Parasha: BeHaR Le Jubilé: «Car la terre est à Moi (L’Eternel)» (Lev. 25, 23)

La Liberty Bell (ou « cloche de la liberté »),  symbole de l'indépendance américaine

La Liberty Bell (ou « cloche de la liberté »), symbole de l’indépendance américaine

Parasha: BeHaR

Le Jubilé: «Car la terre est à Moi (L’Eternel)» (Lev. 25, 23)

» וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים שָׁנָה וּקְרָאתֶם דְּרוֹר בָּאָרֶץ לְכָל-יֹשְׁבֶיהָ יוֹבֵל הִוא תִּהְיֶה לָכֶם וְשַׁבְתֶּם אִישׁ אֶל-אֲחֻזָּתוֹ וְאִישׁ אֶל-מִשְׁפַּחְתּוֹ תָּשֻׁבוּ«. (ויקרא כ”ה, י’).

«Vous sanctifierez cette cinquantième année, en proclamant, dans le pays, la liberté pour tous ceux qui l’habitent: cette année sera pour vous le Jubilé, où chacun de vous rentrera dans son bien, où chacun retournera à sa famille». (Lev. 25: 10)

Ce verset biblique qui doit sa célébrité à la «Liberty Bell»  à Philadelphie («Cloche de la Liberté»), symbole de l’émancipation des Noirs aux Etats-Unis d’Amérique,  rappelle que la terre ne peut en aucune façon constituer la propriété exclusive de l’homme mais que toute propriété foncière doit être remise, à la cinquantième année, à son propriétaire d’origine.[1]

La cinquantième année, qui constitue une année shabbatique, est un temps de repos de la terre. Pouvons-nous, toutefois,  affirmer  qu’il  s’agisse effectivement d’une année de jachère où la terre, après s’être reposée pendant un an, recouvrirait ses forces?

Le livre de la Genèse permet d’apporter une réponse à cette interrogation:

«כִּי תַעֲבֹד אֶת-הָאֲדָמָה לֹא-תֹסֵף תֵּת-כֹּחָהּ לָךְ» (בראשית ד’, י’).

«Lorsque tu cultiveras la terre, elle cessera de te faire part de sa fécondité» (Gen. 4: 10)

Ce verset enseigne que la malédiction s’abat sur la terre-mère (AdaMah) d’où a été tiré le Premier Homme (ADaM) –ses forces vives ne seront plus renouvelées- en raison du fratricide commis par Caïn sur son frère Abel. La terre, souillée d’un sang innocent, en acceptant les sangs d’Abel se rend «complice» du fratricide commis par Caïn! La terre n’a-t-elle point pour mission de prodiguer la vie? Comment ce sang pourrait-il irriguer les sillons d’une terre de Vie? Un commentaire du Midrash (exégèse biblique) tente de saisir les motifs qui auraient poussé Caïn à assassiner son propre frère. Selon ce même commentaire, Caïn et Abel se disputaient la possession du monde, d’un champ identifié au lieu où plus tard serait construit le Temple, voire même d’une femme, sans vouloir faire preuve de réciprocité, d’entraide, de fraternité: «Ce qui est à moi n’est pas à toi, retire-toi de ce qui est à moi»! Caïn était rongé par la jalousie, cette même jalousie de voir Dieu préférer Abel et son sacrifice plutôt que lui-même et le sien… (Gen. Raba, 22, 7). Comment, après la Création du monde, deux hommes, qui plus est deux frères, peuplant le globe terrestre, maîtrisant la totalité des ressources le composant, ne furent point capables de s’entendre? Caïn,  non content de la part qui lui échoit, assassine son alter ego. La Source biblique enseigne que tout crime perpétré sur autrui,  notre frère, entraîne la souillure de la terre, cause principale de la stérilité de la terre (Cf. II Sam. 1: 21; Ezéchiel 22: 24; le meurtre des Gabaoniens provoque une année de sécheresse: II Sam. 21).

L’année de la Shemita et du Jubilé ont pour dessein de rétablir la Bénédiction sur la terre. En rétablissant le propriétaire initial sur sa propriété foncière, l’homme avoue reconnaître l’Eternel comme le véritable Maître du monde:

«וְהָאָרֶץ לֹא תִמָּכֵר לִצְמִתֻת כִּי-לִי הָאָרֶץ כִּי-גֵרִים וְתוֹשָׁבִים אַתֶּם עִמָּדִי» (ויקרא כ”ה, כ”ג).

«Nulle terre ne sera aliénée irrévocablement, car la terre est à moi, car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi. 24 Et dans tout le pays que vous posséderez, vous accorderez le droit de rachat sur les terres» (Lev. 25, 23).

Ainsi l’homme ne sera plus tenté de convoiter le bien de son prochain, de le spolier et souvent même, d’assassiner afin de se rendre maître du bien d’autrui, à l’exemple de l’épisode tragique de la Vigne de Naboth (I Rois 21):

«וְאָמַרְתָּ בִּלְבָבֶךָ: כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת-הַחַיִל הַזֶּה. יח וְזָכַרְתָּ, אֶת-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל: לְמַעַן הָקִים אֶת-בְּרִיתוֹ אֲשֶׁר-נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ כַּיּוֹם הַזֶּה». (דברים ח’, י”ז, י”ח).

«…et tu diras en ton cœur: “C’est ma propre force, c’est le pouvoir de mon bras, qui m’a valu cette richesse.” 18 Non! C’est de l’Éternel, ton Dieu, que tu dois te souvenir, car c’est lui qui t’aura donné le moyen d’arriver à cette prospérité, voulant accomplir l’alliance jurée à tes pères, comme il le fera à cette époque». (Deut 8: 17-18)

Aucune des ressources naturelles de ce monde n’appartiennent à l’homme ou à quelque pouvoir que ce soit. Les paysans de l’Egypte pharaonique, en raison de la famine sévissant dans le pays,  s’adressent à Joseph et lui font savoir leur intention de vendre totalement leurs terres, sachant pertinemment que ce geste leur vaudra de devenir  les esclaves de Pharaon:

«לָמָּה נָמוּת לְעֵינֶיךָ גַּם-אֲנַחְנוּ גַּם אַדְמָתֵנוּ קְנֵה-אֹתָנוּ וְאֶת-אַדְמָתֵנוּ בַּלָּחֶם וְנִהְיֶה אֲנַחְנוּ וְאַדְמָתֵנוּ עֲבָדִים לְפַרְעֹה וְתֶן-זֶרַע וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת, וְהָאֲדָמָה לֹא תֵשָׁם» (בראשית מ”ז, י”ט).   

«Pourquoi péririons-nous à ta vue, nous et nos terres? Deviens notre possesseur et celui de nos terres, moyennant des vivres: nous et nos terres serons serfs de Pharaon; tu nous donneras de la semence et nous vivrons au lieu de périr et la terre ne sera pas désolée». (Gen. 47: 19)

Le Jubilé marque un temps de réflexion intérieure visant à susciter chez l’homme le sens de la propriété: l’homme ne détient que l’usufruit des biens terrestres qu’il lui incombe de respecter pour les générations futures. Notre devoir consiste donc à exploiter ces ressources pour le bonheur de l’homme et de la Création entière, idéal qui ne trouve sa plus haute et noble expression qu’a travers le respect de l’année du Jubilé. L’abondance, fruit de la réalisation de cet idéal, permettra de mettre fin aux inégalités sociales et rétablir l’amour entre les hommes et les femmes de notre Planète déchirée par les guerres et l’iniquité:

«וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ לָכֶם לְאָכְלָה לְךָ וּלְעַבְדְּךָ וְלַאֲמָתֶךָ וְלִשְׂכִירְךָ וּלְתוֹשָׁבְךָ הַגָּרִים עִמָּךְ.ז וְלִבְהֶמְתְּךָ וְלַחַיָּה אֲשֶׁר בְּאַרְצֶךָ תִּהְיֶה כָל-תְּבוּאָתָהּ לֶאֱכֹל« (ויקרא כ”ה, ו’-ז’).

«Ce sol en repos vous appartiendra à tous pour la consommation: à toi, à ton esclave, à ta servante, au salarié et à l’étranger qui habitent avec toi; 7 ton bétail même, ainsi que les bêtes sauvages de ton pays, pourront se nourrir de tous ces produits.» (Lev. 25:  (6-7

La conscience aigüe de notre condition d’invités éphémères en ce monde constitue le ferment de la résurgence et du renouvellement de la Bénédiction divine:

L’année du  Jubilé rétablissant l’harmonie perdue  entre les hommes et l’ensemble de la Nature vise, en brisant la concentration des forces de production en un seul et même pouvoir, à  créer un nouvel ordre mondial économique où  les ressources et les  biens seraient enfin reparties équitablement.

Les Nations occidentales, en adoptant cette vision biblique porteuse d’un espoir universel de rédemption et de bonheur, permettront à tous les pays en voie de développement de connaître un nouvel essor économique fondé sur la justice des hommes.  «Car la terre est à Moi (l’Eternel)» (Lev. 25: 23).   

 

Shalom  shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com



[1]  Parashat BeHaR: Lévitique 25- 26: 2

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