TouBishvat: planter, un acte de Sainteté et de Paix (Partie 2)

 

La première injonction que Dieu ordonne au Fils d’Israël lors de leur entrée en Canaan est de planter un arbre fruitier:

«וְכִי תָבֹאוּ אֶל-הָאָרֶץ וּנְטַעְתֶּם כָּל-עֵץ מַאֲכָל» (ויקרא י”ט, כ”ג).

«Quand vous serez entrés dans la Terre promise, plantez-y tout arbre fruitier » (Lev. 19, 23).

Pourquoi le simple fait de planter un arbre constitue-t-il une injonction si fondamentale? C’est une injonction parmi toutes celles commandées par Dieu, dont le respect est rétribué par le séjour sur la terre d’Israël… à perpétuité:

«וּשְׁמַרְתֶּם לַעֲשֹׂות כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֶתְכֶם לֹא תָסֻרוּ יָמִין וּשְׂמֹאל׃ בְּכָל־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֶתְכֶם תֵּלֵכוּ לְמַעַן תִּחְיוּן וְטֹוב לָכֶם וְהַאֲרַכְתֶּם יָמִים בָּאָרֶץ אֲשֶׁר תִּירָשׁוּן׃» (דברים ה’, כ”ט-ל’)

 «Vous prendrez donc garde de les faire (ces injonctions); comme l’Eternel votre Dieu vous l’a commandé; vous ne vous en détournerez ni à droite ni à gauche. Vous marcherez dans toute la voie que l’Eternel votre Dieu vous a prescrite, afin que vous viviez, et que vous prospériez, et que vous prolongiez vos jours au pays que vous posséderez.» (Deut. 5, 29-30 [32-33])

Nous pouvons faire deux remarques à propos de ce verset: l’attitude éthique à l’égard de notre monde influe non point seulement sur notre génération présente mais aussi sur l’allongement de la vie et le bien-être de nos enfants. L’éternité devait être le lot du premier couple biblique qui jouissait librement de la lumière divine, révélation du transcendant dans le monde de l’espace (Gen. 3, 8):

«לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם  וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה  אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֵיכֶם לָתֵת לָהֶם כִּימֵי הַשָּׁמַיִם עַל הָאָרֶץ« (דברים י”א, כ”א)

 «… Pour que la durée de vos jours et des jours de vos enfants, sur le sol que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, soit comme les jours des cieux sur la terre (qu’elle soit éternelle)» (Deut. 11, 21).

 

L’homme, à travers l’acte de la plantation, imite l’action de l’Eternel-Dieu qui «planta un Jardin à l’est d’Eden» – «וַיִּטַּע יְהוָה אֱלֹהִים גַּן־בְּעֵדֶן מִקֶּדֶם» (Gen. 2,8). Cette plantation enseigne à l’homme (ADaM אָדָם), par le lien organique le rattachant à Sa matrice originelle, la terre (ADaMah אֲדָמָה) qu’il lui incombe, comme partenaire de Dieu, de parfaire la Création («Et Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia, parce qu’en ce jour-là il s’était reposé de toute son œuvre qu’il avait créée la’assot, pour la parfaire» (Gen. 2, 3) – «וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת־יֹום הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אֹתֹו כִּי בֹו שָׁבַת מִכָּל־מְלַאכְתֹּו אֲשֶׁר־בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשֹׂות»), de respecter les ressources naturelles (bal Tash’hit ) et finalement d’atteindre, par le respect de son propre être: «Vous prendrez donc bien garde à vos âmes», «וְנִשְׁמַרְתֶּם מְאֹד לְנַפְשֹׁתֵיכֶם» (Deut. 4, 15), à l’amour d’autrui: «וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמֹוךָ אֲנִי יְהוָה», «Tu aimeras ton prochain comme toi-même; Je suis l’Eternel.» (Lev. 19, 18).

La tradition hébraïque enseigne l’importance du respect de la terre par l’homme:

«בְּשָׁעָה שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הָאָדָם הָרִאשׁוֹן, נְטַלוֹ וְהֶחֱזִירוֹ עַל כָּל אִילָנֵי גַּן עֵדֶן וְאָמַר לוֹ: “רְאֵה מַעֲשַׂי כַּמָּה נָאִים וּמְשוּבָּחִים הם, וְכָל מַה שֶׁבָּרָאתִי בִּשְׁבִילְךָ בָּרָאתִי. תֶן דַּעַתְךָ שֶׁלֹא תְּקַלְקֵל וְתַחֲרִיב אֶת עוֹלָמִי, שֶׁאִם קִלְקַלְתַ, אֵין מִי שֶׁיְתַקֵּן אַחֲרֶיךָ.» (מִדְרַשׁ קֹהֶלֶת רַבָּה, ט’)

«Alors que le Saint-Béni-Soit-Il créa le Premier homme, Il le prit et lui fit visiter tous les arbres du Jardin d’Eden: “Contemple mes actions ô combien harmonieuses et parfaites; tout ce que J’ai créé t’est destiné. Garde-toi bien de ne point détériorer et détruire Mon univers, car si cela devait se produire, personne d’autre que toi ne pourra le réparer» (Ecclésiaste Rabba 9).

Selon la Tora, l’homme est semblable à l’arbre. Comme ce dernier, il se développe, s’épanouit grâce à ses racines et produit de bons et beaux fruits, pourvu qu’il soit bien arrosé par l’eau, symbole de l’étude de la Thora:

«כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה… » (דברים כ’, י”ט)

«Oui, l’arbre du champ c’est l’homme même…» (Deut.20, 19)  (*1)

Même la guerre (*2) ne justifie en rien le déracinement inutile de l’arbre et l’atteinte aux valeurs de l’écologie. La colombe, retournant vers l’Arche de Noé tenant en son bec un rameau d’olivier constitue le symbole de la paix, mais aussi du respect de l’environnement. Comment, en effet, après le fléau diluvien causé par un bouleversement complet des valeurs éthiques et morales, la colombe est-elle en mesure de trouver un tel rameau d’olivier? Cet olivier est devenu par sa présence le témoin éternel que la terre où il a été planté a été épargnée par cette catastrophe sans précédent. C’est pourquoi il est resté le symbole d’éternité, de paix et de restauration de Vie sur terre. Un pays en paix se juge à l’abondance et à la qualité de ses arbres.  Moïse, en envoyant les Princes des douze tribus d’Israël explorer la terre promise, requiert d’eux un compte-rendu agraire:

«וּמָה הָאָרֶץ הַשְּׁמֵנָה הִוא אִם-רָזָה הֲיֵשׁ-בָּהּ עֵץ אִם-אַיִן וְהִתְחַזַּקְתֶּם, וּלְקַחְתֶּם מִפְּרִי הָאָרֶץ« (במדבר י”ג, כ’)

« [Vous observerez le Pays…] quant au sol, s’il est gras ou maigre, s’il est boisé ou non. Tâchez aussi de rapporter quelques-uns des fruits du pays» (Nomb. 13, 20).

 

L’arbre fruitier témoigne de l’état de paix d’un peuple. Planter et recueillir le fruit de son labeur constitue à la fois l’antithèse de la guerre et le signe d’une aspiration sincère à vivre en Paix.

«וְכִתְּתוּ חַרְבוֹתָם לְאִתִּים, וַחֲנִיתוֹתֵיהֶם לְמַזְמֵרוֹת–לֹא-יִשָּׂא גוֹי אֶל-גּוֹי חֶרֶב, וְלֹא-יִלְמְדוּ עוֹד מִלְחָמָה» (ישעיה ב’, ד’).

«[Les Nations], alors, de leurs glaives forgeront des socs de charrue et de leurs lances des serpettes; un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple, et on n’apprendra plus à se faire la guerre» (Isaïe 2, 4).

“Shirat Ha’Assavim”, “le chant des Herbes” interprété par Shouli Natan (d’après Rabbi Na’hman de Breslev)

 

Cet idéal universel de «Tikkoun» (restauration) visant à l’instauration de la Paix parmi les Nations se réalise sous nous yeux. En effet, alors que Josué et les fils d’Israël ont pris le Pays par les armes, les premiers pionniers, il y a 130 ans, se sont contentés de conquérir le Pays à la pointe de leur fourche et de leur pelle, dans une terre hostile et inculte au premier abord. Israël, aujourd’hui, témoigne grâce à l’abondance de ses fruits, de la réalisation de la prophétie d’Ezéchiel annonçant l’avènement d’une nouvelle ère de Paix et d’harmonie pour l’ensemble de l’humanité:

«וְהָאָרֶץ הַנְּשַׁמָּה תֵּעָבֵד תַּחַת אֲשֶׁר הָיְתָה שְׁמָמָה לְעֵינֵי כָּל־עֹובֵר. וְאָמְרוּ הָאָרֶץ הַלֵּזוּ הַנְּשַׁמָּה הָיְתָה כְּגַן־עֵדֶן וְהֶעָרִים הֶחֳרֵבֹות וְהַנְשַׁמֹּות וְהַנֶּהֱרָסֹות בְּצוּרֹות יָשָׁבוּ:» (יחזקאל ל”ו, ל”ד-ל”ה).

«Et ce sol dévasté sera cultivé, au lieu d’offrir l’image de la désolation aux yeux de tout passant. Et l’on dira: Voyez-vous, cette terre dévastée est devenue comme le jardin d’Eden; et ces villes qui avaient été désertes, désolées, et détruites, sont fortifiées et habitées» (Ezéchiel 36, 34-35).

 

Haïm Ouizemann

 

(*1) Sifre Devarim, parashat Shoftim, § 203 ; cf. Ecclésiaste Rabba 7, 13)

(*2) Voir verset Deut. 20, 19.

 

13 Responses to TouBishvat: planter, un acte de Sainteté et de Paix (Partie 2)

  1. cathou says:

    Oui, donc:::
    -symbolique de l’arbre représentant l’humain.
    -Symbolique de l’arbre représentant la Paix.
    -Symbolique de l’arbre nous rattache à la terre dont nous sommes tirés…

    Oui mais alors aussi symbolique non seulement de paix, mais de violence. Parce que l’humain est rattaché à la terre parce qu’il est modelé avec de la terre, mais aussi parce qu’il est désirs.
    Certes l’arbre à planter sitôt l’arrivée en Terre Promise est aussi la volonté de vivre en prospérité et en paix… Mais l’arbre peut attirer la convoitise. Celui de la genèse a attiré la convoitise de l’humain, ceux plantés en Israël (ou ailleurs d’ailleurs) attirent bien aussi la convoitise des voisins.
    Nous pouvons tous planté autant d’arbres que nous le souhaitons, ils attireront toujours la convoitise.

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      Tu mets l’accent sur un point important. Notre monde est un monde de tentations permanentes et de passions. Notre travail interieur est la maitrise de notre conscience. Le fruit interdit comme tu peux le remarquer dans le texte biblique n’est pas enfermme ou protege par une barriere ou une quelconque muraille. le degre ethique d’une societe se mesure aux limites qu’elle s’impose.
      Beaucoup de benedictions d’Israel a vous tous.
      Haim

      • cathou says:

        Oui Myriam. L’arbre a une symbolique multiple. C’est très intéressant.
        Oui notre monde est “tentations’”. et l’humain est “désirs”. Mais c’est nous qui décidons, librement, quelles sont nos tentations, le degré d’importance que nous leur donnons… Effectivement nous n’avons aucune barrière matérielle… Nous pouvons tout à fait désirer aimer notre enfant jusqu’à lui donner connaissance et liberté, ou jusqu’à l’étouffer totalement (asphyxie mort).
        Nous pouvons désirer l’herbe du voisin pour simplement nous nourrir raisonnablement ou pour lui enlever quitte à le tuer.
        Les barrières matérielles peuvent dissuader, donner un sentiment de sécurité… Elles sont mortelles comme notre corps.
        Oui seule l’éthique personnelle et commune à tous permet de construire de vrais interdits, compris et acceptés. Là aussi la connaissance et le raisonnement sont indispensables, parce que les interdits moraux non compris ne sont pas acceptés et finissent par tomber.

      • cathou says:

        Oui Haim… C’est le désir qui amène la passion. Avec tous les degrés du désir..

  2. cathou says:

    Au fond, l’arbre serait aussi symbole de reconstruction. (renaissance?) Il peut être détruit par la convoitise, mais il sera replanté, un jour ou l’autre. Comme l’humain qui peut se reconstruire après les épreuves, mais aussi l’humain qui choisit la voie du mal peut décider d’y mettre fin et de se reconstruire une nouvelle vie. Je n’avais pas penser à ça…

    • Haïm says:

      Cathou shalom,
      l’arbre symbolise la continuite et le respect que nous devons a notre univers. Manger le fruit de l’arbre sans abattre celui-ci releve de l’exploit. L’homme tend a detruire ce qui l’entoure afin d’en tirer un profit maximum sans limite. L’arbre symbolise egalement le lien qui relie la terre au ciel. Il ne peut y avoir de progres spirituel sans enracinement de notre etre dans le monde materiel. Boire et manger doivent largement nous suffire pour transformer la matiere en esprit, aider son semblable et parfaire le monde.
      Shalom a toi et a tous les tiens,
      Haim

      • cathou says:

        Oui Haïm mais ça me fait penser que l’arbre a des racines (plusieurs racines) . En partant du principe logique que ce sont les racines qui nourrissent l’arbre… Les racines humaines sont tout aussi multiples. et la nourriture spirituelle peut passer aussi par toutes ces racines… Pour se développer aussi de façon multiples (les branches)

  3. Myriam says:

    Cathou shalom,
    C’est pour cela que l’homme est compare a l’arbre: “Car l’homme est l’arbre des champs” (Deut. 20, 19). Il n’est pas marque: “l’homme est comme l’arbre des champs”, mais: “l’homme est l’arbre des champs”.
    D’apres la tradition biblique, “le mechant”, c’est celui qui peut toujours revenir sur ses pas et repartir, fort de son experience amere, comme le fils prodigue des Evangiles.

    • Haïm says:

      Myriam shalom,
      merci a toi.
      Shalom

    • cathou says:

      Oui Myriam, on peut, à tout moment, revenir en arrière pour reprendre le bon chemin.

    • cathou says:

      Tiens, le Dalaï Lama, que j’apprécie grandement, rappelle que Bouddha est né sous un arbre, il a atteint l’illumination à l’ombre d’un arbre, il est mort sous un arbre.
      Et Isaac Newton (était il juif, je ne sais, bref, a bien découvert les lois de la gravitation sous un pommier….

  4. Françoise Bourhis says:

    Shalom Cathou. Pourquoi veux tu qu’on attire toujours la convoitise de l’autre ? Ezeou achir ? Ha sameakh bekhelco . Pourquoi désirer autre chose quand on est satisfait ?
    Shalom

    • Haïm says:

      Françoise shalom,
      merci a toi. Birkat Hashem Hi Ta’ashir! C’est la benediction de Dieu qui enrichit l’homme. (Proverbes 10, 22)
      בִּרְכַּת יְהוָה, הִיא תַעֲשִׁיר

      Cordial shalom,
      Haim O.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>