Les Dix jours de Teshouva: entre Rosh-HaShaNah et Yom Kippour [1]

 L’Eveil au Retour à l’être intérieur

 

Les Dix jours séparant Rosh-HaShaNah (Nouvel An) de Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) sont, selon la Tradition juive, favorables à la Teshouva, au Retour intérieur, en ce sens où la conscience de l’homme pénètre au cœur même de la sphère immanente du divin:

«דִּרְשׁוּ יְהוָה בְּהִמָּצְאוֹ; קְרָאֻהוּ בִּהְיוֹתוֹ קָרוֹב. יַעֲזֹב רָשָׁע דַּרְכּוֹ וְאִישׁ אָוֶן מַחְשְׁבֹתָיו וְיָשֹׁב אֶל יְהוָה וִירַחֲמֵהוּ  וְאֶל אֱלֹהֵינוּ כִּי יַרְבֶּה לִסְלוֹחַ» (ישעיה נ”ה, ו’-ז’).

«Cherchez le Seigneur pendant qu’il est accessible! Appelez-le tandis qu’il est proche!  Que le pervers abandonne sa voie, et l’impie ses pensées iniques, qu’il revienne à l’Eternel, il aura pitié de lui, à notre Dieu, car il prodigue son pardon! » (Isaïe 55, 6-7)

Ce terme dont la racine  ש.ו.ב.  désigne le Retour de l’homme à la racine de son être intime (introspection) et invite ce dernier à réparer les erreurs et déviations du passé aussi bien dans les domaines religieux et moral.

Cet Eveil à la Teshouva concernent tous les hommes sans exception car comme l’écrit l’Ecclésiaste (7, 20):

«כִּי אָדָם  אֵין צַדִּיק בָּאָרֶץ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה-טּוֹב וְלֹא יֶחֱטָא» (קהלת ז’, כ’).

 «Il n’est pas d’homme juste sur terre qui fasse le bien sans jamais faillir» (Eccl. 7, 20).

Le terme ‘Het חֵטְא indique un manquement à la vocation qu’il incombe à chaque homme en ce monde de réaliser. Il s’agit, littéralement,  d’un manquement à la cible. Faire Teshouva signifie donc recentrer chaque pensée, canaliser chaque parole et  orienter chaque action vers le but de notre vie. Ce chemin exigeant moralement et spirituellement n’est pas sans rappeler le méditant Zen (kyūdō) qui, concentrant toute son énergie intérieure, vise à orienter la flèche aiguisée de son arc vers  le centre de la  cible. Toute déviation d’esprit ou manque de concentration lui ferait manquer inévitablement la cible. Là réside le sens de l’adresse de Dieu à Caïn le priant de revenir sur son intention première, avant qu’il ne commette le terrible crime sur son frère Abel:

«הֲלוֹא אִם תֵּיטִיב שְׂאֵת וְאִם לֹא תֵיטִיב לַפֶּתַח חַטָּאת רֹבֵץ וְאֵלֶיךָ תְּשׁוּקָתוֹ וְאַתָּה תִּמְשָׁל בּוֹ«  (בראשית ד’, ז’);

«Si tu t’améliores, tu pourras te relever, sinon la déviation est tapie à ta porte: elle aspire à t’atteindre, mais toi, sache la dominer!” » (Gen. 4, 7)

L’homme détient le pouvoir que lui confère le libre-arbitre de pleinement maîtriser son être, de gouverner son esprit et de vaincre l’instinct du mal:

«טוֹב אֶרֶךְ אַפַּיִם מִגִּבּוֹר וּמֹשֵׁל בְּרוּחו  מִלֹּכֵד עִיר» (משלי ט”ז, ל”ב);

«Qui résiste à la colère l’emporte sur le héros; qui domine ses passions sur un preneur de villes» (Proverbes 16, 32)

Salomon, le Sage parmi les sages, enseigne que le véritable héros est loin d’être le guerrier victorieux au champ de bataille mais au contraire, il est celui qui domine les élans et les violentes passions de son être. La Teshouva – le Retour à l’être- constitue généralement le fruit d’un long et fastidieux processus de travail intérieur menant l’homme au perfectionnement intérieur par la sublimation du mal en bien. Le mal ne peut être tranché de sa racine divine mais doit être canalisé, réorienté vers la voie du bien et du bon.

Dieu se révèle au Patriarche Avraham  à travers cette incessante marche intérieure visant à l’élévation de notre moi  intérieur :

«לֶךְ לְך «(בראשית י”ב, א’).

«Vas vers toi » (Gen. 12, 1);  ( Le’kh Le’kha; «Marche pour toi, pour ton bonheur»)

L’homme doit revenir vers-lui-même et reconstruire son monde intérieur.

«וַהֲשֵׁבֹתָ אֶל לְבָבֶךָ» (דברים ד’, ל”ט);

«Et tu reviendras vers ton cœur» (Deut. 4, 39)

L’homme devient responsable de sa propre personne. Celui-ci doit s’efforcer de surmonter et dominer son Yetser HaRa, son penchant du mal.  En ce combat titanique opposant le courant du mal à celui du bien, l’homme est assisté par Dieu. Dieu, selon la vision biblique, aspire ardemment à la Teshouva de Sa créature et ne désire en rien la châtier:

 

«טוֹב וְיָשָׁר יְהוָה עַל כֵּן יוֹרֶה חַטָּאִים בַּדָּרֶךְ»

«L’Eternel est bon et droit, aussi enseigne-t-il aux égarés  le  Chemin » [du Retour].

Proche et accessible aux hommes qui le cherchent de tout cœur, l’Eternel, selon  un des enseignements des Sages d’Israël (Talmud Babel, Traité Pessa’him 54, a) fit précéder la création de la  Teshouva avant même celle de la Création. Quelle est la portée d’un tel enseignement? Les Sages visent à montrer que l’intention primordiale de la Création, créée imparfaite, fut la Teshouva. En effet, celle-ci constitue le remède cosmique – le Tiqqoun HaOlam- aux manquements de l’humanité: l’épisode du déluge relate l’échec tragique des hommes qui, refusant d’emprunter la voie royale de la Teshouva disparurent à tout jamais contrairement aux habitants de Ninive qui acceptèrent de reconnaître leurs égarements en choisissant la Teshouva. (Jonas 3, 4-10).

«וּלְבָבוֹ יָבִין וָשָׁב וְרָפָא לו  « (ישעיה ו’, י’);

«…Que son cœur comprenne, qu’il s’amende et alors il  sera soigné [sauvé] ! » (Isaïe 6, 10)

Ce n’est donc pas tant la faute qui est cause de l’anéantissement de l’homme  mais son obstination à ne pas marcher sur la voie réparatrice, salvatrice de la Teshouva: Dieu donne toujours l’espoir d’un retour vers lui et ne ferme à aucun instant les portes de la repentance.

 

Pour plus d’informations sur nos cours d’Hébreu biblique, CLIQUEZ sur ce lien.

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 

 

 

6 Responses to Les Dix jours de Teshouva: entre Rosh-HaShaNah et Yom Kippour [1]

  1. cathou says:

    L’humain doit prendre conscience qu’il a plein pouvoir sur sa vie, sur ses décisions.
    Il est inutile de faire porter aux autres nos propres incapacités.

    La Bible nous le dit dès le jardin d’Eden.

    Un proverbe: “Vouloir c’est Pouvoir” et je remarque combien il est vrai.

    Maintenant il ne faut pas s’imaginer devenir parfait. La perfection n’est pas accessible à l’humain. La seule chose que l’humain a en son pouvoir c’est le libre arbitre, mais les tentations seront toujours présentes, et nombreuses.

  2. cathou says:

    “L’homme doit revenir vers lui-même et reconstruire son monde intérieur”
    Voilà une petite phrase très importante.
    Qui nous indique que l’humain, même vivant en société, même aimé, entouré, est SEUL. Il est seul face à lui-même. Il a seul le libre-arbitre.
    C’est lui et lui-seul, qui construit ses démons et ses divinités.
    C’est lui-seul qui décide du degré d’importance qu’ont les choses.
    Les sentiments bons ou mauvais n’ont d’existence que celle qu’on décide de leur donner.
    C’est une chose difficile à comprendre en profondeur, c’est quelque chose que je perçois parfaitement dans le récit biblique, mais que j’ai beaucoup de difficultés à mettre en pratique. Là, après la maîtrise de l’action, de la parole, on touche à la maîtrise parfaite des sentiments…. pas simple.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Nous passons la majeure partie de notre temps a organiser notre espace exterieur au detriment de notre interiorite. Les fetes juives, en general, nous ramenent a de justes proportions en nous conduisant sur la voie interieure de notre etre. Nous devons redecouvrir notre propre personne que nous preferons parfois ignorer. Peut-etre par peur d’amelioration et de transformation en profondeur? Qu’en penses-tu?
      Amities a vous tous,
      Haim

      • cathou says:

        Il n’est pas facile de se regarder en profondeur, sans complaisance.
        D’abord parce que nous avons tous envie de nous voir parfaits.

        Accepter de se voir tel qu’on est, du moins de s’approcher du plus possible de ce que l’on porte en soi, le remettre en question pour s’en libérer peut être douloureux, très douloureux parce qu’il nous fait découvrir tout un tas de choses que nous préférons ignorer, et peut remettre bien des choses en cause.

        Au fond, c’est un refus de la liberté, la vraie liberté, qui rend l’humain pleinement responsable de ses actes, de ses pensées.
        Et en écrivant ça, au fond c’est ce qui se passe avec Cain et Abel, il faut que je relise, mais Abel (inconsistant, buée, inexistant, impermanent finalement) est libre, Caïn n’est pas libre, il jalouse la liberté d’esprit, la tranquillité, de son frère. Voilà peut être bien ce que signifie le prénom Abel. A relire…

        • cathou says:

          Et puis ce n’est pas si facile de se regarder vraiment. Par exemple:
          99% des lecteurs de ce blog vont affirmer haut et fort n’avoir jamais tué qui que se soit, être pleinement non violent, n’avoir jamais eu envie de meurtre, voir même être végétarien par respect de la vie. Je fais partie de ces 99%.

          Oui mais combien d’entre nous, après avoir accepté d’approfondir cette question vont pouvoir affirmer:
          - n’avoir jamais envoyé au fond de l’évier la limace trouvée dans la salade?
          - n’avoir jamais voulu se débarrasser des araignées, mouches, moustiques, poux et autres charmants petits insectes pour notre confort personnel?
          -n’avoir jamais arraché la “mauvaise herbe” qui dépare notre jardinière ou notre jardin?
          Que l’on écrase, noie, arrache, utilise un insecticide, un herbicide, l’action est bien la même : donner la mort pour notre bien-être.

          Alors vous allez penser tout au fond de vous, comme je suis en train de le faire en écrivant ces lignes: “oui mais ça ce sont des bestioles sans importance, de la mauvaise herbe, de la mauvaise graine”.

          Penser tout bas, parce qu’au fond une petite voix nous dit “toute forme de vie est précieuse, est importante, il ne nous appartient pas de dire qu’il y a des vies plus importantes, plus précieuses que d’autres, et nous devrons rendre compte de chaque vie prise”.

          Et même après avoir écrit ça, même en pensant que toute vie est un cadeau précieux, je vais écraser le 1er moustique qui se pose sur moi, parce que je n’ai aucune envie de me gratter, d’attraper une maladie: mon confort est plus important que la vie de ce moustique.
          Rares, très rares, sont ceux qui accepteront de se faire piquer et piquer et re piquer pour que cette bestiole se nourrisse et vive.
          Et OUI!!!

        • Haïm says:

          Cathou shalom,
          Ce que tu dis est tres juste, la Liberte permet a l’homme de decouvrir sa veritable identite a travers le principe de responsabilite si preponderant dans la vision biblique et hebraique.
          Haim

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>