Soukkot: la Cabane de la She’khina (Providence) [1]

Le peuple d’Israël commémore, ces jours-ci, ‘Hag HaSoukkot, la fête des Cabanes (ou des Tentes) dans la joie et l’allégresse:

«בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים…» (ויקרא כ”ג, מ”ב);

«Vous demeurerez dans des cabanes durant sept jours…» (Lev. 23, 42)

«חַג הַסֻּכֹּת תַּעֲשֶׂה לְךָ, שִׁבְעַת יָמִים: בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ, וּמִיִּקְבֶךָ»

«Tu célébreras la fête des cabanes durant sept jours, quand tu rentreras les produits de ton aire et de ton pressoir» (Deut. 16, 13)

Le substantif  «Soukkot», en hébreu סֻּכּוֹת se construit à partir de la racine hébraïque

 ס. כ. ך.  (S. ‘Kh. ‘Kh final) dont la signification est:

- Recouvrir:

 «וַיִּהְיוּ הַכְּרֻבִים פֹּרְשֵׂי כְנָפַיִם לְמַעְלָה סֹכְכִים בְּכַנְפֵיהֶם עַל-הַכַּפֹּרֶת  »

«Les chérubins, dont les ailes étaient déployées en avant, recouvraient de leurs ailes le propitiatoire» (Ex. 37, 9)

- Protéger, abriter:

 «וְשַׂמְתָּ שָׁם אֵת אֲרוֹן הָעֵדוּת וְסַכֹּתָ עַל-הָאָרֹן  אֶת הַפָּרֹכֶת»

«Tu (Moïse) y déposeras l’arche du Témoignage et tu abriteras cette arche au moyen du voile» (Ex. 40, 3)

L’injonction biblique de demeurer dans la soukka durant sept jours conduit l’homme  à développer la conscience de ses propres limites physiques face aux forces de la Nature et la conscience que Dieu l’enveloppe, l’embrasse de Sa Présence (She’khina) en lui octroyant Sa protection permanente (Providence divine) par pur amour de Ses créatures:

«כִּי-אַתָּה קָנִיתָ כִלְיֹתָי תְּסֻכֵּנִי בְּבֶטֶן אִמִּי »

«Car c’est toi qui as façonné mes reins, tu m’as protégé dans le sein de ma mère.» (Ps. 139, 13).

La première soukka mentionnée dans la Tora est celle du patriarche Jacob:

«וְיַעֲקֹב נָסַע סֻכֹּתָה, וַיִּבֶן לוֹ בָּיִת; וּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה סֻכֹּת, עַל-כֵּן קָרָא שֵׁם-הַמָּקוֹם סֻכּוֹת » (בראשית ל”ג, י”ז);

«Quant à Jacob, il se dirigea vers Soukkoth; il s’y bâtit une demeure et pour son bétail il fit des abris: c’est pourquoi l’on appela cet endroit Soukkoth.» (Gen. 33, 17).

Dans ce verset, Jacob est l’exemple même du bon pasteur s’inquiétant du bien-être de son troupeau: il lui construit des abris pour le protéger. De la même manière, Dieu, le bon Berger suprême, s’inquiète de son peuple Israël, lui procure des soukkoth à la sortie d’Egypte, des abris, et étend sur lui sa Protection divine (She’khina).

Plus tard, les descendants de Jacob, les Hébreux, après avoir été aliénés et rendus esclaves, sortent d’Egypte…

«לְמַעַן יֵדְעוּ דֹרֹתֵיכֶם כִּי בַסֻּכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּהוֹצִיאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם: אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם » (ויקרא כ”ג, מ”ג);

«…afin que vos générations sachent que j’ai donné des cabanes pour demeure aux enfants d’Israël, quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte, moi, l’Éternel, votre Dieu!» (Lev. 23, 43).

Leur première station, en sortant d’Egypte, est Soukkoth:

«וַיִּסְעוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל מֵרַעְמְסֵס סֻכֹּתָה» (שמות י”ב, ל”ז);

«Les enfants d’Israël partirent de Ramsès, dans la direction de Soukkoth;» (Ex. 12, 37).

Dieu en ouvrant la voie de la Liberté aux Enfants d’Israël par cette première station, “Soukkot” (les Cabanes), vise à leur faire prendre conscience que la notion de «maison» symbole de fixité, de cloisonnement social et de sentiment de sécurité matérielle, est susceptible de conduire l’homme à oublier L’Eternel et à l’esclavage de l’homme par l’homme. La Tora dénomme à ce propos l’Egypte pharaonique comme la «Maison des esclaves»  («בֵּית-עֲבָדִים») (Ex. 20, 2). L’expérience d’aliénation par la toute-puissance économique égyptienne, vécue par les Hébreux, a pour dessein de servir d’exemple aux générations futures qui entreront en Erets Israël. La Soukka, demeure fragile et itinérante, espace d’ouverture et de dialogue qui, comme le Tabernacle, rappelle aux Fils d’Israël qu’ils ne devront jamais reproduire, au risque de se perdre, le système social inique égyptien en Eretz Israël, pays de la justice et du respect du droit d’autrui. En quelque sorte, Israël, en cultivant le souvenir de sa misère, de son instabilité, prépare le fruit de son éternité. La chute d’une civilisation, comme en témoigne l’épisode de la Tour de Babel, survient au moment où l’homme grave son nom sur les briques de son empire matériel. La soukka, antithèse de la Tour de Babel, de ces gratte-ciels, pyramides des temps modernes perdues au-dessus des nuages (dimension verticale), ramène l’homme à son origine terrestre (dimension horizontale) et à la notion d’égalité sociale.

Cette notion d’égalité sociale sera développée dans notre prochain article «Soukkot, la règle d’hospitalité».

Chant de Soukkot: “Schlomit bonah Soukka” (Musique et paroles: Naomie Shémer)

 

Cordial shalom d’Israël,

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Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

 

10 Responses to Soukkot: la Cabane de la She’khina (Providence) [1]

  1. cathou says:

    Intéressant, comme toujours.
    Oui la tente, la cabane suggère la mobilité, l’itinérance. Ne dit-on pas “le juif errant”?
    Inutile aussi de chercher Dieu dans les cieux.

    Cela doit nous rappeler, à tous, l’impermanence.
    L’impermanence du temps, de notre environnement, l’impermanence de l’humain, de nos sentiments, de notre vie.
    L’éternité est impermanence: ce qui est aujourd’hui sera autre demain.
    et la spiritualité est impermanence aussi, elle est appelée à évoluer au fil des temps.

    Dès le début de la genèse cette notion apparaît, qui nous est rappelée tout au long du récit biblique. Rien n’est figé, rien n’est permanent.
    C’est difficile à accepter, parce que nous avons envie d’une maison bien solide, qui nous protège des agressions extérieures. D’une stabilité de vie qui nous rassure…
    Mais tout cela est bien,mais c’est de toutes les façons éphémère.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Oui, la soukka symbolise l’impermanence de notre existence. L’homme doit parfois se depouiller de ses biens pour revenir a l’essence meme de sa vie et reconnaitre qu’il n’est, dans le cosmos, que tres peu de chose. La soukka brise l’orgueil inscrit en notre etre interieur. Manger dans la soukka requiert beaucoup de preparatifs surtout lorsque celle-ci se trouve 5 etages au dessous de notre immeuble et que nous devons lors de la fete descendre et remonter a pieds. Il ne faut donc rien oublier. Nous prenons alors conscience de tous nos gestes. L’intention de l’accomplissement de la Mitsva (injonction divine) est fondamentale dans le service divin.

      Merci a toi,
      Haim

      • cathou says:

        Impermanence de nos biens, de notre vie, mais aussi de nos sentiments. Nos sentiments n’ont d’importance que celle que nous voulons leur donner.

        Oui en effet, 5 étages: il vaut mieux bien tout préparer avant.
        Donc la tente est assez grande, si je comprends bien.

        • Haïm says:

          Cathou shalom,
          Notre soukka est modeste et nous devons etre meticuleux dans la preparation du repas afin de ne rien oublier et avoir a remonter 5 etages a pieds (le shabbat et jour de la fete).
          Nous retrouvons d’une certaine maniere les reflexes du peuple d’Israel lorsqu’il fut nomade dans le desert apres la Sortie d’Egypte.
          Amities
          Haim

  2. cathou says:

    Alors fête de Soukkot: fête des tentes d’accord. Au pratique vous montez des tentes??? Où?? et vous y mangez? Vous y dormez????

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Nous montons chaque annee notre soukka au bas de notre immeuble. Tu peux la voir sur la photo du blog. Je t’envoie d’autres photos. Nous y mangeons et etudions la Tora. Nous la partageons egalement avec nos voisins. Le but de la soukka est de recevoir nos amis, nos connaissances et tous ceux qui cherchent un abri. Nous ne pouvons y dormir car elle se trouve en un lieu public, ce qui comme tu le comprendras ne rend pas la chose aisee. J’introduirai quelques photos de notre soukka dans le prochain article sur la fete de Soukkot.
      Ne manque pas le rendez-vous!!
      Amities a vous tous,
      Haim

      • cathou says:

        Les immeubles prévoient ils tous un lieu où dresser la soukka??? La votre d’accord et d’autres aussi???? C’est intéressant en effet, Merci!!

        • Haïm says:

          Cathou shalom,
          Dans notre immeuble, tous nos voisins savent a l’avance que nous construisons la soukka. Ils nous questionnent a chaque fois sur le jour de la construction.Nos voisins y participent generalement. Par exemple, le cable permettant d’eclairer la soukka nous ait fourni chaque annee par notre voisin-ami qui vit sur le meme pallier que nous. Les chaises ont ete fournies par un autre ami. Il est important de saisir que rien ne nous appartient en propre. Nous avons le devoir d’accepter l’aide et le soutien de notre prochain. Il s’agit d’un moment tres fort sur le plan spirituel et psychologique. Abandonner le confort de notre demeure n’est pas un fait evident.
          Soukkaot a Bnei Brak, la ville la plus religieuse d’Israel
          http://musaf.bac.org.il/article/avvngrd-nvsh-bny-brk

          Merci a toi,
          Amities
          Haim

          • cathou says:

            Merci de toutes ces réponses pratiques, mais très intéressantes évidemment . Je suis toujours un peu curieuse de la vie des “autres” et encore plus de la vie des Amis

          • Haïm says:

            Cathou shalom,
            Merci a toi. Le Judaisme n’est point une orthodoxie mais une orthopraxie. La pratique l’emporte sur le parler. Le juif n’est pas celui qui parle de Dieu mais celui qui vit le divin. Il l’experimente et temoigne de sa Revelation au quotidien.
            Amities a vous tous,
            Haim O.

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