Soukkot: La Tente de l’hospitalité [2]

Au cours de notre première partie à propos de la fête de Soukkot, nous avons appris que la soukka est le lieu du dévoilement du divin en ce monde. Dans ce second volet, nous mettrons l’accent sur l’aspect social de la soukka.

Le patriarche Abraham vit dans une tente  (Ohel אֹהֶל):

«וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל כְּחֹם הַיּוֹם» (בראשית י”ח, א’);

«L’Éternel se révéla à lui dans les plaines de Mamré, tandis qu’il était assis à l’entrée de la tente, pendant la chaleur du jour» (Gen. 18, 1).

 Abraham et la matriarche Sarah se font un devoir d’héberger sous leur tente trois nomades dont la source scripturaire ne nous mentionne ni le nom, ni la provenance, ni la mission exacte.

«וַיִּשָּׂא עֵינָיו  וַיַּרְא וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה אֲנָשִׁים נִצָּבִים עָלָיו» (בראשית י”ח, ב’); 

«Comme il levait les yeux et vit et voici trois personnages debout prés de lui.» (Gen. 18, 2)

Le premier couple fondateur de la nation d’Israël court vers ses hôtes, les exhortant à demeurer avec lui afin de pouvoir, ensemble, partager le pain, l’eau et le gîte.

Lot, le neveu d’Abraham, recevra lui aussi deux personnalités, des messagers honorables chargés de porter la Parole de Dieu, mais son zèle sera bien moindre que celui d’Abraham, à en croire la manière dont chacun a reçu ses invités.

«וַיָּבֹאוּ שְׁנֵי הַמַּלְאָכִים סְדֹמָה  בָּעֶרֶב» (בראשית י”ט, א’);

«Les deux envoyés arrivèrent à Sodome le soir» (Gen. 19, 1)

Abraham prend l’initiative d’accomplir la règle de l’hospitalité: «il leva les yeux et vit».  Que vit-il? Le texte ne nous indique point explicitement ce que vit Abraham. Il est toutefois, probable si l’on se rapporte à l’épisode de Moïse voyant (voir au sens de prendre conscience) la souffrance de ses frères hébreux (Ex. 2, 3), qu’Abraham fut touché par la fatigue, la soif et la faim, signes de faiblesse qu’il put déceler sur le visage de ces hommes du désert. Chez Lot, au contraire, la visite des envoyés qui «arrivèrent à Sodome» semble s’imposer à lui. A l’opposé de Lot connaissant l’identité de ces envoyés, mais dont la mauvaise volonté ressort de manière flagrante du texte, Abraham, à travers son geste exemplaire de pure générosité, enseigne aux hommes à aimer gratuitement leur prochain en s’élevant au-delà de toute considération d’origine et de culture. La mission du patriarche consiste à propager l’unité du Nom divin par l’accueil désintéressé de tout être humain quel qu’il soit, car il est une créature de Dieu. Abraham est assis à l’entrée de sa tente: וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח-הָאֹהֶל. Le terme Ohel/אֹהֶל constitue l’anagramme hébraïque du nom divin  Eloah/ אְֶלֹהַ. Son petit-fils Jacob suivra ses traces:

«וְיַעֲקֹב אִישׁ תָּם יֹשֵׁב אֹהָלִים»

«Jacob, homme intègre, vécut sous la tente (Littéralement les tentes) » (Gen. 25, 27).

Il sera יֹשֵׁב אֹהָלִים. Or,  אֹהָלִים (Ohalim) constitue lui-même l’anagramme hébraïque du Nom divin אְֶלֹהִים (Elohim).

Mais ouvrir sa tente pour y faire pénétrer l’étranger en souvenir de l’Egypte pharaonique ce n’est point seulement lui permettre de pénétrer au sein de la dimension immanente du divin mais c’est essentiellement recevoir la Face de Dieu travers le face à face avec autrui. La vision biblique enseigne que Dieu se révèle à l’homme non point seulement dans des lieux isolés (déserts, forêts…) et l’étude des textes saints mais aussi à travers l’aptitude sincère à dialoguer avec notre prochain et à l’attention que nous sommes capables de lui porter.

Les Sages d’Israël enseignent cette règle d’éthique:

«גְּדוֹלָה הַכְנַסַת-אוֹרְחִים יוֹתֵר מִקַּבַּלַת-פְּנֵי-הַשְּׁכִינָה»

“Guedola Ha’Khnassat Or’him Yioter MiKabalat Pnei HaShe’hinah”

«Plus grand est le devoir d’hospitalité que l’accueil de la Face de la Sche’hina», la révélation divine. (D’après Talmud de Babel, traité Shavouot 35, b)

Les Sages d’Israël soulignent à propos d’Abraham, alors qu’il était concentré dans sa prière, qu’il jugea parfaitement naturel d’interrompre immédiatement son adhésion mystique avec Dieu afin d’honorer avant tout ces hommes de passage et leur offrir, sans tarder, l’hospitalité.

«וַיֹּאמַר אֲדֹנָי אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ–אַל-נָא תַעֲבֹר מֵעַל עַבְדֶּךָ»  (בראשית י”ח, ג’);

«Et il dit: “Seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas ainsi devant ton serviteur!» (Gen. 18, 3).

L’homme biblique est celui qui ne peut souffrir ni la souffrance de l’autre, ni la faim régnant dans le monde et ni l’humiliante condition des sans-abris.

Le passage du livre des Prophètes d’Isaïe chanté au matin de Yom Kippour alors que l’ensemble d’Israël jeûne  n’est-il point éloquent à ce propos et à la fois paradoxal?

 «הֲלוֹא זֶה צוֹם אֶבְחָרֵהוּ … הֲלוֹא פָרֹס לָרָעֵב לַחְמֶךָ, וַעֲנִיִּים מְרוּדִים תָּבִיא בָיִת: כִּי תִרְאֶה עָרֹם וְכִסִּיתוֹ וּמִבְּשָׂרְךָ לֹא תִתְעַלָּם» (ישעיהו נ”ח, ו’-ז’);

«Mais voici le jeûne que j’aime…de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile; quand tu vois un homme nu, de le couvrir, de ne jamais te dérober à ceux qui sont comme ta propre chair!» (Isaïe 58, 6-7).

La tente (אֹהֶל)  témoigne de la conscience morale de l’homme et invite à l’accomplissement du devoir d’hospitalité, à toujours plus de solidarité humaine et à la fin de l’indifférence des hommes, les uns à l’encontre des autres. Lorsqu’un homme, une femme ou un enfant souffrent, en témoigne l’exemplarité d’Abraham, le rite liturgique doit laisser place à l’action sociale. Abraham enseigne à ne pas attendre le cri,  les pleurs et les plaintes des oubliés de la terre mais à devancer Dieu en agissant sans plus attendre. Là réside le secret de la révélation divine. Le mérite en revient à ceux et celles qui écoutent la voix de leur conscience intérieure:

«וַיֵּרָא יְהוָה אֶל אַבְרָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי-אֵל שַׁדַּי הִתְהַלֵּךְ לְפָנַי »

«Le Seigneur lui (Abraham) apparut et lui dit: “Je suis le Dieu tout-puissant; marche devant moi » (Gen. 17, 1).

Israël, revenu en Erets Israël, poursuit fidèlement cette antique tradition biblique, celle de reconstruire la tente d’Abraham, reconstruction à laquelle se doit de participer l’ensemble de l’humanité:

«וְעָלוּ מִדֵּי שָׁנָה בְשָׁנָה לְהִשְׁתַּחֲו‍ֹת לְמֶלֶךְ יְהוָה צְבָאוֹת וְלָחֹג אֶת-חַג הַסֻּכּוֹת»

«Elles (les Nations) monteront chaque année (à Jérusalem) pour se prosterner devant le Roi, l’Eternel-Tsevaot  pour y célébrer la fête des Cabanes» (Zacharie 14, 16).

Je tiens à vous faire partager le montage de notre soukka, de notre  famille Ouizemann en Israël ( Ashkelon).

Cordial shalom d’Israël,

Pour plus d’informations sur nos cours d’Hébreu biblique, CLIQUEZ sur ce lien.

Haïm Ouizemann

Haimo@eteachergroup.com

5 Responses to Soukkot: La Tente de l’hospitalité [2]

  1. cathou says:

    Ah oui en effet… ça tient de la tente et de la cabane, avec le toit en bois, les branches… Merci pour ces photos qui expliquent bien visuellement.
    Pour votre immeuble chaque famille monte t’elle sa soukka??? Faut il une autorisation???

    L’hospitalité, mettre fin à l’indifférence que le matérialisme entraîne. L’humain a besoin de se retrouver seul avec lui-même, Il est seul libre de ses choix, mais c’est un animal qui vit en société.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Il est difficile de repondre ata question car cela depend fortement des quartiers et des villes. Les villes tres religieuses et tres pieuses, nous pouvons affirmer que chaque famille construit sa soukka. Dans notre immeuble, nous sommes les seuls a monter la soukka mais nous la laissons ouverte a tous et a toutes. Quant a l’autorisation, tout le monde comprend qu’il sagit d’une mitzva que nous n’accomplissons que sept jours par an. Il n’y a donc generalement pas de problemes. La tolerance et la comprehension mutuelle sont la regle.
      La soukka est bien loin d’isoler l’homme: elle reste un lieu d’ouverture pour tous. En meme temps, elle nous rappelle notre etat precaire et la fragilite de notre condition sur terre. Nous n’emporterons rien avec nous au jour de notre retour en terre, nous laisserons le souvenir d’avoir bien agi a l’egard de notre prochain. Esperons que nous irons en ce sens sans entre-temps nous fourvoyer.
      Merci a toi Cathou
      A bientot
      Amities,
      Haim

  2. Hilde de Pillecyn says:

    Bonjour Haim

    1. En Belgique il n’y a pas les conditions climatiques pour se construire une soukka. On décore la salle à manger avec des branches achetées chez le fleuriste.

    2. Je trouve bien marrant les injonctions pour la construction de la soukka : le toit de branches doit laisser passer la lumière des étoiles. C’est bien vu : L’Eternel connaît notre penchant vers le comfort. Déjà à l’avance Il nous empèche de construire une cabane à double toit isolé, d’y ajouter le branchage éléctrique, le chauffage, et pourquoi pas la télé, l’ordi et le four à micro-ondes.

    3. Ce qui me mène à ce que j’apprends de cette fête : à part le thème de l’hospitalité, il y a le thème de simplicité.
    L’Eternel nous invite à quitter notre situation de luxe et de comfort. Il nous demande de quitter la ‘ville’ où nous sommes autosuffisants, et de rentrer dans une situation qui rappèle le désert. Là nous prennons conscience que nous sommes dépendants de Lui. C’est une pédagogie moderne : on apprend en vivant l’expérience.
    Ca vaut dix fois plus qu’un sermon.

    4. Alors je me demande : comment pourrions-nous vivre et actualiser l’expérience de la soukka,”notre état precaire et la fragilite de notre condition sur terre”?
    Si pendant une semaine on prennait un repas frugal sur un banc public, avec seulement un paraplui comme protection contre le temps Belge ?
    Et si on passait une nuit dans une gare ou dans un couloir de métro ?
    C’est un acte de solidarité qui va plus loin que ‘aider’ les sans-abri : on se met à leur place. On se ‘souvient’ ce que c’est d’être dépaysé.
    Dans de tels situations,hors de notre ‘zone de comfort’, que d’expériences et de richesses l’Eternel peut nous envoyer à notre rencontre ?

    Hilde dP

    • Haïm says:

      Hilde shalom a vous,
      Enchante de faire votre connaissance. Je tiens a vous remercier pour vos remarques si justes auxquels il n’y a rien a rajouter. Vous dites l’essentiel de la fete de Soukkot a savoir revenir a la simplicite qui prevalait dans le desert, revenir a l’hospitalite mu par un sentiment de veritable amour et solidarite a l’egard de notre semblable. L’experience de la soukka nous permet en effet de mieux comprendre notre prochain. L’Eternel est proche des demunis et des pauvres. La soukka est le lieu par excellence du retour a l’experience de la pauvrete et donc de la proximite avec le divin.
      Toda rabba a vous,
      Au plaisir de vous retrouver,
      Cordial shalom,
      Haim O.

    • cathou says:

      Merci à Hilde et Haim, dont je viens juste de lire les réponses.
      Oui effectivement je pense qu’en France, sauf si on a un jardin dans la moitié sud du pays, on doit aussi décorer sa salle de séjour. Jamais vu de “tente” de ce genre, et les juifs de France sont toujours très discrets, ils se débrouillent sans demander, sans déranger.
      Il est certain qu’en Israël, en plus du climat adéquat, le judaïsme est religion d’état, si je ne me trompe pas.

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