Pourim, le revirement du destin

«בַּחֵיק יוּטַל אֶת-הַגּוֹרָל וּמֵיְהוָה כָּל מִשְׁפָּטוֹ »

«On agite le sort dans l’urne mais l’arrêt vient de l’Eternel»

(Prov. 16, 33)

Les 24 et 25 février 2013, le peuple d’Israël célèbre la fête de Pourim commémorant le spectaculaire revirement de situation concernant Haman (הָמָן), descendant du roi amalécite Agag  (אָגָג). Premier Vizir du «Grand roi» Assuérus Ier (Xerxès Ier), Haman ordonne par décret l’anéantissement de l’ensemble du peuple juif en Perse et dans les 127 provinces de l’empire:

«וְנִשְׁלוֹחַ סְפָרִים בְּיַד הָרָצִים, אֶל-כָּל מְדִינוֹת הַמֶּלֶךְ לְהַשְׁמִיד לַהֲרֹג וּלְאַבֵּד אֶת-כָּל הַיְּהוּדִים מִנַּעַר וְעַד זָקֵן טַף וְנָשִׁים בְּיוֹם אֶחָד בִּשְׁלוֹשָׁה עָשָׂר לְחֹדֶשׁ שְׁנֵים-עָשָׂר הוּא חֹדֶשׁ אֲדָר וּשְׁלָלָם, לָבוֹז» (אסתר ג’, ו’).

«Et par les courriers, les lettres furent expédiées dans toutes les provinces du roi, [ordonnant] de détruire, exterminer et anéantir tous les juifs jeunes et vieux, enfants et femmes en un seul jour, à savoir le treizième jour du douzième mois, qui est le mois d’Adar, et de faire main basse sur leur butin» (Esther 3, 6).

 Le nom de la fête: «Pourim» (פוּרִים) a pour racine «Pour» (פּוּר) tirée de l’araméen «Poura» (פּוּרָא) signifiant «sort». Son équivalent hébreu est: «Goral» (גּוֹרָל).

«הָמָן בֶּן הַמְּדָתָא הָאֲגָגִי צֹרֵר כָּל הַיְּהוּדִים חָשַׁב עַל-הַיְּהוּדִים, לְאַבְּדָם וְהִפִּל פּוּר הוּא הַגּוֹרָל  לְהֻמָּם וּלְאַבְּדָם וּבְבֹאָהּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אָמַר עִם הַסֵּפֶר יָשׁוּב מַחֲשַׁבְתּוֹ הָרָעָה אֲשֶׁר חָשַׁב עַל הַיְּהוּדִים עַל רֹאשׁוֹ וְתָלוּ אֹתוֹ וְאֶת-בָּנָיו עַל הָעֵץ עַל כֵּן קָרְאוּ לַיָּמִים הָאֵלֶּה פוּרִים עַל שֵׁם הַפּוּר« (אסתר ט’, כ”ד-כ”ו).

«Haman, fils de Hamedata, l’Agaghite, persécuteur de tous les juifs, avait formé le dessein d’anéantir les juifs et consulté le Pour, c’est-à-dire le sort, à l’effet de les perdre et de les détruire… C’est pourquoi on appela ces jours-là POURIM, du nom de Pour» (Esther 9, 24-26).

Le 1er Nissan (premier mois du calendrier hébraïque – mars-avril), Haman tire au sort le jour «fatidique» de l’application du décret de mise à mort -la «solution finale»- de tous les Judéens exilés de Judée (Juifs): le 13 Adar (onzième mois du calendrier hébraïque – février-mars) de l’année suivante (soit 11 mois et demi après) (Esther 3, 7). Il se fie à des dés, dans l’illusion que le monde est dirigé par la fatalité et que le futur est gravé d’avance.

L’ancêtre d’Haman est Agag qui combattit contre Saül, fils de Qish, ancêtre de Mordekhaï (Mardochée). Agag est lui-même descendant d’Amaleq. Ainsi, se retrouvant dans l’histoire, Israël et Amaleq mènent un combat historique qui met en valeur deux visions totalement contraires de l’appréhension de la Création et de son existence.

Les Amalécites, descendants d’Amaleq, petit-fils d’Esaü, frère jumeau de Jacob, sont les seuls qui, sans raison aucune, combattirent les Hébreux à leur sortie d’Egypte, montrant combien peu ils craignent le Dieu d’Israël qui a fait de si grands miracles pour conduire les Hébreux hors d’Egypte, contrairement à tous les autres peuples (Ex. 17, 8-14)… Les Hébreux n’ont pu le vaincre militairement que par la force de la fermeté de leur foi. Leur foi est exprimée ici symboliquement par les bras de Moïse, tenus droits grâce à Aaron et Hour:

«וַיְהִי יָדָיו [יְדֵי מֹשֶׁה] אֱמוּנָה, עַד-בֹּא הַשָּׁמֶשׁ» (שמות י”ז, י”ב).

«…et ses bras [de Moïse] restèrent fermes [dans la foi] jusqu’au coucher du soleil» (Ex. 17, 12).

Or, Amaleq est venu, en quelque sorte, en réponse au doute profond quant à  la Présence divine en ce monde qui s’est emparé des Hébreux peu de temps après leur miraculeuse sortie d’Egypte:

«וַיִּקְרָא שֵׁם הַמָּקוֹם, מַסָּה וּמְרִיבָה: עַל-רִיב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל  וְעַל נַסֹּתָם אֶת-יְהוָה לֵאמֹר  הֲיֵשׁ יְהוָה בְּקִרְבֵּנוּ  אִם-אָיִן » (שמות י”ז, ז’).

«On appela ce lieu Massa et Meriba, à cause de la querelle des enfants d’Israël et parce qu’ils avaient tenté l’Éternel en disant: “Est-ce que l’Éternel est parmi nous ou non?» (Ex. 17, 7).

Les Hébreux ayant vécu en Egypte où règnent l’astrologie et le déterminisme, se sont quelque peu imprégnés du doute, l’une des composantes du déterminisme, dont Amaleq, qui n’hésite pas à les combattre et donc, démontre qu’il s’oppose à leur Dieu qui les a faits sortir d’Egypte, est un digne avatar. On en déduit donc qu’en combattant les Hébreux, Amaleq n’a d’autre but que d’extirper les racines de la foi monothéiste et, d’autre part, éradiquer le témoin vivant de cette présence, Israël. Ce monde, selon Amaleq, est gouverné par le déterminisme des lois naturelles, sans se rendre compte que ses propres désirs et illusions influent sur le résultat d’un tirage au sort complètement hasardeux. Or, la vision déterministe prive l’homme de son libre-arbitre et de son droit d’autonomie et le condamne à être prisonnier de son destin.

Or, ce fatalisme empreint d’éléments païens et tyranniques est mis en défaut par la Providence divine qui laisse les hommes déterminer le chemin de leur histoire.

Mordekhaï (Mardochée), descendant de Qish, père du roi Saül, de la tribu de Benjamin, refusant de se prosterner devant Haman, descendant d’Agag et Amaleq, rejette catégoriquement cette vision contraire au monothéisme abrahamique.

Haman, ne pouvant justifier son but d’exterminer les Judéens (Juifs) exilés par un si faible motif (le refus de s’agenouiller devant lui), calomnie, alors, le peuple exilé de Juda en prétendant qu’il n’observe point les lois de l’empire perse et ce, afin de mieux entreprendre l’extermination totale du peuple juif (Esther 3, 5-9). Pourtant, le génocide du peuple juif soigneusement préparé par Haman se retourne fianlement contre lui et ses dix fils: «et quand la chose parvint à la connaissance du roi, il donna l’ordre écrit que le mauvais dessein qu’Aman avait conçu contre les juifs retombât sur sa tête et qu’on le pendît, lui et ses fils, au gibet» (Esther 9, 25).

La vision de Mordekhaï, conforme au modèle biblique, est tout-à-fait opposée à celle de Haman, descendant d’Amaleq. Selon cette vision biblique, le Dieu d’Israël se dévoilant au Mont Sinaï est aussi bien le Dieu de l’Histoire (Deut. 5, 12-15) que le Dieu de la Création (Ex. 20, 8-11). Même caché, le Dieu-Providence agit dans le cours de l’histoire humaine et ne reste point indifférent à la souffrance humaine. Il incombe à l’homme de découvrir, de révéler les traces de cette Présence mystérieuse de Dieu dans la dimension profane de son quotidien et les épreuves qu’il endure.

Une lecture attentive du Rouleau d’Esther révèle que le Nom de Dieu n’est jamais explicitement mentionné. Pourtant, le Nom divin  (יְהוָה) apparaît en filigrane à trois reprises dans la Meguila d’Esther, toutes trois autour du repas festif qui va changer le cours du destin des Judéens (Juifs) exilés de Judée. La première fois, Esther invite le roi Assuérus, son époux, et Haman, le Grand Vizir, à un repas:

«וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר אִם-עַל-הַמֶּלֶךְ טוֹב יָבוֹא הַמֶּלֶךְ וְהָמָן הַיּוֹם אֶל הַמִּשְׁתֶּה אֲשֶׁר עָשִׂיתִי לוֹ» (אסתר ה’, ד’).

«Esther répondit: Si tel est le bon plaisir du roi, que le roi, ainsi que Haman, assiste aujourd’hui au festin que j’ai préparé à son intention.» (Esther 5, 4).

A ce moment, Haman est alors persuadé que sa gloire est à son faîte. Pourtant, au cours du deuxième repas, un élément qu’il ne (re)connaît pas s’affirme comme celui qui gouverne la situation et l’a prise en mains:

«וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וַיֹּאמֶר לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה: מִי הוּא זֶה וְאֵי-זֶה הוּא, אֲשֶׁר-מְלָאוֹ לִבּוֹ לַעֲשׂוֹת כֵּן?» (אסתר ז’, ה’).

« Le roi Assuérus se récria et dit à la reine Esther: “Qui est-il, où est-il, celui qui a eu l’audace d’agir de la sorte?» (Esther 7, 5).

A la question d’Assuérus: «Qui est-ce?» l’Eternel répond: «אֶהְיֶה», «Je serai», «Je suis Celui qui s’est révélé pour la première fois à Moïse» (Ex. 3, 14). C’est donc l’Eternel qui agit, alors même que Haman croit dominer la situation et mener son plan diabolique à bonne fin.

A ce moment, Haman, qui se croyait au faîte de sa gloire, va être précipité au fond du gouffre, ou plutôt, au sommet de l’immense gibet qu’il a installé dans sa propre cour, comme le dernier des criminels:

«וְהָמָן עָמַד לְבַקֵּשׁ עַל נַפְשׁוֹ מֵאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה כִּי רָאָה  כִּי כָלְתָה אֵלָיו הָרָעָה מֵאֵת הַמֶּלֶךְ«

«Haman se redressa pour demander grâce de la vie à la reine Esther, car il voyait que sa perte était résolue par le roi» (Esther 7, 7).

La Présence divine se dévoile dans le עוֹלָם, le «monde matériel, Olam». Ce substantif est de même racine que נֶעְלָם («caché, né’elam»), que  עִלֵּם («muet, Ilem»). Dans l’immensité muette de l’espace, l’Eternel reste caché. A l’homme de le découvrir. Or, ce terme n’a pas seulement une connotation d’espace: Il se révèle aussi bien au niveau temporel: לְעוֹלָם («le’olam, jamais», ou bien: «à jamais»).

«הוֹדוּ לַיהוָה כִּי-טוֹב: כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ» (תהילים קל”ו, א’).

«Rendez hommage à l’Eternel, car il est bon, car sa grâce est éternelle» (Ps. 136, 1).

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

14 Responses to Pourim, le revirement du destin

  1. cathou says:

    Cet article m’interpelle bien, et est très intéressant Haïm, pour plusieurs raisons.

    D’abord j’avais trop hâtivement comparé le “jeûne d’Esther” avec notre carême.
    Bien que tout jeûne religieux a symbolique de purification, dans toutes les religions. Mea culpa!

    Nous sommes là en plein dans l’histoire juive, que très honnêtement, je ne connais pas du tout.
    Ce qui est amusant, c’est qu’il m’est plus facile de comprendre la différence spirituelle en Inde, que celle du judaïsme.
    Pour une raison sans doute très simple, c’est que nos origines monothéisme chrétien prennent source dans le judaïsme…. mais chacun a sa propre histoire, et a rattaché le Dieu unique à sa propre histoire.
    Tu vas dire que c’est une évidence, oui je le sais, depuis longtemps, mais … (le cerveau ne fonctionne pas toujours à plein régime)

    Pour le coup, je me suis penchée un peu plus sur Pourim. Parce que si le carême chrétien s’ancre dans une tradition païenne réelle, notre mi-carême, le carnaval lui, vient en ligne directe du judaïsme. Les prélats chrétiens de Venise étaient affolés de voir la congrégation juive vénitienne en plein délire pour fêter Pourim, alors que c’était le carême chrétien.
    Evidemment les chrétiens se laissaient facilement entraîner dans le délire Pourim juif.
    Donc l’Eglise a décidé de créer la “mi-carême”. Je ne sais pas si, originellement, la date coïncidait avec celle de pourim. Enfin ce qui est certain c’est que notre carnaval vient en ligne droite du judaïsme. Mais l’histoire n’en est pas la même.

    Oui la notion d’Éternel n’apparaît vraiment qu’avec Moïse. Les 5 premiers livres bibliques, même s’ils placent le récit dès le début sous le signe du Dieu unique et éternel, (à la fois personnel et créateur impersonnel) gardent aussi la mémoire qu’il y a une progression dans la connaissance de Dieu. Et c’est vraiment avec Moïse que le peuple hébreu prend toute son identité, et pleine connaissance du Dieu unique.

    Par contre, oui avec Esther, d’après ton article, mais je reconnais ne jamais avoir réellement lu plus loin que les 5 premiers livres, il semblerait que le dieu caché fasse son apparition.
    Quoique j’ai quelques difficultés avec cette notion de “Dieu caché”. Puisque dès le début de la genèse il nous appartient de trouver Dieu. Un Dieu toujours présent, mais jamais apparent.
    Peut être est ce plutôt avec le Dieu apparent que j’ai un problème??
    Enfin toujours à apprendre, à approfondir. MERCI.

  2. cathou says:

    Sinon, oui évidemment on peut tirer au sort quand nous avons un choix à faire, et nous y tenir…. Mais ce ne sera pas notre choix, mûrement réfléchi et librement consenti.
    Et si ce choix n’est pas réellement libre, il y a peu de chance qu’il nous convienne. et l’Eternel tranchera le moment venu.

  3. cathou says:

    Alors Haïm, 2 questions:
    1) le prénom Esther, en hébreu il semble commencer par la lettre A???
    2) le nom de Dieu semble s’écrire différemment dans la 2ème parole (Esther 7,5). Pourquoi???

    • cathou says:

      Je complète ma question: parce que tu dis que dans la 2ème phrase c’est la présentation du nom de Dieu l’Eternel qui c’est révélé à Moïse: je serai.
      D’accord, mais les mots que tu utilises pour décrire ensuite le “caché, muet” les lettres ne correspondent pas à celle des versets 1 et 3 cités.

      • Haïm says:

        Cathou shalom,
        c’est juste. Dieu dans les versets 1 et 3 apparait sous la forme du Tetragramme, יהוה qui est le Nom qui se revele sans voile au Prophete Moise.

        Merci a toi
        H. O.

        • QuainVéronique says:

          PhuoQ tant que l’homme ne “mérite” pas de voir ce Dieu que l’on nomme pas, il restera caché, le jugement dernier nous dira peut-être ce que nous devons savoir, mais je crois qu’avant ce jour-là, rien ne sera révéler, le méritons nous?????

          • Haïm says:

            Veronique shalom,
            La revelation de Dieu depend grandement des actes de l’homme. Selon le Tana’kh (la Bible hebraique), Dieu “se cache” afin que l’homme le decouvre par ses propres forces. Dieu demande l’intervention de l’homme. La grace divine doit etre meritee. Dieu est proche de l’homme de sa creature mais il lui a donne le Libre-arbitre. Nous devons choisir a tout moment entre le bien et le mal.
            Merci a vous,
            au plaisir de vous retrouver,
            Cordial shalom,
            Haim Ouizemann

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Oui tu as tout a fait raison. Le nom d’Esther debute par un א, alef. Le A en francais.
      Quant au nom de Dieu il s’ecrit comme tu le dis tres justement differement dans Esther 7, 5: הוּא זֶה וְאֵי-זֶה. Les 4 dernieres consonnes de ces quatre mots forment en hebreu le verbe אהיה: ” Je ( Dieu) serai ” avec vous Israel. Dieu ” se cache” a travers les evenements de l’Histoireais Il en est pas moins present.
      Amities’
      Haim O.

  4. cathou says:

    Merci Haïm. Mais je crois que je vais me contenter du français, c’est plus simple pour moi.

  5. fraulein says:

    Shalom,

    Connaissez-vous ce livre qui vient de sortir “le code d’Esther” de Bernard Benyamin et Yohan Perez, Edition First, qui avait prévu la Shoah ?
    Un des dix bras droits d’Hitler s’appelait Amann !
    A+

    • Haïm says:

      Fraulein shalom,
      merci a vous de nous suivre et d’avoir attire mon attention sur ce livre que je n’ai pas encore lu. Je vous invite a cette occasion a intervenir plus souvent sur notre blog qui est avant tout le votre.
      Cordial shalom,
      Haim Ouizemann

  6. QuainVéronique says:

    Ce qui est caché attire toujours, ce que l’on ne peux pas savoir, croire en ce que l’on ne voit pas, tous le monde le fait un jour ou l’autre, y’a pas que st Thomas!!!!

    • Haïm says:

      Veronique shalom,
      merci a vous d’intervenir et de nous faire part de vos remarques,
      Au plaisr de vous retrouver parmi nous,
      Cordial shalom

  7. cathou says:

    Merci à Véronique et Haïm, je ne comprenais pas bien la signification de “Dieu caché” et de “Dieu apparent”.

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