Moïse, l’enfant de l’espoir

 

Ce shabbat, nous commencerons la lecture du nouveau livre de l’Exode (Shemot). Ce livre débute par le massacre des garçons nouveau-nés hébreux perpétré par les Egyptiens et la naissance de Moïse. L’ordre pharaonique de mettre à mort tout garçon né hébreu est en contradiction flagrante avec le principe fondamental du droit de l’enfant au respect, droit qui ne fut adopté officiellement qu’en 1989 avec la «Convention internationale des droits de l’enfant» (20 décembre 1989). Les droits de l’Enfant qui y sont gravés ont pour dessein de «préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales» (Article 8-1) et de «le protéger contre toutes formes de violence, d’atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements» (Article 19-1).

Ce droit de l’enfant au respect constitue un des principes fondamentaux inscrits au cœur du TaNa’Kh (Bible):

«וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ מִצְרַיִם לַמְיַלְּדֹת הָעִבְרִיֹּת אֲשֶׁר שֵׁם הָאַחַת שִׁפְרָה וְשֵׁם הַשֵּׁנִית פּוּעָה. וַיֹּאמֶר בְּיַלֶּדְכֶן אֶת-הָעִבְרִיּוֹת וּרְאִיתֶן עַל-הָאָבְנָיִם: אִם-בֵּן הוּא וַהֲמִתֶּן אֹתוֹ וְאִם-בַּת הִוא וָחָיָה» (שמות א’, ט”ו-טז).

«Le roi d’Égypte s’adressa aux sages-femmes hébreues, qui se nommaient, l’une Chifra, l’autre Poûa  et il dit: “Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous examinerez les attributs du sexe: si c’est un garçon, faites-le périr; une fille, qu’elle vive.» (Ex. 1, 15-16)

Les noms respectifs des Sages-femmes Shifrah et Pou’ah, toutes deux appartenant au peuple d’Israël, témoignent de ce respect profond pour la vie auquel tout nouvel être doit naturellement bénéficier:

 שִׁפְרָה /Shifrah

«נַפְתָּלִי אַיָּלָה שְׁלֻחָה הַנֹּתֵן אִמְרֵי-שָׁפֶר»  (בראשית מ”ט, כ”א).

«Nephtali est une biche qui s’élance; il apporte d’heureux [agréables] messages» (Gen. 49, 21)

Shifrah, s’opposant à l’ordre cruel de Pharaon, s’efforce d’améliorer (Racine / ש. פ. ר. Sh. P. R.) les conditions de l’accouchement et aspire à apporter les premiers soins [embellir l'environnement du nouveau-né] qui sauveront la vie au nouveau-né.

פּוּעָה/ Pou’ah

«כַּיּוֹלֵדָה אֶפְעֶה»  (ישעיה מ”ב, א’).

«Mais maintenant je vais crier ]soupirer] comme une femme en travail» (Isaïe 42, 1)

Quant à Pouah, fidèle à sa fonction de Sage-femme expérimentée, elle détient aux côtés de Shifrah la lourde responsabilité de rompre le cordon ombilical tout en s’assurant que le nouveau-né pousse son premier cri, témoignage de l’entrée d’air dans les  poumons.

«וַתִּירֶאןָ הַמְיַלְּדֹת אֶת-הָאֱלֹהִים וְלֹא עָשׂוּ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֲלֵיהֶן מֶלֶךְ מִצְרָיִם; וַתְּחַיֶּיןָ אֶת-הַיְלָדִים» (שמות א’, י”ז).

«Mais les sages-femmes craignaient Dieu: elles ne firent point ce que leur avait dit le roi d’Égypte, elles donnèrent vie aux garçons» (Ex. 1, 17)

«וַתֹּאמֶר אֲחֹתוֹ אֶל-בַּת-פַּרְעֹה הַאֵלֵךְ וְקָרָאתִי לָךְ אִשָּׁה מֵינֶקֶת מִן הָעִבְרִיֹּת וְתֵינִק לָךְ אֶת הַיָּלֶד. וַתֹּאמֶר-לָהּ בַּת-פַּרְעֹה לֵכִי וַתֵּלֶךְ הָעַלְמָה וַתִּקְרָא אֶת-אֵם הַיָּלֶד» (שמות ב’, ז’-ח’).

Thalasso Bain Bébé Jumeaux- Sonia Rochel (Puéricultrice)

«Sa sœur dit à la fille de Pharaon: “Faut-il t’aller quérir une nourrice parmi les femmes hébreues, qui t’allaitera cet enfant?” La fille de Pharaon lui répondit: “Va.” Et la jeune fille alla quérir la mère de l’enfant» (Ex. 2, 7-8)

Au Droit à la vie s’ajoutent les Droits au développement [Education], à l’appartenance familiale et à l’identité:

«וַיִּגְדַּל הַיֶּלֶד וַתְּבִאֵהוּ לְבַת-פַּרְעֹה וַיְהִי-לָהּ לְבֵן וַתִּקְרָא שְׁמוֹ מֹשֶׁה וַתֹּאמֶר כִּי מִן-הַמַּיִם מְשִׁיתִהוּ» (שמות ב’, י’).

« L’enfant devenu grand, elle le remit à la fille de Pharaon et il devint son fils; elle lui donna le nom de Moïse, disant: “Parce que je l’ai retiré des eaux» (Ex. 2, 10)

Moïse, en reliant la chaîne des générations- Toldot («enfantements»)-, s’élève contre la tyrannie de Pharaon en rétorquant à ce dernier:

»וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה  בִּנְעָרֵינוּ וּבִזְקֵנֵינוּ נֵלֵךְ בְּבָנֵינוּ וּבִבְנוֹתֵנוּ…« (שמות י’, ט’).

«Moïse répondit: “Nous irons jeunes gens et vieillards; nous irons avec nos fils et nos filles…» (Exode 10, 9)

Le terme Toldot/ תּוֹלְדֹת porte en son sein le passé et le futur:

Signifiant à la fois «Histoire de l’humanité» (au sens où Hérodote, le père de l’histoire, l’entendait) et «Engendrements, naissances», ce substantif indique que l’enfant, fruit du passé, porte l’espoir d’un monde meilleur.

 «זֶה סֵפֶר תּוֹלְדֹת אָדָם» (בראשית, ה’, א’ – בראשית א’, כ”ו-כ”ז).  (בראשית ה’, א’ – ראה בראשת א’, כ”ו-כח).

«Ceci est l’histoire des générations de l’humanité» (Gen. 5, 1 en référence à Gen. 1, 26-28)

«וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת בְּנֵי-נֹחַ שֵׁם חָם וָיָפֶת; וַיִּוָּלְדוּ לָהֶם בָּנִים אַחַר הַמַּבּוּל» (בראשית י’, א’).

« Voici la descendance des fils de Noé, Sem, Cham et Japhet, à qui des enfants naquirent après le Déluge » (Gen. 10, 1)

Toute atteinte au droit au respect de l’enfant constitue non seulement un préjudice moral aux générations passées mais aussi une grave offense aux générations futures.   Donc préserver nos enfants, c’est rendre un digne hommage à nos aïeuls mais également construire un monde équilibré où régneront paix et respect mutuel entre hommes. Le secret de la pérennité d’Israël réside dans le fait que la dignité de l’enfant à travers les générations a toujours constitué une de ses principales priorités comme nous l’enseigne l’histoire tragique du médecin et pédiatre polonais Janusz Korczak.

Nous vous invitons, à propos de cet article de vous reporter dès la semaine prochaine au séminaire biblique «Moïse, l’enfant de l’espoir».

N’hésitez pas à m’écrire pour recevoir le lien.

“Au revoir les enfants” Un film de Louis Malle.

Cordial shalom d’Israël,

Pour plus d’informations sur nos cours d’Hébreu biblique, CLIQUEZ sur ce lien.

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 

14 Responses to Moïse, l’enfant de l’espoir

  1. cathou says:

    Le respect de l’enfant, son droit à l’éducation, à l’amour. On doit prendre soin de l’Enfant parce qu’il est notre avenir. Adulte il sera le reflet de ce la génération précédente a transmis.

    Pharaon donne un ordre contraire à tous les principes fondamentaux égyptiens qui respectent et valorisent la naissance d’un enfant.
    Ordonner la mise à mort de tout nouveau né mâle des hébreux est un acte politique délibéré.
    Les hébreux: ensemble d’humains non égyptiens, donc par définition esclaves en Egypte. La grande particularité des juifs (pour utiliser le mot actuel) est une belle capacité d’adaptation où qu’ils soient (certains pourraient s’en inspirer avec profit).
    Il y a fort à parier que cette qualité était bien présente chez les Hébreux venus chercher du travail en Egypte. La Bible nous dit qu’ils deviennent de plus en plus nombreux, se reproduisant très vite. Evidemment en devenant trop nombreux ils deviennent une menace pour le pays qui les “accueillent”.
    D’autant que si on peut affirmer que s’ils ne pratiquent pas un réel monothéisme (Moïse va avoir à combattre sérieusement l’attrait du polythéisme) ces hébreux se regroupent et semblent appliquer des règles qui leur sont propres. Ce peut devenir un risque pour l’unité du pays.
    Pharaon est un homme politique avant toute chose. Son rôle est d’assurer la paix, l’unité et la grandeur de son pays.

    En 2013, en dépit de toutes conventions, législations internationales: les chinois stérilisent arbitrairement les Tibétaines, si elles vont se faire soigner à l’hôpital. Les Américains ont agit de la même façon, durant des années, envers les Indiennes (véritables Américaines de ce pays), je ne sais où ça en est…Et sans doute bien d’autres pays pratiquent illicitement ce genre d’actes: On ne tue plus de nouveaux-nés: on stérilise la femme et on a bonne conscience aux yeux de la loi.

  2. cathou says:

    Alors j’ai une question: ce shabbat vous commencez la lecture de l’exode avec la naissance de Moïse… Chaque année à la même époque, c’est à dire vers le 25 décembre, lisez vous la naissance de Moïse????
    Parce que si c’est le cas ce serait amusant. Dans le sens où c’est Noël pour les chrétiens: naissance de Jésus.
    Le sens profond de Noël est cet espoir qui naît avec la naissance de cet enfant.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Les dates du calendrier gregorien ne sont pas a prendre en compte. Le lien que tu etablis-fort interessant par ailleurs- entre les naissances de Moise et Jesus est tout a fait fortuit. Le calendrier hebraique ne coincide point necessairement avec celle du calendrier gregorien. L’importance du calendrier reside dans le fait que les fetes hebraiques doivent toujours, de maniere invariable, correspondre au clandrier biblique. Pour exemple, la fete de Pessah, la fete du printemps se doit d’etre obligatoirement le 15 Nissan et non point etre. en aucune facon, reportee a l’automne ou l’hiver.
      Bonnes fetes de Noel et bonne annee 2014 a toi et tous les tiens,
      Amities,
      Haim

      • cathou says:

        Ah oui, d’accord. J’ai quelques difficultés avec votre calendrier, qui me semble aussi obscur que votre alphabet. Faudra un jour, que je m’applique un peu plus de ce coté calendaire.

  3. cathou says:

    L’enfant!!! cette petite chose parfois conçue dans la douleur et l’ignorance, parfois conçue dans l’indifférence, plus souvent conçue dans le désir et l’amour, que de choses ce petit être porte.
    A la fois fragile, et robuste.
    A la fois dépendant et indépendant.
    Oui on lui doit respect, amour et éducation.
    C’est un cadeau précieux, unique, un don de Dieu.

    • cathou says:

      Et je rajoute: Un enfant est un don tellement précieux que cette raison devrait suffire à faire comprendre qu’on doit maîtriser ses pulsions sexuelles… puisque se sont par elles qu’un enfant se conçoit.

      • Haïm says:

        Cathou shalom,
        L’enfant doit etre le fruit de l’amour et de la connaissance entre l’homme et la femme. Pour preuve: le verbe Daat en hebreu signifie a la fois “connaitre” ( sur le plan ethique) et “connaitre sur le plan du rapport intime pouvant lier l’homme et la femme (comme nous l’enseigne l’episode de Hava -Eve- avec Adam):
        וְהָאָדָם, יָדַע אֶת-חַוָּה אִשְׁתּוֹ; וַתַּהַר, וַתֵּלֶד אֶת-קַיִן, וַתֹּאמֶר, קָנִיתִי אִישׁ אֶת-יְהוָה
        “or, l’homme s’était uni (Yada’) à Ève, sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn, en disant: “J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Éternel!” (Gen.4, 1)
        Benedictions d’Israel,
        Haim

        • cathou says:

          Oh oui, et il est bien traduit “connaître”.

          • Haïm says:

            Cathou shalom,
            La connaissance biblique n’est ni platonique, ni philosophique. Elle est physique et rapproche l’homme et la femme de maniere intime.
            Merci a toi,
            Haim

          • cathou says:

            Oui Haïm, et c’est plus tard qu’on verra apparaître cette étrange pudeur qui fera naître Jésus par l’opération du saint Esprit. (enfin si on prend les évangiles au 1er degré de lecture).

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Cet enfant se doit d’etre protege par notre societe. il constitue le fil, certes fragile, mais vivant de notre devenir en tant que civiisation. Pour nous Juifs, le terme Toldot ( racine Y/L/D = enfanter) signifie non pas seulement l’histoire de notre peuple mais aussi le developpement de notre societe a travers les naissances et l’education de nos enfants.
      Il est un etre a part entiere que nous avons le devoir de respecter et d’ecouter attentivement.
      Amities,
      Haim

      • cathou says:

        Bien d’accord Haïm. et loin d’être toujours respecté de petit être, là aussi encore bien du travail…
        Maintenant nous préparons Noël, une belle grande fête pour nous. Et grâce à cet engin agaçant et oh combien merveilleux, on peut se réunir un moment ensemble malgré la distance.
        Amitiés à toi aussi.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>