frères parce que Nous portons bel et bien le même Dieu quelque que soit le nom donné selon les religions… je dirai même que les païens, ceux qui sont fiers de n’avoir aucune appartenance religieuse, ils ont raison d’en être fiers, mais ils ont bien cette force en eux que j’appellerai simplement la VIE, qui aide à dépasser la souffrance.

    Ce Dieu nous rend tous frères, alors lorsque l’humain dit: “tue ton ennemie, tue l’infidèle”, ce n’est que l’humain qui dit ça, il peut dire que l’ordre vient de Dieu.. c’est un mensonge, une image crée volontairement pour justifier des actes criminels.
    Le Dieu Créateur, au-dessus de Nous, L’Eternel intouchable, ne peut en aucun cas demander de tels actes criminels, puisque il nous a tous créé, Tous, tels que nous sommes, faisons partie de sa création, aussi impersonnel et distant qu’il soit… Il est le seul à pouvoir décider de notre existence et de notre disparition de cet univers. Et grâce à lui, aussi, nous sommes frères.

    • cathou says:

      Je complète: Ce Dieu qui est en nous, que nous portons, que nous devons découvrir… Il est assez tentant de dire c’est Nous. Donc pas de Dieu au-dessus de nous, pour nous récompenser, pour nous punir. Evidemment Dieu ne punit pas, ne récompense pas, c’est nous par nos choix, nos actions qui causons nos joies et nos souffrances.
      Toutefois reste quelque chose, cette énergie formidable que nous portons. Vie, Energie, Moi… je ne sais quel nom, au fond Dieu est bien. Quelque chose qui nous pousse à avancer, à respirer, à penser. Même si nous avons le libre-arbitre de nos vies, au fond si nous ne choisissons pas le Bien, nous nous détruisons. Là aussi, en Nous il y a une part qui agira toujours, à l’image du Créateur imperturbable, qui nous restera inconnue.

      Mystère de l’Univers, Mystère de la Vie, Mystère du Temps. DIEU!!

      • Haïm says:

        Cathou shalom,
        Dieu, en effet, selon la vision biblique, Dieu demande a l’homme de faire le premier pas. L’homme detient la difficile responsabilite, nous pourrions dire a la maniere du grand penseur Emmanuel Levinas ” la difficile liberte”, d’agir en son ame et conscience. Il s’agit d’une dure epreuve. Ou bien nous serons capable de surmonter celle-ci et alors nous progresserons sans celle vers la lumiere ou bien nous n’en serons point capable et alors, nous chuterons dans l’obscurite la plus totale. Toutefois, la Bible reste une oeuvre positive. Le Bien finit generalement par l’emporter. L’histoire d’Israel, son Retour a sa terre ancestrale et a sa langue, l’hebreu biblique le prouve, je le crois, mieux que toute theorie philosophique.
        Amities a vous tous,
        Haim

        • cathou says:

          Oui Haïm, la liberté est difficile, très difficile.
          Le choix n’est pas toujours évident, pas toujours facile, parce que si parfois il s’impose, bien souvent il faut le choisir, le penser sur le long terme. Parce que tout choix a, et aura des conséquences.

          L’autre difficulté de la liberté est la solitude, parce que nous sommes toujours seul au moment du choix. Comme Dieu: Seul!!

          Il y a de nombreuses différences entre la religion, quelle qu’elle soit, et la philosophie.
          Certes toutes les religions sont des philosophies, c’est une évidence, puisque il s’agit de sagesse humaine. Mais une des différence fondamentale c’est que la religion place l’humain dans son environnement (univers et société). Toute démarche de sagesse, si elle est totalement personnelle, doit s’inclure en fonction de tout ce qui nous entoure. D’où responsabilisation de l’humain et reconnaissance de la grandeur mais aussi de l’infériorité humaine face à… Dieu.
          Oui, une autre différence c’est le coté positif de la religion. Durant longtemps on a essayé (du moins en Occident) d’étouffer ce coté positif. La Bible, comme bien des écrits fondamentaux, porte cette joie, cette réussite. L’humain a autant de Lumière en lui que de Ténèbre.
          En acceptant la part de Ténèbre que le Créateur a mis en lui, l’humain peut dompter et triompher. Voilà la réalité des religions!

          Il n’est pas un mystère que j’apprécie beaucoup le Dalaï Lama. Vu les événements au Tibet (génocide actuel) la question est souvent: “que se passera t’il après sa mort?”
          Il répond: “si un Dalaï Lama a encore une utilité il y aura une nouvelle réincarnation, s’il n’a plus d’utilité il n’y aura plus de réincarnation”.

          Israël revit sous forme de l’Etat actuel, parce qu’il a une utilité sous cette forme.
          S’il n’avait plus d’utilité dans le monde du XXème siècle ce pays ne serait qu’un souvenir Biblique. Ou bien son retour ou sa mémoire aurait pris une autre forme, en fonction de l’utilité.

  2. cathou says:

    Ah oui Elohim: pluriel et Panim pluriel, ce qui expliquerait peut être la traduction genèse 3-22: le Seigneur Dieu dit: “voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bonheur et du malheur…”

    Je pensais que le récit avait voulu garder en mémoire des origines polythéistes possibles, et sans doute vraisemblables d’ailleurs.
    Mais au fond oui, “l’humain est devenu comme l’un de nous” = l’humain est devenu images, multiples images, multiples visages comme nous (ensemble d’images, de visages).

    Ou plus exactement “l’humain a pris conscience de ses multiples visages”.
    Oui ce pourrait être une explication de ce pluriel. ??????

    En écrivant ce passage il est traduit: “bonheur et malheur”. et je viens de regarder: “L’arbre du bonheur et du malheur” aussi. Evidemment bonheur et malheur, bien et mal… mais “malheur” le mot est plus juste pour parler de la souffrance. C’est nous qui créons nos joies et nos souffrances.. en fait c’est plus exact que bien et mal.
    Comme quoi il faut toujours lire mot à mot… encore plus que je ne fais.

  3. [...] dans l’eau le visage répond au visage, ainsi chez les hommes les cœurs se répondent» (Prov. 27, [...]

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