Pessa’h, vers une Parole de Liberté

 

Les Sages d’Israël enseignent que la clé de la Liberté de l’homme réside au cœur de la lettre gravée dans la pierre. Leur intention, bien avant la déclaration des trois principes fondamentaux hérités de la Révolution française en 1789: «Liberté, Egalité, Fraternité» est de mettre avant tout l’accent sur les devoirs de l’homme, la «Mitsva» (injonction divine), capables de conduire à la réalisation des droits inhérents à l’épanouissement du genre humain. Dès le début du Livre de la Genèse, en effet, l’homme est soumis au devoir d’écouter la Parole de Dieu inscrite dans la pierre, car par cette Parole, il acquiert sa Liberté:

 »וַיְצַו יְהוָה אֱלֹהִים, עַל-הָאָדָם לֵאמֹר מִכֹּל עֵץ-הַגָּן אָכֹל תֹּאכֵל וּמֵעֵץ הַדַּעַת טוֹב וָרָע לֹא תֹאכַל מִמֶּנּוּ» (בראשית, ב’, ט”ז-י”ז).

«L’Éternel-Dieu donna un ordre à l’homme, en disant: De tous les arbres du jardin, tu peux te nourrir, mais de l’arbre de la science du bien et du mal, tu ne mangeras point» (Gen. 2, 16-17).

Le droit, sans devoir, reste lettre morte. L’article premier de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (1948): «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils… doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité», bafoué quotidiennement à travers le monde,  reflète ce sens biblique du devoir moral à l’égard de l’autre, portée par l’esprit de la lettre, autrement dit, par la Parole de Dieu.

Le devoir introduit la notion de limite morale et de retenue. C’est pourquoi les Dix Paroles (exceptée la cinquième) sont rédigées à la forme négative: «Tu ne… point». Il s’agit d’impératifs éthiques assurant les droits de l’homme créé à l’image de Dieu.

Or, le nom de Dieu: Elohim, Dieu de la rigueur et de la limite morale, est traduit par le célèbre traducteur du TaNa’Kh (Bible) en araméen, Onqelos, par le terme «meimra» signifiant «Parole»:

«וַהֲקִמֹתִי אֶת־בְּרִיתִי בֵּינִי (אֱלֹהִים) וּבֵינֶךָ» (בראשית י”ז, ז’); אונקלוס מתרגם: «ואקים ית קימי בין מימרי ובינך»

«J’établirai mon alliance entre moi (Dieu) et toi» (Gen. 17, 7). Onqelos traduit: «J’établirai mon alliance entre ma Parole et toi»

«וַיְהִי אֱלֹהִים אֶת־הַנַּעַר» (בראשית כ”א, כ’); אנקלוס מתרגם: «והוה מימרא דיי בסעדיה דרביא»

«Et Dieu fut avec l’enfant» (Gen. 21, 20). Onqelos traduit en araméen: «Et la Parole de l’Eternel fut avec l’enfant».

Onqelos propose également de traduire le face à face de Moïse avec Dieu (Ex. 33, 11 Panim el Panim) par le dialogue qui s’instaura entre eux:

«וְדִבֶּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה פָּנִים אֶל־פָּנִים» (שמות ל”ג, י”א); אונקלוס מתרגם: «וממליל יי עם משה ממלל עם ממלל».

« L’Eternel parlait avec Moïse face à face» (Ex. 33, 11). Onqelos traduit (mot-à-mot): «Et Dieu parla avec Moïse, une parole avec une parole».

Lors de la Révélation au Sinaï, les Hébreux accèdent au plus niveau de la prophétie par le don de contemplation des voix (Paroles) de Dieu:

«וְכָל הָעָם רֹאִים אֶת הַקּוֹלֹת»

«Et tout le peuple vit les voix» (Ex. 20, 4)

Quel est le sens de cette vision intérieure? Les Hébreux accèdent au plus haut niveau prophétique où l’intention sous-jacente de la Volonté divine se révèle à leur conscience (tout le chapitre 19 de l’Exode est mis sous le signe du dialogue et de l’Alliance). Ils «voient» Dieu à travers Sa Parole.

Quelle est, donc, la portée de cette vision prophétique? Le prochain article «Pessah, la responsabilité dans la Parole» tentera d’apporter une réponse à cette interrogation.

Rencontre entre le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim et le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France (mars 2012)

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

 

 

9 Responses to Pessa’h, vers une Parole de Liberté

  1. cathou says:

    Je dirai que la liberté n’est pas une nourriture. C’est une acquisition qui se fait en fonction de la nourriture qu’on reçoit et En fonction de la qualité de cette nourriture et en fonction de notre capacité à la digérer.
    En théorie nous naissons tous libres, oui mais le nouveau né est dépendant, totalement dépendant de ses parents. Et au fil des ans, nous sommes toujours plus ou moins dépendants de tout un tas de choses. (nourriture, eau, vie en société…..)

    Adam et Eve nous apprennent que nous sommes tous soumis à nos désirs.
    Cela indique clairement dès le tout début de la Genèse que tous les humains (hommes et femmes) sont parfaitement égaux.
    Aucun humain n’est supérieur ou inférieur à un autre humain pour la simple et unique raison que nous sommes tous porteurs de désirs. Nous avons tous à essayer de nous affranchir de nos désirs, mais inutile de s’imaginer devenir parfait c’est la caractéristique divine non humaine.

    Nous sommes tous frères parce que chacun de nous a ses propres désirs. Certes nous portons en nous les mêmes désirs. Mais chacun de nous a ses préférences et va développer de manière différente ses désirs, selon ses envies, ses capacités etc… Propres à chacun.
    Similaires mais non identiques: Ainsi sommes-nous. Et ce sont ces différences qui font que nous ne sommes pas des clones, mais bien des humains responsables.

  2. cathou says:

    Je continue. Les 10 commandements sont très intéressants.
    Tout d’abord la façon dont ¨Moïse les reçoit.
    “… il y eu des voix, des éclairs, une nuée, la voix d’un cors très puissant etc….”
    Il est aujourd’hui bien établi que ce genre de descriptions indiquent que les enseignements qui vont en sortir “viennent d’ailleurs”. Pas de nul part, ni tombés du ciel, non, ça n’aurait d’ailleurs aucun sens.
    Cela signifie de manière bien plus simple, mais très importante, que si le monothéisme naît et se développe quelque part en Mésopotamie, ou croissant fertile (pour situer un lieu géographique) la connaissance de l’humain, avec ses grandes capacités et ses faiblesses toutes aussi grandes, est bien plus ancienne que le moment où Moïse reçoit les 10 commandements.

    On situe historiquement Moïse vers 1 300 avant JC, à quelques années près, ce n’est rien par rapport aux origines de l’humanité qui reculent toujours. (On en est à qq 3 millions d’années je crois, à vérifier).
    Les 10 commandements que Moïse donne aux hébreux, tels qu’ils sont présentés, correspondent tout à fait à l’époque de Moïse, dans un but de reconnaissance du Dieu Unique.
    Toutefois leur contenu s’inscrit dans l’histoire de l’humanité.
    Relisez:
    –les 4 premiers expliquent la relation avec Dieu. Certes la présentation est tout à fait monothéiste, mais toutes les religions polythéistes, et celles dîtes non théistes ont des commandements identiques.
    –Le shabbat: 5ème commandement, toutes les religions ont un jour (ou des moments précis, imposés) où les humains doivent penser à Dieu (prières, offrandes..)
    –Les 5 derniers commandements, sont des éthiques de vie morales, absolument indispensables pour vivre en société. Cela non plus n’a rien de bien nouveau à l’époque de l’exode.
    Mais Moïse a le devoir de rassembler des humains en un peuple uni autour d’un Dieu et d’une éthique de vie indispensable.

    Il est très important de dire, d’oser dire cela. Pour de nombreuses raisons. La plus importante (je pense) est de rappeler que dans notre univers rien ne vient de rien. et c’est la base même de notre fraternité.
    Le monothéisme ne vient pas de rien, les 10 commandements puis l’ensemble des enseignements bibliques ne viennent pas de rien. Ils prennent racines dans le patrimoine spirituel humain universel.
    Tout comme le feront le christianisme, l’islam, le bouddhisme, l’hindouisme et encore tellement des belles religions que je ne connais pas.

    Les 10 commandements bibliques ont un avantage indéniable et unique: ils sont regroupés et présentés clairement dans Le Livre.

  3. cathou says:

    Et on peut encore continuer, parce qu’il y a beaucoup à dire, à écrire sur ces 10 commandements.
    Il est évident que tout apprentissage de la Liberté commence par des interdits.
    Des interdits qui peuvent être très forts: “tu ne tueras point” en est l’exemple typique, le plus simple à démontrer.
    L’envie de tuer son ennemi n’a en soi, rien d’anormal. Si un humain est tellement inhumain au point d’avoir recours à la violence (coups, viols) il ne faut pas avoir honte à la pensée de tuer cette personne, c’est un réflexe naturel.
    Le fait que l’interdiction soit formelle, sans aucune exception, nous met tous à égalité, et à notre état de fraternité. La personne qui commet de tels actes doit comprendre qu’elle est responsable de ses actes… Pas facile, je suis bien d’accord.
    Mais celui qui a appris qu’il ne doit pas tuer son frère, qui a compris pourquoi il doit maîtriser son envie normale de tuer, accepte cet interdit dans son intégralité, et gagne un peu de liberté, la maîtrise de cet interdit étant acquise.
    La Liberté est un long travail sur soi.

  4. cathou says:

    Et je continue…. encore….
    Oui l’humain doit écouter la parole divine.
    Ensuite il entend cette parole (il la comprend)
    Puis il la voit (il l’accepte).
    Il y a là tout un processus d’apprentissage, de compréhension et d’acceptation.
    L’interdit qui est abusif ne donnera jamais la liberté.
    L’interdit qui n’est pas compris ne donnera jamais la liberté.
    L’interdit qui n’est pas accepté ne donnera jamais la liberté.

    La liberté physique présente la même démarche:
    Tant que le jeune enfant n’aura pas appris à marcher il ne sera pas libre de se déplacer comme bon lui semble.
    Le travailleur qui est respecté pour son travail est un humain libre. Son salaire lui permettant d’assurer ses besoins vitaux.

    L’humain n’aura jamais la liberté absolue de faire ou de dire ce qu’il a envie, il peut toujours causer du tort à son prochain. C’est en comprenant et en acceptant cela qu’il devient libre.

  5. cathou says:

    Et j’ose écrire… aïe aïe.. que la liberté commence quand on ose raisonner en direct sur ce site.

  6. marie says:

    je suis d’accord avec vous – seulement, pour moi, les religions sont sources de conflit

    • Haïm says:

      Shalom Marie,
      Je ne crois pas qu’il faille accuser les religions mais les hommes qui se servent de celles-ci a des fins personnelles. C’est pourquoi, je m’efforce dans ce site de reveler derriere le texte, l’esprit ethique de la vision biblique afin que nous puissions tous communier en un seul faisceau d’Amour et de justice.
      Merci a vous,
      au plaisir de vous retrouver,
      Cordial shalom
      Haim O.

  7. cathou says:

    Marie vous avez raison.
    Mais pourquoi les religions sont elles sources de conflit?
    1) Parce que nous avons beaucoup de difficultés à accepter que notre prochain soit différent, pense différemment que nous. Et cette difficulté nous est commune à tous, et nous devons travailler sur nous pour accepter l’Autre.

    2) Il est certain que bien des gens profitent des religions pour créer, entretenir des conflits. Et ce, depuis la nuit des temps. S’il n’y avait pas les religions. ne vous faîtes pas d’illusions certains humains sont très capables de trouver d’autres raisons (eugénisme, agrandir le territoire, la femme du roi voisin etc…)

    Lorsque nous arrivons à nous libérer de cette idée que notre religion est la seule, meilleure et unique valable au monde, nous commençons à regarder et accepter l’Autre avec moins de peurs. Nous devenons plus libres et moins manipulables.

    C’est dans ce sens qu’il nous faut lire la Bible. Je suis catholique, je trouve ça très bien et je n’ai pas l’intention de me convertir ni au judaïsme, ni au bouddhisme, ni à l’hindouisme ni à… Mais la Bible m’aide à apprendre et à accepter l’idée que nos différences sont bonnes et enrichissantes.

  8. [...] Bénédiction divine trouve sa plus haute expression à travers l’avènement de la Liberté à laquelle accèdent les Hébreux dès la Sortie [...]

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