Pessah, la responsabilité dans la Parole

La Parole gravée sur les Tables de l’Alliance, expression vivante de la suprême Volonté, octroie non pas seulement des droits mais des devoirs d’ordre éthique générateurs de liberté et de responsabilité. Notons que le terme «responsabilité» AHaRIOUT ((אַחֲרָיִוּת est constitué à partir de lettres formant les mots «חָרוּת» (gravé) et «חֵרוּת» (Liberté). Les Sages enseignent que la vision biblique de la Liberté réside dans la soumission à la Parole divine et la responsabilité engendrée par Celle-ci.

C’est la raison pour laquelle Pharaon, conscient que le secret de la libération des Hébreux réside dans le Tétragramme divin, promesse d’un dialogue fécond et d’un programme salvateur, n’est nullement disposé à faire sienne la Parole divine en soumettant son pouvoir à cette dernière:

 «וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה מִי יְהוָה אֲשֶׁר אֶשְׁמַע בְּקֹלוֹ לְשַׁלַּח אֶת-יִשְׂרָאֵל לֹא יָדַעְתִּי אֶת יְהוָה וְגַם אֶת יִשְׂרָאֵל לֹא אֲשַׁלֵּחַ»

«Pharaon répondit: Quel est cet Éternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël? Je ne connais point l’Éternel et certes je ne renverrai point Israël» (Ex. 5, 2).

La Parole, créatrice de Liberté, ouvre la conscience de l’homme au devoir de responsabilité en contribuant au progrès social. Telle est la révolution du monothéisme hébraïque, celle d’ébranler les fondements de pouvoirs absolutistes qui aspirent sans cesse à museler le droit à la parole et à la liberté d’expression, source de Liberté.  Le fondement de cette liberté réside dans l’accomplissement de la Mitsva,  limite morale imposée à l’esprit humain pour le bonheur de tous.

«כִּי לִי בְנֵי יִשְׂרָאֵל  עֲבָדִים עֲבָדַי הֵם, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם אֲנִי, יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם»

«Car c’est à moi que les Fils d’Israël appartiennent comme esclaves; ce sont mes serviteurs à moi, qui les ai tirés du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu!» (Lev. 25, 55).

Pessa’h, la Sortie d’Egypte, ne marque donc point un temps passé mais un temps en gestation, l’espoir de la Liberté en marche pour Israël et toutes les Nations. Dieu, à l’interrogation de Moïse saisi d’angoisse de ne pouvoir être identifié comme vrai Prophète d’Israël par les Hébreux encore esclaves (Ex. 3, 13), répond:

«אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה  וַיֹּאמֶר כֹּה תֹאמַר לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶהְיֶה שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם» (שמות ג’, א’);

«Je serai qui Je serai! Et il ajouta: Ainsi parleras-tu aux enfants d’Israël: «Je serai»  m’a délégué auprès de vous.» (Ex. 3, 1).

Dieu livre à Moïse, dans ce passage mystérieux, le secret de son Nom: «Je serai». (אֶהְיֶה – Ehyeh), Nom que les Hébreux connaissent déjà parfaitement par le biais de Jacob-Israël:

«וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף הִנֵּה אָנֹכִי מֵת; וְהָיָה אֱלֹהִים עִמָּכֶם, וְהֵשִׁיב אֶתְכֶם אֶל-אֶרֶץ אֲבֹתֵיכֶם» (בראשית מ”ח, כ”א)

«Israël dit à Joseph: Voici, je vais mourir. Dieu sera avec vous et il vous ramènera au pays de vos aïeux» (Gen. 48, 21).

Ce secret n’est autre que l’accomplissement de l’inaliénable promesse du don de la terre de Canaan aux Enfants d’Israël, Parole libératrice porteuse de la future promesse marquant le terme d’une trop longue ère d’esclavage. Oui, la parole est révolution et Liberté.

«וַיְצַו מֹשֶׁה וְזִקְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת הָעָם לֵאמֹר שָׁמֹר אֶת-כָּל-הַמִּצְוָה אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם. וְהָיָה בַּיּוֹם אֲשֶׁר תַּעַבְרוּ אֶת-הַיַּרְדֵּן, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ וַהֲקֵמֹתָ לְךָ אֲבָנִים גְּדֹלוֹת, וְשַׂדְתָּ אֹתָם בַּשִּׂיד וְכָתַבְתָּ עֲלֵיהֶן, אֶת-כָּל דִּבְרֵי הַתּוֹרָה הַזֹּאת בְּעָבְרֶךָ לְמַעַן אֲשֶׁר תָּבֹא אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתֶיךָ לָךְ» (דברים כ”ז, א’-ג’)

«Moïse, avec les anciens d’Israël, exhorta le peuple en ces termes: “Observez toute la loi que je vous impose en ce jour. Et quand vous serez arrivés au delà du Jourdain, dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, t’accorde, tu érigeras pour toi de grandes pierres, que tu enduiras de chaux; et tu y écriras toutes les paroles de cette Torah dès que tu auras passé, pour mériter d’entrer dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te destine, pays ruisselant de lait et de miel, comme te l’a promis l’Eternel, le Dieu de tes pères.» (Deut. 27, 1-3).

Professeur Benjamin Gross: “Un monde inachevé: pour une liberté responsable”

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

2 Responses to Pessah, la responsabilité dans la Parole

  1. cathou says:

    Nous sommes libres de nos choix, mais nous devons en assumer la responsabilité.
    Être libre ne signifie nullement faire ou dire ce que l’on veut, comme on veut, quand on veut. Nous avons une phrase “ma liberté termine quand celle de l’autre commence”.

    Être libre signifie que nous faisons nos choix en pleine conscience du bien ou du mal que nous pouvons faire, nous sommes capables de répondre de nos choix.

    Le Dalaï Lama explique exactement la même chose: Nous sommes chacun responsables de nos actes et paroles, et nous aurons à en répondre, toujours.

    En français exode 3,1; traduit:
    “Je suis qui je serai…. Je suis m’a envoyé vers vous”.
    Je trouve l’emploi du présent intéressant, c’est ce présent qui inclut le passé, puisque ce que je suis n’est déjà plus la seconde plus tard, alors que je serai restera toujours le futur.
    Il indique aussi que c’est maintenant, c’est à ce moment présent que le Dieu des anciens hébreux se rappelle à eux pour leur proposer la liberté.
    Au fond aussi: “je suis ce que vous déciderez d’en faire”: je suis là, Dieu de vos pères, je vous propose une sortie, c’est à vous de décider du choix: rester en Egypte, sortir d’Egypte. Les hébreux sont libres de leur choix, ensuite ils en sont responsables. Ils devront assumer le choix, quel qu’il soit.

  2. cathou says:

    Ce qu’explique le Professeur Gross est important.
    Nous sommes tous confrontés au matérialisme. Les juifs, comme tous les humains, se laissent facilement entraîner par l’argent, les facilités de l’argent, et comme tous les humains veulent d’une spiritualité “facile”.
    Et oui, nous sommes frères, avec les mêmes désirs!!!
    Les Occidentaux vers 1968, se sont laissés séduire par les religions asiatiques comme le bouddhisme, pensant naïvement que ces religions apportaient la Liberté sans responsabilités, sans conditions.
    Evidemment c’était une erreur.

    Les spiritualités, quelles qu’elles soient ont toutes les mêmes exigences, les mêmes commandements impératifs et personnels: la liberté ne s’acquiert qu’au prix du travail sur soi, qu’au prix d’un confort matériel plus réduit et strictement géré.
    Nous avons à rendre compte de nos actions, de nos gaspillages, de nos abus.
    Et toutes les religions asiatiques ont ces interdits, ces exigences très fortes pour apprendre à maîtriser nos penchants naturels vers la facilité.
    Pour nous, européens, il est plus difficile de les comprendre, car ces spiritualités très fortes ont énormément de textes, difficiles d’accès pour nous. Nous avons beaucoup à découvrir et à apprendre.
    La Bible offre l’avantage d’avoir réunis les textes importants et fondateurs en un (5) livre(s), ayant un commencement et une suite logique.
    L’européen, comme le dit si bien Pascal, comprend mal la notion d’infini. L’infiniment grand, l’infiniment petit. Nous avons besoin de commencement et de fin. La Bible est donc un chemin “plus accessible” vers la Liberté pour nous, européens.

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