Tel Beer-Shev’a: sur les pas d’Abraham

Je vous invite aujourd’hui à visiter un haut lieu biblique: Tel Beer-Shev’a. Les premiers vestiges de cet antique site archéologique datant de l’ère chalcolithique (-4000/- 3150) connaît une période d’essor depuis le 11e siècle avant notre ère. En 2005, l’Unesco l’inclut sur la liste du patrimoine mondial.

Ce site suscite incontestablement un certain nombre de controverses. Certains archéologues datent le puits dit d’Abraham de -1200 av. notre ère, donc largement postérieur à l’époque d’Abraham. Par ailleurs, son emplacement éloigné de l’actuelle ville de Beer-Shev’a mais proche du village arabe de Tel A-Saba (Tel Sheva en hébreu), ainsi que ses dimensions modestes confirmeraient la thèse selon laquelle ces vestiges seraient ceux de la cité de Sheva mentionnée dans le livre de Josué, qui ne serait pas à confondre avec Beer-Shev’a:

«וַיֵּצֵא הַגּוֹרָל הַשֵּׁנִי, לְשִׁמְעוֹן לְמַטֵּה בְנֵי-שִׁמְעוֹן…  וַיְהִי לָהֶם, בְּנַחֲלָתָם בְּאֵר-שֶׁבַע וְשֶׁבַע» (יהושע י”ט, א’-ב’).

«Le deuxième lot échut à Siméon, à la tribu des Siméonites… II leur échut comme possession: Beer-Shev’a et Shéva» (Josué 19, 1-2).

Il n’est pas non plus impossible, selon l’hypothèse de certains chercheurs, que la Beer-Shev’a moderne soit le lieu où Abraham et les siens s’installèrent, Beer-Shev’a.

La cité de Tel Beer-Shev’a deviendra au 9e siècle av. notre ère, à l’époque des rois de Juda, l’un des plus importants centres fortifiés aux murailles extrêmement larges (4 mètres).

La Bible situe l’histoire du Patriarche Abraham à l’époque cananéenne:

 «Abram prit Saraï son épouse, Loth fils de son frère, et tous les biens et les gens qu’ils avaient acquis à Harân. Ils partirent pour se rendre dans le pays de Canaan (אַרְצָה כְּנַעַן), et ils arrivèrent dans ce pays. Abram s’avança dans le pays jusqu’au territoire de Sichem (עַד מְקוֹם שְׁכֶם), jusqu’à la plaine de Môré (עַד אֵלוֹן מוֹרֶה); et le Cananéen (וְהַכְּנַעֲנִי) habitait alors ce pays» (Gen. 12, 5-7).

Des vestiges [1] dont l’âge est estimé à  – 1900 de notre ère (ère du bronze ancien ou ère cananéenne) ont été retrouvés sur le site.

Dès lors, on marche sur les traces du Patriarche Abraham: Abraham venant d’Our Qasdim en Chaldée s’arrête dans ses pérégrinations à She’hem (Gen. 12, 5-7); Béthel (Gen. 12, 8); descend en Egypte (Gen. 12, 10-20); revient à Béthel (Gen. 13, 3); il s’établit à Hébron (Gen. 13, 18). Après l’épisode de Sodome et Gomorrhe, Abraham s’installe à Gherar (Gen. 20, 1) pour finir par séjourner à Beer-Sheva (Gen. 21, 33).

«וַיִּטַּע אֶשֶׁל, בִּבְאֵר שָׁבַע; וַיִּקְרָא-שָׁם–בְּשֵׁם יְהוָה, אֵל עוֹלָם» (בראשית כ”א, ל”ג)

«Abraham planta un tamaris à Beer-Shev’a et y proclama le Seigneur, Dieu éternel» (Gen. 21, 33).

Sur le plan géographique, la plaine de Beer-Shev’a est un lieu de transition situé entre la zone de l’Arava, la Mer Morte et la Mer Méditerranée, du Sinaï au Sud vers le Nord de Canaan. Deux fleuves traversent cette terre faite de lœss. Au cœur de cette région désertique, l’eau, don vital, constitue un lieu de rencontre pour les populations, un point de dialogue et de paix entre bergers. L’élément de l’eau ne constitue la propriété d’aucune tribu.

Quelle est l’origine du nom Beer-Shev’a?

Beer-Shev’a apparaît pour la première fois dans la Tora lors de la rencontre d’Abraham avec Abimelekh:

«Abraham prit du menu et du gros bétail qu’il remit à Abimélekh et ils conclurent mutuellement une alliance (וַיִּכְרְתוּ שְׁנֵיהֶם, בְּרִית). Abraham ayant rangé à part sept (שֶׁבַע) brebis de ce bétail, Abimélekh dit à Abraham: “Que signifient ces sept (שֶׁבַע) brebis que tu as mises à part?” Il répondit: “C’est que tu dois recevoir de ma main sept (שֶׁבַע) brebis, comme témoignage que j’ai creusé ce puits.” Aussi appela-t-on cet endroit Beer Sheva (בְּאֵר שֶׁבַע), car là ils jurèrent (נִשְׁבְּעוּ) l’un et l’autre. Lorsqu’ils eurent contracté alliance à Beer Sheva, Abimélekh se leva, ainsi que Pikol son général d’armée et ils s’en retournèrent au pays des Philistins. Abraham planta un tamaris à Beer Sheva (בִּבְאֵר שָׁבַע) et y proclama le Seigneur, Dieu éternel.» (Gen. 21, 27-33).

Le nom de Beer-Shev’a s’explique de deux manières différentes dans la Bible:

-           «Puits des Sept» (שֶׁבַע), selon les sept (שֶׁבַע) brebis qui servirent de témoins à Abraham pour avoir creusé le puits;

-           «Puits du serment» (שְׁבוּעָה): Abraham et Avimelekh concluent une alliance de paix par voie du serment (נִשְׁבְּעוּ).

A la suite d’Abraham, Isaac consolide les bases de ce nouveau point de peuplement, en réaffirmant la signification de «Puits du serment» (שְׁבוּעָה):

«וַיִּשָּׁבְעוּ אִישׁ לְאָחִיו וַיְשַׁלְּחֵם יִצְחָק וַיֵּלְכוּ מֵאִתּוֹ בְּשָׁלוֹם וַיְהִי בַּיּוֹם הַהוּא  וַיָּבֹאוּ עַבְדֵי יִצְחָק  וַיַּגִּדוּ לוֹ עַל-אֹדוֹת הַבְּאֵר אֲשֶׁר חָפָרוּ; וַיֹּאמְרוּ לו מָצָאנוּ מָיִם וַיִּקְרָא אֹתָהּ, שִׁבְעָה  עַל-כֵּן שֵׁם-הָעִיר בְּאֵר שֶׁבַע עַד הַיּוֹם הַזֶּה» (בראשית כ”ו, ל”א-ל”ג)

«Ils se prêtèrent serment (וַיִּשָּׁבְעוּ) l’un à l’autre; Isaac les reconduisit et ils le quittèrent amicalement. 32 Or ce même jour, les serviteurs d’Isaac virent lui donner des nouvelles du puits (הַבְּאֵר) qu’ils avaient creusé; ils lui dirent: “Nous avons trouvé de l’eau.” 33 Il le nomma Chiba (שִׁבְעָה); de là cette ville s’est nommée Beer-Shev’a (בְּאֵר שֶׁבַע), nom qu’elle porte encore» (Gen. 26, 31-33).

Quant au troisième Patriarche Jacob, contraint de fuir les intentions meurtrières de son frère Esaü, il «sortit de Beer-Shev’a et se dirigea vers ‘Haran» (Gen.  28, 10)

«וַיֵּצֵא יַעֲקֹב, מִבְּאֵר שָׁבַע; וַיֵּלֶךְ, חָרָנָה» (בראשית כ”ו, י’)

Au soir de sa vie, il est de nouveau contraint de quitter Beer-Shev’a pour rencontrer son fils Joseph en Egypte:

«וַיִּסַּע יִשְׂרָאֵל וְכָל-אֲשֶׁר-לוֹ, וַיָּבֹא בְּאֵרָה שָּׁבַע; וַיִּזְבַּח זְבָחִים, לֵאלֹהֵי אָבִיו יִצְחָק… וַיָּקָם יַעֲקֹב, מִבְּאֵר שָׁבַע» (בראשית מ”ו, א’-ה’).

 «Israël partit avec tout ce qui lui appartenait et arriva à Beer-Shev’a, où il immola des victimes au Dieu de son père Isaac… Jacob repartit de Beer-Shev’a.» (Gen. 46, 1-5)

Nul doute que c’est là, à partir de Tel Beer-Shev’a (la colline de Beer-Shev’a), en ce lieu rendu au désert, qu’Abraham élimine les sources de litige et conclut la paix avec ses voisins Philistins. Il y plante un tamaris (אֶשֶׁל) (Gen. 26, 33). Or, ce mot: אֶשֶׁל est composé des initiales de trois mots: אכילה (Akh’ila: nourriture), שְׁתִיָה (Shtiah: boisson), לִינָה (Linah: hébergement). Ces trois mots sont un résumé de l’esprit d’hospitalité qui a toujours caractérisé Abraham et sa famille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haïm Ouizemann


[1]  Fouilles conduites par l’archéologue Yo’hanan Aharoni de l’Institut d’Archéologie de l’Université de Tel-Aviv (début des fouilles 1969-1976) et Zeev Herzog (poursuite des fouilles 1990- 1993).

One Response to Tel Beer-Shev’a: sur les pas d’Abraham

  1. cathou says:

    On date Abraham vers 1 900 ans avant JC.
    Oui il quitte Our, ville sumérienne qui serait située en Mésopotamie, actuellement en Irak. pour venir en Canaan.
    On dit que ce mot Canaan signifie: pays de la pourpre” car on y fabriquait cette couleur avec un coquillage qu’on trouvait dans ce pays. ????
    On dit aussi que c’est de Canaan que vient l’ alphabet grec ?? et le mot bible. Un port de Canaan s’appelerait Byblos ??
    Ce qui démontre que le mot Palestine n’existe pas à ces époques.
    Toutefois il est tout de même honnête remarquer que les origines du peuple hébreu sont sans doute plus asiatiques que Canaènnes. Et que Canaan, quand Abraham y arrive est un endroit riche et prospère.
    Pour le reste il faut que les fouilles continuent, laisser le temps au temps.

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